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Afghanistan: prouesse diplomatique de John Kerry entre deux avions

AFP

Entre deux avions, le secrétaire d'Etat américain John Kerry a obtenu à Kaboul l'accord des candidats à la présidentielle pour un audit intégral des votes du second tour, une prouesse diplomatique face à la menace d'un retour des violences communautaires.

Après 48 heures passées dans la capitale afghane, dans des discussions intenses avec les deux rivaux, Ashraf Ghani et Abdullah Abdullah, qui se disputaient la victoire au deuxième tour du 14 juin, s'accusant mutuellement d'avoir bénéficié de fraudes, M. Kerry est reparti avec un accord inespéré et inédit.

Arrivé a Kaboul jeudi soir en provenance de Pékin, l'infatiguable John Kerry, 70 ans, est apparu triomphant samedi soir devant les caméras aux côtés des deux candidats pour l'annoncer.

Dans les prochains jours, 100% des huit millions de votes du 2e tour seront audités, le tout selon des normes internationales et sous la supervision d'observateurs étrangers.

De plus, les deux candidats se sont mis d'accord sur un prochain "gouvernement d'unité nationale", qui inclura les deux camps dans une formule de "partage du pouvoir".

"Nous n'avons obtenu un accord qu'à la dernière minute", a raconté sous l'anonymat un responsable américain à la presse à bord de l'avion qui emmenait M. Kerry à Vienne dans la nuit de samedi à dimanche pour des pourparlers sur le nucléaire iranien.

Partis d'une proposition de l'ONU portant sur l'audit de 35% des votes, qui ne faisait pas l'unanimité, les participants aux négociations ont finalement opté pour une solution sans précédent: l'audit intégral.

"Même si cela va prendre plus d'énergie, plus de temps, un audit intégral est susceptible d'améliorer la crédibilité du résultat de façon plus significative", a assuré à la presse un autre responsable américain.

Selon les deux responsables américains qui ont requis l'anonymat, les 48 heures de négociations ont connu des hauts et des bas, "des moments de colère, des moments d'humour". Un moment clé, selon eux, a été la première rencontre entre les deux candidats qui se sont tout de suite donné l'accolade.

-Miracle diplomatique'-

Selon Kate Clark du cercle de réflexion Afghan analysts network (AAN), l'accord de samedi soir a changé la donne. "Les deux candidats sont maintenant en voie d'accepter l'audit et le résultat", a-t-elle dit à l'AFP, en précisant que l'Afghanistan pouvait maintenant espérer un nouveau président "perçu comme légitime".

"L'accord sur le +gouvernement d'unité nationale+, signifie aussi que les enjeux ont diminué. Le gagnant ne raflera pas tout et le perdant ne perdra pas tout", a-t-elle ajouté.

De son côté, Younus Fakour, un analyste et auteur indépendant, a estimé que "cet accord a évité un désastre en Afghanistan. Il a évité la formation d'un gouvernement parallèle, il a évité le chaos". "Si l'audit se déroule bien, il n'y aura plus aucune excuse pour les candidats", a estimé M. Fakour.

"Vous faites des miracles", a lancé Jan Kubis le chef de la mission de l'ONU en Afghanistan, à M. Kerry samedi soir. "Ce que nous avons vu aujourd'hui n'était pas seulement une grande victoire diplomatique, mais c'était proche d'un miracle", a-t-il ajouté.

En effet, les craintes de violences communautaires à travers le pays encore fragile et toujours en proie à une insurrection active des talibans, ont été vives cette semaine en Afghanistan.

Le contentieux entre les deux candidats avait pris une tournure inquiétante mardi dernier lorsque M. Abdullah s'était déclaré vainqueur au lendemain des premiers résultats donnant M. Ghani largement en tête avec 56,4% des voix.

M. Abdullah, arrivé largement en tête du premier tour le 5 avril (45% des voix contre 31,6% à M. Ghani), estimait s'être fait voler la victoire à cause de la fraude. Mais malgré sa vive déception, il s'est gardé de proclamer un "gouvernement parallèle" comme le lui demandaient certains de ses partisans.

Face à cette situation explosive, la diplomatie américaine, pourtant bien occupée au Moyen-orient et ailleurs, a décidé de donner la priorité à l'Afghanistan, pour ne pas laisser sombrer le pays, où ils ont investi des milliards de dollars depuis 2001, dans une situation à l'irakienne.

Pour cela, Washington bénéficiait tout de même d'un levier considérable: la menace de mettre fin à l'aide financière et militaire du pays.

Première publication : 13/07/2014