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Indonésie: l'incertitude pèse sur l'économie après la présidentielle

AFP

L'Indonésie risque de plonger dans une longue période d'incertitude après la présidentielle disputée, alors que le rythme de croissance de la première économie d'Asie du Sud-Est ralentit tout comme les investissements étrangers, sur fond de corruption rampante, estiment des analystes.

Après une campagne électorale âprement disputée, le gouverneur de Jakarta, Joko Widodo, considéré comme un candidat de "rupture" sans liens avec l'ère du dictateur Suharto (1967-1998), s'est déclaré vainqueur du scrutin mercredi, de même que son rival, l'ex-général controversé Prabowo Subianto, tous deux mettant en avant différents sondages.

Pourtant, des estimations fiables réalisées à partir d'échantillons de bulletins de vote ont placé en tête Widodo, avec près de trois points d'avance, une nouvelle accueillie favorablement par la Bourse de Jakarta, les investisseurs anticipant la victoire de leur candidat préféré à moins de deux semaines de l'annonce des résultats officiels.

Mais l'euphorie est retombée dès le lendemain, la Bourse de Jakarta cédant 1,7% vendredi, signe de nervosité des investisseurs redoutant un blocage politique prolongé.

"Compte tenu de l'absente singulière de concessions, le marché ne voit pas comment le spectre d'une incertitude prolongée peut s'éloigner", estime l'économiste Wellian Wiranto, de l'OCBC Bank à Singapour.

Les investisseurs préfèrent Widodo, surnommé Jokowi, considéré comme un réformateur potentiel et un dirigeant qui n'est touché par aucun scandale dans un des pays les plus corrompus au monde.

Son rival, Prabowo, était un militaire du régime autoritaire de Suharto (1967-1998) qui a mis en avant ses positions très nationalistes pendant la campagne électorale, inquiétant les marchés.

La Commission électorale doit annoncer les résultats officiels de la présidentielle le 22 juillet, après quoi le perdant va probablement contester la victoire de son rival et saisir la Cour constitutionnelle qui aura alors jusqu'au 24 août pour trancher.

- Crainte de violences -

Cette situation tombe à un mauvais moment pour l'économie indonésienne, dans une période de transition après une décennie de forte croissance autour de 6% par an, favorisée par les prix élevés des marchandises.

Mais la chute des prix conjuguée à des mesures protectionnistes ont affecté la progression du Produit intérieur brut (PIB), qui a ralenti à 5,21% au premier trimestre -- la plus faible hausse depuis 2009.

Les investissements étrangers ont eux aussi marqué le pas en début d'année, l'environnement économique avant la présidentielle suscitant la méfiance des investisseurs. La corruption rampante reste un obstacle majeur aux activités économiques sur le sol indonésien.

L'impasse politique créée par l'après-présidentielle ne peut qu'aggraver la situation de l'économie, avertissent les experts.

Le quotidien Jakarta Post, qui soutient Jokowi, a mis en garde dans un éditorial contre une éventuelle saisie de la Cour constitutionnelle par l'un des candidats, qui "prolongerait l'impasse politique et l'incertitude jusqu'à fin août".

De plus, "la perspective de violences pourrait considérablement augmenter dans l'hypothèse où les dirigeants des partis politiques perdaient le contrôle de leur base. Toute déstabilisation risquerait de secouer les marchés", prévient le journal de langue anglaise.

L'Indonésie avait été frappée par une vague de violences avant la chute du dictateur Suharto en 1998, après 32 ans de règne, provoquant de nombreux morts et des pillages dans la capitale.

Le pays a ensuite connu une décennie de paix et de stabilité relatives sous la présidence du chef de l'Etat sortant, Susilo Bambang Yudhoyono, qui a contribué à la transformation de l'Indonésie en une économie parmi les plus prospères au monde et une destination majeure pour les investissements étrangers.

Mais l'incertitude pourrait affecter aussi la demande intérieure et par conséquent le développement rapide d'une classe moyenne qui a largement contribué à la croissance des années passées.

"Les consommateurs seraient probablement plus optimistes avec une présidence sous l'égide de Jokowi que de Prabowo, qui risquerait de saper" le moral des ménages et ainsi les dépenses de consommation, juge la banque australienne ANZ dans une note.

Les investisseurs espèrent ainsi une fin rapide de l'impasse politique avec Jokowi déclaré vainqueur officiel dans moins de deux semaines.

Première publication : 13/07/2014