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EUROPE

Pourquoi les compagnies aériennes ne contournaient pas l’est de l’Ukraine ?

© Valérie Kuypers, AFP | Un avion de la Malaysia Airlines

Texte par Bahar MAKOOI

Dernière modification : 18/07/2014

Malgré les mises en garde contre les risques de l'espace aérien ukrainien, certaines compagnies aériennes continuaient de survoler l’est de l’Ukraine en l'absence d'interdiction formelle. Des experts dénoncent la volonté de faire des économies.

De nombreuses questions se posent après le crash, jeudi 17 juillet, du vol MH17 de Malaysia Airlines, vraisemblablement atteint par un tir de un missile dans l’espace aérien au-dessus de l’Ukraine.

Les combats entre pro-russes et Ukrainiens dans l'est du pays étaient devenus particulièrement dangereux ces derniers jours. Plusieurs appareils militaires ont été abattus, alors pourquoi certaines compagnies aériennes continuaient encore le survol de cette zone ?

Des mises en garde mais pas d’interdiction

Pour se justifier, le Premier ministre malaisien Najib Razak, dont le pays est l'actionnaire majoritaire de la Malaysia Airlines, a expliqué que la route avait été déclarée "sûre" par l'organisation internationale de l'aviation civile qui a indiqué que "l'espace traversé par l'appareil n'était sujet à aucune restriction".

Dans les faits, il reste très compliqué pour les institutions internationales d’instaurer une zone d’exclusion aérienne. Certaines autorités de sécurité aux États-Unis et en Europe avaient pourtant mis en garde les pilotes au mois d'avril sur les risques éventuels de vol dans ou à proximité de la zone où l’accident a eu lieu jeudi.

L'Agence européenne de la sécurité aérienne et l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI), une agence des Nations unies, avaient estimé qu'il y avait "des risques sérieux" dans le secteur et conseillé aux compagnies aériennes d'emprunter d'autres routes. Le 23 avril, la Federal Aviation Administration (FAA), agence américaine, avait même publié une "note spéciale" allant dans le même sens.

La direction générale de l'Aviation civile française (DGAC), a demandé aux compagnies aériennes françaises de ne plus survoler l'Ukraine depuis le crash à l'exception des vols à destination de Kiev. Elle a expliqué à FRANCE 24 que ce genre d’avis dépendait des décisions diplomatiques, elles-mêmes soumises à la situation politique, contrairement aux choix plus systématiques de suspendre les vols lorsqu’il existe un risque de catastrophe naturelle.

Contourner les zones à risque coûte cher

À partir du moment où un espace aérien n’est pas interdit de survol, il revient à chaque compagnie aérienne de décider ou non si un itinéraire est dangereux pour ses passagers.

Mais la décision de contourner les zones dangereuses coûte cher en carburant. L’expert américain en aéronautique Norman Shanks affirme que beaucoup de compagnies ont continué à survoler l’Ukraine, malgré les avertissements, parce que cela permet d’emprunter une liaison plus courte et donc d’économiser de l'essence. Pour Greg Raiff, consultant dans le New Hampshire, si les compagnies devaient éviter tous les points chauds du monde, les temps de vols se verraient rallongés et certaines routes perdraient leur attrait économique, ce qui forcerait les compagnies à abandonner les liaisons concernées.

Pourtant, les plus précautionneuses avaient déjà décidé de leur propre chef de contourner l’Ukraine. Air France ne survole plus la Crimée, péninsule fraîchement annexée par Moscou, depuis le 3 avril 2014. Korean Air et Asiana, l'australienne Qantas et la taïwanaise China Airlines indiquent avoir modifié le parcours de leurs appareils pour éviter l'ensemble de l’Ukraine depuis début mars, lorsque les troupes russes sont entrées en Crimée.

Des zones d'ombre

Les transporteurs et les organismes de sûreté du trafic aérien, pris de court, ne s'attendaient pas à un tel accident. D’après Gerard Feldzer, ancien commandant de bord et consultant en aéronautique, interrogé sur RMC, "les autorités avaient mal évalué leur [celle des pro-russes] capacité à atteindre des avions de ligne à 10 000 mètres d’altitude". Il faut pour cela une technologie extrêmement perfectionnée, des missiles sol-air, mais aussi des radars. "Nous n’avions pas la connaissance - si c’est eux [ les pro-russes ] - qu’ils étaient pourvus de ce type de matériel" a ajouté l’expert en aéronautique.

Au-delà de la possession de ce matériel se pose surtout la question de la maîtrise de ces engins de guerre. Un savoir-faire que les autorités occidentales ne soupçonnaient pas de la part des séparatistes pro-russes, et qu’on trouverait "dans les rangs de l’armée russe" d’après François Heisbourg, conseiller spécial à la Fondation pour la recherche stratégique, cité par "Libération".

En attendant, l’Ukraine a interdit le survol de l’est du pays depuis le crash jeudi du Boeing qui transportait près de 300 passagers. Mais les espaces aériens d’autres zones de conflits, comme l’Irak, l’Afghanistan ou le Yémen, sont toujours empruntés par certaines compagnies en l’absence d’interdiction de survol émanant des États concernés ou des instances internationales.

Première publication : 18/07/2014

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