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Moyen-Orient

Le désenchantement de l'intelligentsia israélienne

© Jack Guez, AFP | Un char israélien déployé dans une aire de l'armée proche de la bande de Gaza.

Texte par Sarah LEDUC

Dernière modification : 19/07/2014

L’élite intellectuelle israélienne de gauche fait part de son désespoir, alors qu'une opération de Tsahal est en cours dans la bande de Gaza. En dix jours, l'offensive israélienne a fait plus de 250 morts côté palestinien.

Parler de paix quand sa terre est en train de brûler n’est pas chose aisée. Même les plus fervents pacifistes, parmi les intellectuels de la gauche israélienne, en ont perdu le goût. L’espoir d’un règlement du conflit au Proche-Orient a peu à peu cédé la place à la rancœur, la fatalité, au découragement.

La suspension des négociations de paix en avril dernier, les récents incidents communautaires, la mort des trois adolescents suivie du lynchage d’un jeune Palestinien, puis l’opération Bordure protectrice, ont engendré leur lot de désespérance et de colère. En mai dernier déjà, Amos Oz, l’un des plus célèbres écrivains israéliens, n’hésitait pas à qualifier les extrémistes juifs, auteurs d’une vague d’actes racistes contre les chrétiens et les musulmans, de "néo-nazis hébreux".

L’intensification du conflit et l’offensive israélienne sur la bande de Gaza, qui a fait plus de 250 morts en dix jours dont trois-quarts de civils et 20 % d’enfants, selon l’ONU, a fait sortir les artistes de leur réserve. Le 14 juillet, huit cinéastes israéliens appellent à un cessez-le-feu dans la bande de Gaza. La gauche pacifiste, qui était restée plutôt discrète lors de l’opération Pilier de défense en 2012, a retrouvé sa verve. Mais les voix qui s’étaient élevées contre l’opération Plomb durci en 2009 semblent cette fois avoir cédé à une forme de désenchantement. Des articles au ton résigné ont fleuri ces derniers jours dans la presse française. Les plus grandes plumes israéliennes, David Grossman, Sayed Kashua ou Etgar Keret ont fait part de leur rêve déçu.

La mort de "l’esprit israélien"

Ces écrivains sont pourtant parmi ceux qui, plus que tous, ont cru que cette paix était possible. Avec Amos Oz et Avraham B. Yehoshua, David Grossman fait partie de ces grandes consciences d’Israël qui se battent depuis des décennies pour la paix au Proche-Orient. Ils sont à l’initiative de la création de l'association La Paix maintenant et militent pour la création d’un État palestinien.

La paix tant espérée semble devenir illusoire. "Pour Israël, habitué aux déceptions, l’espoir (si tant est que quiconque évoque ce mot) est toujours hésitant, un rien honteux, s’excusant par avance. Le découragement en revanche est résolu, péremptoire, comme s’il s’exprimait au nom d’une loi naturelle, ou un postulat affirmant qu’entre ces deux peuples, la paix ne s’établira jamais et que la guerre entre eux procède d’un décret divin", écrit David Grossman dans sa tribune publiée le 8 juillet dans "Libération".

Ce militant, qui a perdu un fils en 2006 au Liban, a toujours dénoncé l’aveuglement et l’euphorie belliciste des dirigeants israéliens. L’opération Barrière protectrice ne fait que confirmer ses dires : la droite israélienne a tout tué, même l’espoir : "La droite n’a pas seulement vaincu la gauche. Elle a vaincu Israël […] en cela qu’elle a défait ce que, jadis, on pouvait encore appeler l’"esprit israélien" : cette étincelle, qui était capable de nous engendrer de nouveau, cet esprit du 'malgré tout', le courage. Et l’espoir."

La "paix" : un mot qui n’inspire plus

Sayed Kashua ou Etgar Keret incarnent la relève. Ils sont nés tous deux en 1967, alors qu’Israël annexait en six jours la bande de Gaza, la péninsule du Sinaï, le plateau du Golan, la Cisjordanie et Jérusalem-Est. Biberonnés à la guerre, ils prônent aujourd’hui le compromis, avec optimisme pour Keret, même s'il admet avoir perdu son étincelle, celle qui lui donnait l’inspiration et le courage de défendre idées et idéaux : "Dans l'ardeur accablante de ces dernières semaines, alors que notre existence semble moins pacifique que jamais, tout ce qui reste, c'est d'écrire sur la paix. Mais […] là, lorsque je me suis assis à mon ordinateur, j'ai été pris d'un manque d'inspiration total", écrit-il dans "Le Monde", le 11 juillet dernier.

Que dire en effet quand la guerre est perçue par les siens comme une fatalité et la paix comme un don divin et non le fruit d’un effort collectif ? "Il en va comme du mauvais temps : on peut en parler [de la paix, NDLR], on peut s'en plaindre, on peut même en faire des chansons, mais on ne peut rien faire pour le changer", explique-t-il avec son humour radical et sa plume acide, suggérant la perspective d’un conflit condamné à une éternelle insolubilité.

Dans sa tribune, Keret rappelle son engagement profond. Et s’il refuse d’en faire étalage dans ses livres, il continue pourtant de trouver ses armes dans la littérature. Pour lui, la solution réside aussi dans les mots et il trouve celui de "paix" galvaudé. Il lui préfère "compromis" : "Ce terme est moins exaltant, certes, mais il a au moins l'avantage de nous rappeler, à chaque fois que nous l'utilisons, que la solution tant espérée ne réside pas dans nos prières mais dans la poursuite opiniâtre de pourparlers laborieux et parfois bancals entre nous et l'autre partie".

Ne plus y croire et partir

Travailler à la paix, œuvrer au rapprochement, nouer des liens avec "l’autre peuple": Keret et Grossman, sont encore prêts à le faire. "Je veux continuer à vivre ici et je ne peux pas me permettre le luxe et les délices qu’offre le découragement. […] Nous qui aspirons depuis de nombreuses années à la paix, nous continuerons à nous arc-bouter à l’espoir", assure Grossman. Mais Sayed Kashua lui, a baissé les bras,  son pessimisme a fini par l'emporter. Il expose dans Libération "toutes les raisons pour lesquelles [il] quitte Israël".

Israël, c’est sa terre. Né dans le village de Tira et désormais installé à Jérusalem-Ouest, le romancier y a grandi, travaillé, élevé ses enfants. Il les a envoyés dans une école juive pour qu’ils parlent hébreu aussi bien que leur langue maternelle, comme son père l’avait fait avec lui. Pour participer à la réconciliation, Kashua a fait le choix d'écrire en hébreu et cela fait maintenant 25 ans qu'il se plie à cette discipline : "Vingt-cinq ans pendant lesquels je n’ai pas eu beaucoup de raisons d’être optimiste mais j’ai continué à croire que c’était encore possible que, un jour, ce lieu où vivent des juifs et des Arabes puisse connaître une histoire qui ne nie pas l’histoire de l’autre", témoigne-t-il.

Mais face aux menaces, à la haine réciproque, à la politique droitière du gouvernement de Netanyahou, Sayed Kashua a fini par renoncer : "La semaine dernière, quelque chose s’est brisé en moi", écrit-il. Il a décidé de s’installer aux États-Unis avec sa famille et de tout laisser derrière lui, même les livres d’une vie. Il partira sans se retourner, lui, l'incarnation de ce que pourrait être le "vivre ensemble". Pour le "compromis" en Israël, il reste à espérer que tous les esprits éclairés ne quitteront pas le pays à leur tour et qu’ils sauront conserver "l’espoir du malgré tout", comme l’écrit David Grossman, "un espoir lucide, sans concessions. Qui sait que c’est notre unique chance - Israéliens et Palestiniens confondus - de vaincre la pesanteur du découragement."

Bibliographie récente :

David Grossman, "Tombé hors du temps", éditions du Seuil, 2012. 
Sayed Kashua, "La deuxième personne", éditions de l'Olivier, 2012
Etgar Keret, "Sept années de bonheur", éditions de l'Olivier, 2014.

Première publication : 18/07/2014

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