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Economie

Fonds “vautours” : l’Argentine à la veille d’un nouveau défaut de paiement

© Alejandro Pagni, AFP | Une affiche contre les fonds vautours américains à Buenos Aires

Vidéo par Anna MOREAU

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 29/07/2014

La bataille entre l’Argentine et deux fonds spéculatifs américains, qui réclament plus d’un milliard de dollars, connaîtra son dénouement mercredi. Que le pays paie ou non, les conséquences économiques seront douloureuses. Explications.

L’Argentine se prépare à un nouveau défaut de paiement. Treize ans après la faillite de 2001, la troisième économie d'Amérique latine pourrait, mercredi 30 juillet, se retrouver de nouveau dans une situation où elle ne pourrait plus honorer ses dettes.

Elle doit, en effet, 539 millions de dollars (401 millions d’euros) d’intérêts à plusieurs créanciers privés avant la fin du mois. Le gouvernement est d’accord pour les payer, mais la justice américaine a bloqué le versement. Un tribunal new-yorkais a estimé, fin juin, que l’Argentine devait d’abord régler un différend l’opposant à deux fonds spéculatifs “vautours” qui réclament 1,33 milliard de dollars (990 millions d’euros).

La présidente argentine Cristina Kirchner refuse de solder cette ardoise précise. Depuis le jugement américain, l’Argentine et les deux fonds spéculatifs, NML et Aurélius, se sont retrouvés à plusieurs reprises pour négocier mais sans trouver d’accord.

La somme réclamée à Buenos Aires correspond à une fraction des 100 milliards de dollars (74 milliards d’euros), que la nation sud-américaine n’avait pas pu payer en 2001. Les deux fonds spéculatifs font partie des 7 % de créanciers qui n’ont pas accepté les termes des deux compromis négociés en 2005 et 2010, censés mettre l’Argentine et ses créanciers d’accord pour solder la débâcle financière de 2001.

Un retour sur investissement de 1 600 %

L’écrasante majorité des créanciers de l’Argentine avait alors accepté d’abandonner ses revendications financières en échange de nouveau bons du Trésor argentins (moins rémunérateurs), qui arrivent à échéance en 2033. NML et Aurélius ont, quant à eux, fait de la résistance et veulent être intégralement remboursés.

Plus précisément, ils ont flairé un bon coup financier à jouer. Ces deux fonds spéculatifs ont, en effet, racheté à prix cassé la dette argentine à des créanciers lassés d’attendre un remboursement. Ainsi, NML réclame actuellement 800 millions de dollars pour des bons du trésor achetés 50 millions de dollars en 2008. Un retour sur investissement de 1 600 % que le gouvernement argentin a dû mal à digérer. Depuis un mois, il s’est lancé dans une campagne pour dénoncer les revendications de ses deux fonds.

Tout porte donc à croire que Buenos Aires ne paiera pas. Mais un accord de dernière minute est encore possible et les deux camps doivent encore se retrouver, mardi 29 juillet, pour des négociations de la dernière chance. Reste que l’Argentine doit choisir entre deux options qui ne sont, économiquement, guère alléchantes. Explications :

Si l’Argentine ne paie pas. C’est l’option la plus probable. Dans ce cas, le pays sera de nouveau en défaut de paiement. “Ce serait très mauvais pour l’Argentine, même si les conséquences ne seraient pas aussi graves qu’en 2001”, explique au quotidien britannique “Financial Times” Nicolas Dujovne, un économiste basé à Buenos Aires.

La principale conséquence devrait être une aggravation de la récession. Le cabinet de conseil économique argentin Abeceb juge que le PIB baisserait de 3,5 % en cas de refus de payer. Il anticipe également une fuite des capitaux étrangers, une baisse des dépenses de consommation de plus de 3 % et une explosion de l’inflation, qui pourrait alors atteindre 41 % (contre "seulement" 31 % en cas de paiement).

Le défaut de paiement risquerait, en outre, d’entraîner une avalanche d’autres “primes” à payer à tous les investisseurs qui ont souscrit des assurances contre la faillite de l’Argentine. D’après la chaîne américaine Bloomberg, Buenos Aires pourrait alors devoir payer plusieurs dizaines de milliards de dollars. Le pays n’ayant qu’environ 30 milliards de dollars de réserves, le risque pourrait alors se transformer en faillite généralisée.

Si l’Argentine paie. Il y aurait une manière simple pour éviter un tel scénario catastrophe : payer. Sauf que rien n’est jamais aussi simple. Le gouvernement argentin ne refuse pas de céder aux exigences des deux fonds spéculatifs uniquement pour des raisons de principe. Buenos Aires craint, en fait, une réaction en chaîne, qui pourrait lui coûter extrêmement cher.

Il existe, en effet, dans les compromis de 2005 et 2010 une clause, qui pourrait s’avérer fatale à l’économie argentine en cas de paiement. Elle stipule que le pays ne peut pas offrir un meilleur accord à d’autres créanciers avant le 1er janvier 2015. En clair, si l’Argentine remboursait 100 % de ce qu’elle doit à NML et Aurélius, tous les autres pourraient légalement réclamer la même chose. Le gouvernement Kirchner pourrait alors être obligé de payer plus de 100 milliards de dollars. Ce qui signifierait un retour à la case faillite.

C’est pourquoi Cristina Kirchner avait demandé au tribunal new-yorkais de lui permettre d’attendre l’année prochaine, avant de passer un accord avec les deux fonds spéculatifs. Une requête qui a été rejetée.

Certains pensent, cependant, que ce risque de spirale infernale n’existe pas vraiment. La clause précise que l’Argentine ne doit pas “volontairement” proposer un meilleur accord. Tout est dans ce qualificatif, estime le quotidien américain “Wall Street Journal”. Buenos Aires ne semble, en effet, pas prêt à payer les deux fonds spéculatifs dans la joie et la bonne humeur. D’autres assurent, cependant, que si le pays décide finalement de payer ses créanciers récalcitrants, il leur aura “volontairement” proposé de meilleures conditions qu’aux autres. Après tout, estiment-ils, le jugement américain ne force pas Buenos Aires à payer, mais l’oblige simplement à trouver un accord.

Première publication : 29/07/2014

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