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Ukraine: la route de tous les dangers vers le site du crash de l'avion

AFP

Un pont détruit le 31 juillet 2014 à Debaltseve dans la région de DonetskUn pont détruit le 31 juillet 2014 à Debaltseve dans la région de Donetsk

Un pont détruit le 31 juillet 2014 à Debaltseve dans la région de DonetskUn pont détruit le 31 juillet 2014 à Debaltseve dans la région de Donetsk

A travers les blocs de béton d'un pont explosé, au son des tirs de mortier, le chemin emprunté jeudi par les experts internationaux pour accéder à l'endroit où l'avion de Malaysia Airlines s'est écrasé, s'est révélé semé d'embûches.

L'armée ukrainienne avait annoncé dans la matinée une "journée de silence", suspendant son offensive afin de faciliter le travail des experts néerlandais et australiens, qui tentaient chaque jour en vain, depuis dimanche, d'accéder aux débris du Boeing 777 abattu le 17 juillet.

L'équipe, qui comprend des observateurs de l'Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE), a quitté Donetsk au petit matin dans un convoi de trois 4x4 blancs affichant le logo de l'organisation internationale sur les côtés et les toits.

Donetsk se situe à une soixantaine de kilomètres du site de la catastrophe. Mais les experts ont parcouru 500 kilomètres à travers la campagne du bassin minier du Donbass et ses champs de tournesols.

Malgré ce tableau idyllique, le danger a toujours été présent sur la route. La plupart des véhicules croisés portent des signes distinctifs afin d'éviter d'être pris pour cible : une feuille de papier indiquant "enfants" ou un simple linge blanc.

Le convoi emprunte d'abord une autoroute déserte trouée de tranchées creusées par les rebelles et renforcées par des sacs de sable, contournant parfois des mortiers placés sur le bitume.

Puis la route traverse un pont de chemin de fer qui a explosé début juillet alors qu'un train de marchandises le franchissait. Le train est toujours là, ses wagons en équilibre précaire au-dessus de la chaussée.

Un peu plus loin sur un peuplier sur le bas côté, une pancarte en bois met en garde : "Mines".

En travers de la route, il faut franchir les décombres d'un deuxième pont de chemin de fer, qui s'est lui aussi effondré après une explosion. Des plaques de métal ont été placées sur les blocs de béton pour permettre le passage des véhicules.

- Route minée -

Le convoi arrive alors en territoire sous contrôle loyaliste. Des blindés avec des hommes en tenue de camouflage passent. Des chars sont postés dans les champs voisins.

Dans la petite ville de Debaltsevé, à 75 km de Donetsk, les inspecteurs internationaux marquent une pause dans une base de fortune ukrainienne : un restaurant "Triomphe", dont les vitres sont brisées, sans électricité. Ils demandent aux journalistes qui les suivent de rester à distance.

Plusieurs chars sont garés sur le bitume qui fond sous un soleil de plomb, l'un deux affichant le slogan : "Dieu est avec nous".

"Le moral est bon, on veut rentrer chez nous", lâche un soldat, Roman, originaire de la région voisine russophone de Dnipropetrovsk. Il montre sur une carte les localités encore tenues par les rebelles à l'issue d'une semaine de nette progression des forces ukrainiennes. "Il nous reste moins de combats à livrer", assure-t-il.

Après plusieurs heures de progression, le convoi rejoint une autoroute en direction de la Russie avant d'être arrêté à un poste de contrôle des insurgés, à dix kilomètres du site de la chute de l'avion.

Les rebelles laissent passer les experts, pas les journalistes. Pour mettre fin à toute discussion, l'un d'eux tire en l'air avec sa kalachnikov. "Nous avons des ordres!"

Les journalistes tentent de trouver une autre route et se renseignent auprès d'un habitant d'un village. "Désolé, mais elle est peut-être minée".

Les reporters retentent leur chance au poste de contrôle et cette fois peuvent passer. Quelques minutes plus tard, des explosions retentissent à proximité, les poussant à rebrousser chemin. Un tir de mortier aboutit à environ 150 mètres devant la voiture de tête.

Première publication : 01/08/2014