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2 août 1914: la Belgique sommée par l'Allemagne de se laisser envahir

© France Presse Voir/AFP/Archives | Photo non-datée prise pendant la Première Guerre mondiale montrant notamment le président français Raymond Poincaré et le roi Albert 1er de Belgique (à gauche)Photo non-datée prise pendant la Première Guerre mondiale montrant notamment le président français Raymond Poincaré et le roi Albert 1er de Belgique (à gauche)

Le 2 août 1914, le roi des Belges Albert 1er reçoit avec stupéfaction et colère un ultimatum de l'Allemagne dans lequel Berlin exige le libre passage de ses armées à travers la Belgique neutre pour prévenir une offensive française.

C'est l'ambassadeur d'Allemagne à Bruxelles, Below Saleske, qui est chargé de porter le pli diplomatique, écrit à la main, au ministre des Affaires étrangères, Julien Davignon.

L'entretien est bref et glacial. Pourtant garante depuis 1830 de l'indépendance et de la neutralité de la Belgique, aux côtés notamment de l'Angleterre et de la France, l'Allemagne affirme contre toute évidence avoir la certitude que les forces françaises vont l'attaquer en passant par le royaume.

En fait, c'est le plan de guerre allemand établi de longue date qui prévoit d'attaquer à revers par la Belgique les forces française massées plus au sud sur la frontière allemande.

L'empire de Guillaume II prévient: si son petit voisin freine son avancée, "l'Allemagne sera obligée de considérer la Belgique en ennemie". Bruxelles a 12 heures pour répondre.

Pour le gouvernement belge, qui a tardé lors des années précédentes à renforcer son armée, espérant que sa neutralité lui permettrait d'échapper à un conflit, c'est la stupéfaction et la colère.

- La Belgique entre en résistance -

Le roi Albert, qui a des ascendances allemandes, se sent trahi. A 07H00 le lendemain matin, l'ultimatum est rejeté et la Belgique promet de se défendre de toutes ses forces.

Le 4 août, vers 08H00 du matin, la IIe armée allemande fond sur Liège, première place forte belge sur sa route. Le même jour, le Royaume-Uni, pour qui la violation de la neutralité belge est inacceptable, déclare la guerre à l'Allemagne. Les garnisons et forts qui ceinturent Liège vont résister pendant plusieurs jours aux assauts de l'artillerie allemande, qui fera notamment usage pour la première fois de ses canons de 420 mm, les célèbres "Grosse Bertha".

Dès le 7 août, Liège reçoit la Légion d'honneur de la République française pour son héroïque résistance, et dans les cafés parisiens les "cafés viennois" --mélange de café, de crème glacée et de crème chantilly-- sont rebaptisés "cafés liégeois", un nom qu'ils portent toujours un siècle plus tard. Et la station "Berlin" du métro parisien prend le nom de "Liège", conservé jusqu'à aujourd'hui.

La ville tombe le 16 août, mais sa résistance inattendue, qui exaspère Berlin, a retardé de quelques jours l'avancée d'une partie des forces allemandes, fournissant un petit répit précieux aux alliés français et britanniques.

La résistance liégeoise va surtout forger l'image de la "vaillante petite Belgique" aux yeux de l'opinion mondiale, outrée par les récits des atrocités commises par les troupes allemandes dans le pays, et largement relayées par la propagande alliée.

C'est à Liège, au pied du Mémorial interallié érigé sur les hauteurs de la ville, qu'aura lieu le 4 août prochain la première grande commémoration du centenaire du conflit en Belgique, en présence notamment des présidents allemand et français.

- L'inondation des plaines de l'Yser -

A la fin de l'été, l'armée allemande a pris Namur, Mons et Bruxelles, commettant au passage des exactions qui coûteront la vie à quelque 6.500 civils et choqueront le monde occidental.

Après la guerre, les Allemands se justifieront contre l'accusation de barbarie portée par les Alliés, en invoquant une défense légitime contre des francs-tireurs, mais la plupart des historiens estiment aujourd'hui que l'existence de ces civils armés a été largement fantasmée par une armée allemande obsédée par le souvenir de la résistance de volontaires civils français lors de la guerre franco-prussienne de 1870.

Chassée début octobre de la place forte d'Anvers où elle s'était retranchée, l'armée belge commandée par Albert 1er recule jusqu'aux côtes de la mer du Nord, au nord-ouest du pays.

Aidée par les alliés, elle est sauvée fin octobre par l'inondation volontaire d'une partie de la plaine du fleuve Yser, qui empêche toute bataille et arrête la progression allemande, figeant le front pour quatre ans.

L'ouverture des écluses a été déclenchée par un marin de Nieuport, Hendrik Geeraert, devenu un héros populaire dont le buste ornera les billets de 1.000 francs belges dans les années 1950.

Le front stabilisé, le "roi chevalier" va rester pendant toute la guerre à la tête des troupes belges qui contrôlent la seule parcelle du territoire national restée libre, quelques centaines de kilomètres carrés entre l'Yser et la frontière française.

Mais il refusera jusqu'à la fin de participer aux grandes offensives alliées. Car depuis l'ultimatum du 2 août 1914, son objectif n'a pas varié: défendre une stricte neutralité du royaume, considérée comme garante de son indépendance et de son intégrité territoriale.

Après la guerre, les dirigeants belges hésiteront entre la poursuite de cette politique de neutralité et la conclusion d'alliances, notamment avec la France.

La Seconde guerre mondiale et une nouvelle invasion allemande, en mai 1940, trancheront pour eux. Depuis une soixantaine d'années, la Belgique s'est ancrée dans le bloc occidental en contribuant à la fondation de l'Otan et de l'Union européenne.