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4 août 1914: Londres s'engage dans une guerre désormais mondiale

AFP

Photo non datée du roi George V de Grande-Bretagne, du président français Raymond Poincaré et du Maréchal français Joseph Joffre sur le front pendant la Première Guerre mondiale (g à d)Photo non datée du roi George V de Grande-Bretagne, du président français Raymond Poincaré et du Maréchal français Joseph Joffre sur le front pendant la Première Guerre mondiale (g à d)

Photo non datée du roi George V de Grande-Bretagne, du président français Raymond Poincaré et du Maréchal français Joseph Joffre sur le front pendant la Première Guerre mondiale (g à d)Photo non datée du roi George V de Grande-Bretagne, du président français Raymond Poincaré et du Maréchal français Joseph Joffre sur le front pendant la Première Guerre mondiale (g à d)

Le soleil s'est couché depuis un moment sur cette journée du 4 août 1914. L'ultimatum lancé à l'Allemagne qui vient d'envahir la Belgique est sur le point d'expirer. En l'absence de réponse, Londres déclare "un état de guerre" à Berlin, à 23H00 précises.

Le gouvernement britannique d'Herbert Asquith avait exigé que Berlin respecte la neutralité belge et retire immédiatement ses troupes du petit royaume.

"Le gouvernement de sa Majesté a décrété qu'un état de guerre existe entre la Grande-Bretagne et l?Allemagne à partir de 23h00 le 4 août", indique un message du ministère des Affaires étrangères à l'ambassade de Berlin à Londres.

Ce message qui précipite une Grande-Bretagne largement pacifiste dans une guerre qu'elle souhaitait éviter est le fruit d?une longue réflexion et de nombreux débats internes.

L'objectif du ministre des Affaires étrangères, Edward Grey, "était d'empêcher le déclenchement de la guerre", précise l?historien William Mulligan dans son ouvrage "The Great war for Peace". Mais le 3 août, lorsque Berlin déclare la guerre à la France et envahit la Belgique, le ministre admet, résigné, devant le Parlement: "il est clair que la paix en Europe ne peut plus être préservée".

- Conflit planétaire -

Le Royaume-Uni est la dernière grande puissance européenne à entrer dans le conflit, après l'Autriche-Hongrie le 28 juillet, l'Allemagne et la Russie le 1er août, puis la France le 3.

"L'entrée en guerre du Royaume-Uni en a fait un conflit planétaire", explique l?historien William Mulligan. "Les combats se sont étendus à l'Afrique, le Japon a rejoint la guerre en extrême-Orient, s'emparant de quelques colonies allemandes, et les soldats des empires (coloniaux) français et britanniques sont venus renforcer les armées en Europe."

Mais en ce 4 août 1914, personne n'imagine encore les conséquences à venir. Quand les Britanniques apprennent la nouvelle, ils pensent, comme la plupart des Européens, que la guerre sera de courte durée.

"Guerre européenne: la Grande-Bretagne participe au combat" titre le Financial Times du 5 août. "La Grande-Bretagne déclare la guerre à l'Allemagne", écrit le Manchester Guardian.

"Les cris des vendeurs de journaux ont été le principal moyen par lequel les gens ont appris la déclaration de guerre", raconte à l'AFP Catriona Pennel, professeur d'histoire à l'Université d'Exeter. Et comme "bien évidemment il n?y avait ni radio ni télévision en 1914", rappelle-t-elle, "la plupart n?ont découvert que le lendemain matin qu?ils étaient en guerre".

La nouvelle prend un peu plus de temps à atteindre les populations rurales. "La-bas les annonces publiques étaient plus courantes que les +Unes+ de journaux", précise l'historienne. Les policiers et les postiers font également passer le message.

- Enthousiasme fantasmé ou réel? -

Le 4 août, malgré l'heure tardive, une importante foule s'est rassemblée à Trafalgar square, ce qui fait dire au philosophe britannique Bertrand Brussel, farouchement opposé à la guerre, que "les hommes et femmes ordinaires étaient enchantés à la perspective de la guerre". Une idée longtemps persistante, mais aujourd'hui contestée par la plupart des historiens.

Les rassemblements publics dans les villes et les centaines de milliers d?hommes qui s'engagent volontairement dans l'armée (750.000 entre août et septembre) laissent croire à un grand engouement de la population. Pourtant, l'enthousiasme est limité, selon les historiens. "L?arrivée de la guerre était comme un sombre nuage arrivant sur le peuple, inquiet pour le futur de la civilisation européenne", affirme Catriona Pennel.

Dans un pays où la conscription n?existait pas, la "ruée sous les drapeaux" relève plus du nationalisme et de la volonté de défendre son pays que de l'enthousiasme. "De nombreux volontaires considéraient que rejoindre l?armée était un devoir", explique à l?AFP l?historien William Mulligan.

"Les motivations pour se porter volontaire étaient nombreuses, et l'une d'elle était la peur d'une victoire allemande qui semblait probable après les avancées rapides (allemandes) en Belgique et dans le nord de la France".

Les premières troupes britanniques sont presque immédiatement envoyées en France. Trois jours après la déclaration de guerre, le commandant Sir John French et ses hommes de la Force expéditionnaire britannique débarquent sur le territoire français.

Contrairement aux prévisions optimistes des stratèges militaires, la guerre durera plus de quatre ans et laissera quelque 10 millions de morts sur les champs de bataille, dont plus de 900.000 soldats venus du Royaume-Uni et de tout l'empire britannique.

Première publication : 04/08/2014