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L'Etat portugais vole à la rescousse de Banco Espirito Santo

© AFP | Une agence de la banque portugaise Banco Espirito Santo à Lisbonne, le 1er août 2014Une agence de la banque portugaise Banco Espirito Santo à Lisbonne, le 1er août 2014

Soucieux de freiner la contagion, l'Etat portugais s'est résolu dimanche à renflouer à hauteur de 4,4 milliards d'euros la banque en difficulté Espirito Santo (BES), tout en mettant fortement à contribution ses actionnaires.

Après avoir longtemps écarté ce scénario, le gouvernement puisera ainsi dans l'enveloppe de 12 milliards d'euros réservée aux banques dans le cadre du plan de sauvetage du Portugal négocié avec la troïka (UE-FMI-BCE), dont il restait 6,4 milliards d'euros.

En volant au secours de la banque, mise à mal par les déboires financiers de la famille Espirito Santo, le gouvernement cherche à éviter que l'affaire ne contamine l'ensemble du secteur financier du Portugal, voire de l'Europe.

"Il était urgent d'adopter une solution pour garantir la protection des dépôts", a déclaré le gouverneur de la Banque du Portugal Carlos Costa, en présentant le plan de sauvetage de la banque.

Après avoir publié une perte semestrielle record de 3,57 milliards d'euros, "Banco Espirito Santo présentait un risque de cessation de paiements qui aurait mis en danger le système financier national", a-t-il prévenu.

Les turbulences que traverse BES avaient semé la panique sur les marchés européens début juillet, faisant ressurgir le spectre de la crise de la dette en zone euro.

Face à l'hécatombe du titre en Bourse, qui a été suspendu vendredi après avoir chuté de près de 75% en une semaine, les espoirs de voir la banque attirer de nouveaux investisseurs sans recourir à l'aide de l'Etat avaient été anéantis.

Pour arrêter l'hémorragie, les autorités portugaises ont décidé de scinder la banque en deux entités, afin de permettre de séparer les actifs toxiques des produits sans risque.

Les actifs toxiques, dont les titres de dette à haut risque de la famille Espirito Santo et les parts dans la filiale de BES en Angola, seront logés au sein d'une structure de défaisance (bad bank), chargée de les liquider.

- Novo Banco -

L'ensemble des actifs sains seront regroupés au sein d'une nouvelle banque, baptisée Novo Banco, qui sera contrôlée par le Fonds de résolution des banques portugaises, créé en 2012 à la demande de la troïka afin de pouvoir faire face à des crises bancaires.

"Rien ne change pour les clients. Ils pourront réaliser toutes les opérations habituelles sans perturbation. BES deviendra dès lundi Novo Banco, même si les agences garderont dans un premier temps les anciens logos", a fait valoir M. Costa.

Quant à la "bad bank", elle restera entre les mains des actuels actionnaires, qui risquent d'être lourdement pénalisés car ils seront amenés à en assumer les pertes, a prévenu le ministère des Finances.

Parmi les actionnaires figure, avec une part de 14,6%, le groupe français Crédit agricole, qui devra dévoiler l'ampleur des dégâts lors de la présentation de ses comptes mardi.

En vertu des nouvelles règles européennes, les actionnaires et créanciers non prioritaires sont désormais priés de mettre la main à la poche en premier ressort avant qu'une banque ne puisse solliciter une aide de l'Etat.

D'où la panique des actionnaires de BES, qui ont massivement vendu le titre en Bourse, le précipitant à des plus bas historiques.

Une fois séparés des mauvaises créances, les actifs sans risque auront plus de chance d'attirer des investisseurs privés, notamment des banques étrangères, et de retourner ultérieurement en Bourse.

L'injection de fonds publics est également de nature à calmer l'inquiétude des épargnants, qui ne seront pas mis à contribution.

"Cela fait un moment que des clients de BES retirent leur argent. Il n'y a aucune raison à cela, mais la panique n'a rien de raisonnable", a commenté à l'AFP Joao Cesar das Neves, professeur d'économie à l'Université catholique de Lisbonne.

Le cas du Portugal est le premier test des nouvelles règles transitoires en vigueur en attendant la mise en place en 2016 de l'union bancaire européenne qui vise à éviter aux contribuables de payer pour les banques.

La solution trouvée pour Banco Espirito Santo "contribuera à rétablir la confiance dans la stabilité du système financier" du Portugal, a estimé la Commission européenne, qui a jugé le dispositif conforme aux nouvelles règles en vigueur.