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Fuir la Syrie et mourir à Gaza

© AFP / Par Mai YAGHI | Hamed Abou Chabab, qui avait fui la guerre en Syrie pour trouver refuge dans la bande de Gaza, prie le 7 août 2014 au cimetière de Gaza City sur la tombe de son fils, emporté par une bombe israélienneHamed Abou Chabab, qui avait fui la guerre en Syrie pour trouver refuge dans la bande de Gaza, prie le 7 août 2014 au cimetière de Gaza City sur la tombe de son fils, emporté par une bombe israélienne

Il avait fui la guerre en Syrie pour trouver refuge sur la terre que ses parents avaient quittée en 1967 avec des files de Palestiniens. Abdallah a été emporté par une bombe israélienne pendant la guerre à Gaza.

"Son destin était de mourir ici", soupire son père Hamed Abou Chabab. C'était le 30 juillet, au lendemain d'une nouvelle journée de pilonnage israélien qui s'est soldée par la mort de dizaines de Palestiniens dans la banlieue de Chajaya, à l'est de la ville de Gaza, un carnage qui a suscité l'émoi de la communauté internationale.

Ce jour-là, Abdallah "était en train d'évacuer des blessés du massacre de Chajaya quand les bombardements qui s'étaient arrêtés ont repris. Il est mort" à 21 ans sous les bombes auxquelles il avait échappé dans son deuxième pays, la Syrie, en proie depuis trois ans et demi à un conflit qui a fait plus de 170.000 victimes.

"J'avais de grands espoirs pour lui, il devait obtenir son diplôme d'université dans un mois", dit son père défait, "mais il est mort avant d'avoir pu réaliser ça".

Le cauchemar des Abou Chabab ne s'est pas arrêté là. Leur maison a été détruite. Hamed et ses trois fils dorment désormais au pied des gravats, sa femme et leurs quatre filles s'abritent chez des proches.

Au total, 260 familles fuyant la guerre en Syrie vivent désormais à Gaza, indique Atef al-Imaoui, qui préside une association d'aide aux réfugiés palestiniens venus de Syrie.

- L'exode toujours -

La Syrie a accueilli une partie des centaines de milliers de Palestiniens poussés à l'exode en 1967 par la guerre des Six-jours et la prise par l'armée israélienne de la bande de Gaza, de la Cisjordanie et de Jérusalem-est, en même temps que du Sinaï et du Golan.

Quelque 530.000 réfugiés palestiniens y sont enregistrés à l'Agence de l'ONU pour l'aide aux réfugiés palestiniens (UNRWA).

A nouveau rattrapés par la guerre, 70% à 80% d'entre eux ont fui leurs maisons, et 12% à 15% quitté le pays pour les pays voisins.

Sous la présidence de l'islamiste Mohamed Morsi, grand allié (aujourd'hui renversé) du Hamas qui contrôle la bande de Gaza, l'Egypte avait ouvert le point de passage de Rafah aux réfugiés palestiniens de Syrie, explique Atef al-Imaoui. Ils pouvaient ainsi gagner l'Egypte par avion, faute de pouvoir transiter par Israël, puis passaient à Gaza par Rafah.

A l'époque, le Hamas s'était même engagé à verser tous les mois 800 shekels israéliens, soit 170 euros, à chaque famille dont le chef était au chômage.

Mais depuis cinq mois le Hamas, isolé par le changement politique au Caire et étranglé économiquement, n'a rien donné aux réfugiés de Syrie, affirment plusieurs d'entre eux.

Atef lui-même a laissé derrière lui sa maison et son usine textile dans l'immense camp syrien de Yarmouk ravagé par les combats et les raids aériens à Damas. Fin 2012, il est arrivé à Gaza où il a loué une maison. Quand elle a été détruite en juillet, il a été accueilli avec sa femme et ses enfants par son ami Farid Youssef. Farid, lui aussi, est venu de Syrie. Ses parents avaient été chassés de Haïfa à la création de l'Etat d'Israël en 1948.

- Mourir en Syrie ou à Gaza, "quelle différence" ? -

"On commençait tout juste à se faire à la vie à Gaza. On était en train de se reconstruire une nouvelle vie. Maintenant tous nos espoirs sont enterrés, nous n'avons même plus d'abri", raconte Atef, en contemplant sa terre natale qu'il a retrouvée, après 40 ans d'exil, ravagée par la guerre.

Effrayé par les bombardements, Farid, lui, a essayé à plusieurs reprises de retourner en Syrie depuis le début de la guerre à Gaza. A chaque fois, le passage lui a été refusé: en Egypte, où l'armée a destitué Morsi et le Hamas a été interdit, il ne fait plus bon venir de Gaza.

Pour cet ancien commercial dans une compagnie pharmaceutique le pire c'est le blocus imposé depuis 2006 par Israël à l'enclave palestinienne. "C'est la pire expérience de ma vie, je n'arrive pas à supporter l'idée que je suis prisonnier", explique-t-il avant d'être interrompu par sa femme, Souad. "De toute façon, la mort ici ou la mort en Syrie, quelle différence ?"

Par Mai YAGHI