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Afrique

Une délégation de Human Rights Watch refoulée à son arrivée au Caire

© Kamel Khaled, AFP | Un blessé en marge d'une manifestation pour le premier anniversaire de la destitution de Mohamed Morsi, juillet 2014

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 11/08/2014

Deux responsables de l’ONG Human Rights Watch ont été retenus une douzaine d’heures par les autorités égyptiennes à leur arrivée au Caire, dimanche. Ils venaient présenter un rapport sur la sanglante répression visant les Frères musulmans.

Les autorités égyptiennes ont refusé l’entrée sur leur territoire, dimanche 10 août, de Kenneth Roth, directeur exécutif de Human Rights Watch, et de Sarah Leah Whitson, directrice de la branche Moyen-Orient et Afrique du Nord de l’ONG. Tous deux s’apprêtaient à rencontrer des diplomates et des journalistes en Égypte ; ils ont été retenus une douzaine d’heures sans explications à l’aéroport international du Caire avant d’être contraints de repartir en avion.

Un "massacre méthodique"

"Nous venions en Égypte pour publier un rapport sérieux sur des sujets graves qui nécessitent la plus grande attention de la part du gouvernement égyptien", explique Kenneth Roth, sur le site internet d’HRW. "Au lieu d’empêcher le porteur de ce message d’entrer en Égypte, les autorités égyptiennes devraient se pencher sérieusement sur nos conclusions et nos recommandations, et y répondre de manière constructive", ajoute-t-il.

Kenneth Roth et Sarah Leah Whitson devaient présenter, mardi, à la presse au Caire un rapport sur le "massacre de Rabaa al-Adawiya et des tueries de masse de manifestants en Égypte". Le document de 195 pages détaille comment la police égyptienne et l’armée "ont méthodiquement ouvert le feu à balles réelles" sur des manifestants opposés à la destitution de Mohamed Morsi, premier président démocratiquement élu du pays, survenue le 3 juillet 2013. Au moins 1 400 personnes ont été tuées, dont 700 au cours de la seule journée du 14 août selon HRW, sans qu’aucun responsable des autorités égyptiennes ne soit inquiété.

Obliger les responsables à "rendre des comptes"

Si le rapport n’a pas encore été rendu public, il avait été envoyé en Égypte aux ministères de l'Intérieur, de la Défense et des Affaires étrangères, au bureau du procureur général, mais aussi à l’ambassade d’Égypte à Washington, et la mission égyptienne auprès des Nations unies, à New York, le 6 août. En refusant – sans motif officiel – l’entrée à des représentants d’HRW sur son sol, "il semble que le gouvernement égyptien ne veuille pas être confronté à la réalité des violations, et encore moins obliger les responsables à rendre des comptes", constate Kenneth Roth.

Depuis la destitution de Mohamed Morsi, plus de 16 000 Frères musulmans et sympathisants ont été emprisonnés, selon les organisations de défense des droits de l’Homme. La quasi-totalité des cadres du mouvement islamiste ont été arrêtés et sont jugés, à l’instar du président déchu, dans des procès pour lesquels ils encourent ou ont été condamnés à la peine capitale.

En février, HRW avait fermé son bureau au Caire suite à la dégradation des conditions de sécurité en Égypte. Mais l’ONG n’entend pas renoncer. L’intégralité du rapport sera mise en ligne sur son site mardi 12 août à 11 h, heure du Caire (10 h à Paris).

Première publication : 11/08/2014

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