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Moyen-Orient

Haïdar al-Abadi, l'homme chargé de sauver l'Irak

© STR/AFP | Haïdar al-Abadi.

Vidéo par FRANCE 24

Texte par Charlotte BOITIAUX

Dernière modification : 11/08/2014

Le nouveau Premier ministre irakien, Haïdar al-Abadi, fraîchement nommé, devra lutter contre l’EIIL et réconcilier les forces politiques de son pays. Le nouvel homme fort de Bagdad semble avoir fait des djihadistes sa priorité.

Le moins que l'on lui puisse dire, c’est qu’il arrive dans un climat politique on ne peut plus délétère. À l’heure où les djihadistes de l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL) continuent leur progression dans le nord de l’Irak, où les tensions politiques au sein du gouvernement irakien sont au plus haut, et où l’ancien Premier ministre Nouri al-Maliki crie au complot, Haïdar al-Abadi s’apprête à prendre les rênes d’un pays en pleine dissolution.

Désigné nouveau chef du gouvernement irakien, cet homme politique de 61 ans choisi par l’Alliance nationale - le bloc parlementaire chiite - aura la lourde tâche de sortir son pays de l’ornière. Le président irakien Fouad Massoum l’a chargé, lundi 11 août, de former le nouveau gouvernement – en 30 jours maximum -, lors d'une brève cérémonie retransmise en direct à la télévision. "Le pays est entre vos mains", lui a notifié le chef de l’État.

Quand Abadi appelait l’Iran à la rescousse

Le nouvel homme fort de Bagdad, qui était jusqu’à présent vice-président du Parlement, sera-t-il en mesure de relever les défis que lui impose l’actualité irakienne ? Il semble, en tous cas, avoir fait de l’EIIL sa priorité absolue. En juin dernier, lors d’une interview au Huffington Post, Haïdar al-Abadi avait envisagé de faire appel à l’Iran pour lutter contre les djihadistes sunnites.

"Nous attendons l’aide des Américains. Si Washington nous aide, nous n’aurons pas besoin de l’Iran, mais si les Américains ne nous aident pas, nous aurons peut-être besoin des frappes iraniennes" avait-il déclaré, arguant que l’essor de ces islamistes était une "catastrophe" pour le Moyen-Orient et pour le monde occidental. "Leur idéologie est basée sur le fait de lutter contre tous ceux qui ne sont pas comme eux", avait-il alors expliqué. Depuis vendredi 8 juillet, les États-Unis ont décidé de venir en aide aux Irakiens et procèdent à des frappes aériennes contre des positions de l’EIIL dans le nord du pays.

Abadi devra aussi rapidement montrer ses talents de médiateur sur un autre pan de la politique intérieure de l'Irak : la réconciliation sunnites-chiites. La communauté internationale attend beaucoup de sa capacité à raccommoder les différentes communautés religieuses. Mais ce chiite saura-t-il gagner la confiance de la population sunnite et les réintroduire dans le jeu politique ? Rien n’est moins sûr, estime encore le Huffington Post qui revient sur la proximité supposée entre le nouveau Premier ministre et son prédécesseur Maliki - dont la politique pro-chiite a achevé d’exaspérer certains sunnites qui se sont alliés à l'EIIL.

"Les chiites ne sont pas contre les sunnites"

Un autre quotidien américain, le Washington Post, rappelle, de son côté, que le nouveau chef du gouvernement n’a jamais caché son agacement envers les kurdes. "L'année dernière, Abadi [les] a avertis que les différends portant sur les exportations de pétrole du Kurdistan irakien pourraient conduire à la ‘désintégration’ du pays". Reste qu’Haïdar al-Abadi semble vouloir tirer des leçons des erreurs passées. L’homme politique irakien a admis qu'il y avait eu des "excès" de la part des forces armées irakiennes à l’égard des sunnites, dans le nord du pays notamment. "Nous devons écouter leurs doléances", a-t-il déclaré au Huffington Post, même si, "certaines sont justes et d’autres sont fausses […] Les sunnites ne sont pas contre les chiites et les chiites ne sont pas contre les sunnites."

Lundi, les États-Unis ont félicité le nouveau chef du gouvernement avant de le presser de présenter un programme "d'envergure nationale aussi vite que possible". La communauté internationale réclame la formation d’un cabinet capable de faire face à l’offensive des extrémistes sunnites lancée le 9 juin dernier. Une requête de Washington d’autant plus urgente que les Américains ont engagé leur armée dans ce conflit - pour la première fois depuis le retrait de leurs troupes fin 2011.

Né en 1952 et titulaire d'un doctorat de l'université de Manchester, Haïdar al-Abadi s’est exilé au Royaume-Uni pendant une grande partie du règne de Saddam Hussein. Le parti baas aurait exécuté deux de ses frères et emprisonné un troisième pendant 10 ans. Il a été ministre des Communications dans le gouvernement intérimaire qui avait suivi la chute du dictateur, en 2003. Élu au Parlement en 2006, Abadi a présidé la commission des Finances avant de devenir vice-président du Parlement en 2014.
 

Première publication : 11/08/2014

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