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Moyen-Orient

Pourquoi les négociations sur un cessez-le-feu permanent sont un cauchemar ?

© Jason Reed, AFP | Poignée de mains entre Mahmoud Abbas et Benjamin Netanyahou, le 2 septembre 2010, au département d’État américain à Washington.

Vidéo par FRANCE 24

Texte par Sylvain ATTAL

Dernière modification : 21/08/2014

Après cinq semaines de guerre, les négociateurs du Caire semblent incapables de conclure une trêve permanente entre Israël et le Hamas. Pourtant, les deux parties y semblent disposées. Explications.

Les tirs de missiles du Hamas et les bombardements israéliens sur la bande de Gaza ont repris mercredi 20 août après un nouvel échec des discussions au Caire. Il semble pourtant que les belligérants aient un intérêt réciproque à ce que soit mis fin aux combats. Israël affirme avoir détruit une grande partie du stock de missiles du Hamas et la quasi-totalité des tunnels qui permettent les infiltrations sur son territoire. Ce bilan est contesté par le Hamas, mais cela a permis au gouvernement de justifier la fin de l’opération terrestre. Tsahal y a laissé plus de 60 hommes, le plus lourd tribut payé par l’armée israélienne dans une opération de ce type et de cette durée.

>> À voir sur France 24: Exclusif : reportage sur un site de lancement de roquettes du Hamas

Le Hamas fait face de son côté à une sourde exaspération de la population de Gaza, qui a éprouvé plus de 2 000 morts, de très importantes destructions et comprend de moins en moins le bien fondé de la poursuite des tirs de missiles. Le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou et Khaled Mechaal, le chef du bureau politique du Hamas, semblent également disposés à en finir. Au moins pour cette fois. À condition de transformer cette campagne militaire en bénéfice politique.

Pour les Palestiniens de Gaza, cela signifie la levée, ou au moins l’allègement du blocus, mais surtout l’ouverture d’un port qui permettrait de rompre définitivement leur isolement. Depuis le changement politique en Égypte et la rupture avec l’Iran, ni les armes, ni l’argent, ne rentrent à Gaza. Le Hamas a été contraint de signer, le 23 avril dernier, un accord de réconciliation avec l’OLP principalement pour cette raison. Il n’a rien obtenu en échange. Pas même que Ramallah paye les fonctionnaires de Gaza. Mahmoud Abbas a expliqué à ses frères du Hamas que les États-Unis et l’Union européenne lui couperaient aussitôt les vivres.

>> À voir sur France 24 : "À Gaza, l’ONU tente d’atténuer le traumatisme des enfants"

Objectifs irréalistes

Pour Israël, un succès consisterait à obtenir, en échange de la reconstruction de Gaza, le désarmement complet du Hamas afin d’assurer durablement la tranquillité de ses habitants. Le problème, c’est que ces objectifs sont, l’un comme l’autre, irréalistes.
Laisser le Hamas contrôler un port sur la Méditerranée, à quelques kilomètres de l’Égypte et d’Israël, est inacceptable pour les deux pays. Pour Israël la raison est évidente. Pour l’Égypte, le veto est tout aussi catégorique. Le Caire voit dans les alliés de l’ancien président Mohamed Morsi une menace de déstabilisation.

Les États-Unis et l’Europe, même s’ils ne l’affirment pas publiquement, ne dormiraient que d’un seul œil s’ils savaient qu’une organisation classée "terroriste" contrôlait un tel point stratégique. Quant à Mahmoud Abbas, il ne laissera pas le Hamas remporter une victoire si éclatante. Il considère que la construction d’un port (et d’un aéroport) sont les prérogatives du futur État de Palestine, devenu indépendant, dans des frontières reconnues.

>> À lire sur France 24 : Trêve à Gaza, des exigences inconciliables entre Israéliens et Palestiniens

En l’absence d’un accord politique avec les Palestiniens, la perspective d’un désarmement du Hamas est tout aussi utopique pour Israël. Même le Fatah, ennemi juré du Hamas, estime qu’il s’agirait là d’une hérésie. Ni l’ANC en Afrique du Sud, ni l’IRA en Irlande du Nord n’ont accepté de baisser les armes avant de signer un accord. Le fait que l’OLP ait renoncé à la violence en échange d’un règlement partiel de son conflit n’est pas vraiment une référence, puisque 20 ans après Oslo, on attend encore l’accord définitif.

Solution bancale

On s’achemine donc forcément vers un entre-deux : allègement du blocus afin que des matériaux de construction puissent rentrer à Gaza en quantité suffisante, mais avec un contrôle des points de passages pour empêcher l’entrée de nouvelles armes. L’exigence israélienne de désarmement deviendrait celle d’un non-réarmement. Nuance.

Mais qui peut garantir ce filtrage ? L’idéal serait un contrôle international et surtout que l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas reprenne pied à Gaza. Mais Benjamin Netanyahou s’obstine à affaiblir son partenaire palestinien, et ne veut pas paraître valider en quoi que ce soit le gouvernement d’union nationale Fatah-Hamas. S’il n’y aura pas d’avancée sur le port (on décidera de rediscuter de ce point après un mois de trêve respectée, puis ce sera oublié), des questions moins stratégiques comme la reprise et l’amélioration de l’alimentation électrique de Gaza ou l’élargissement de la zone de pêche, peuvent donner lieu à un accord. La question des prisonniers, qui suppose la libération d’hommes ayant du sang sur les mains est trop délicate pour être traitée à chaud, surtout aussi près de l’assassinat des trois adolescents israéliens. Elle sera donc, elle aussi, renvoyée à plus tard. Bien que bancale, cette solution aurait néanmoins quelques chances d’aboutir car les "guerriers sont fatigués".

>> À lire sur France 24 : "Un été en prison" pour avoir refusé d’aller combattre à Gaza

Rivalité entre l’Égypte et le Qatar

Ce serait oublier que d’autres obstacles, moins visibles, et qui ne concernent plus les adversaires directs, se dressent encore sur la route de l’accord. Ils sont au moins deux : la rivalité entre l’Égypte et le Qatar, principal soutien des frères musulmans et de l’ancien président égyptien Mohamed Morsi. Selon certaines informations de presse, les Qataris auraient menacé d’expulsion Khaled Mechaal, réfugié à Doha, s’il signait la trêve obtenue par l’Égypte. Le Caire, de son côté, a opposé une fin de non-recevoir à la demande de Khaled Mechaal d’associer la diplomatie du Qatar à la trêve.

Last, but not least : les calculs politiques au sein de la coalition en Israël dans la perspective des prochaines élections. Benjamin Netanyahou redoute d’être mis en minorité par les faucons du cabinet de sécurité. La droite du Likoud, la droite religieuse de Bennet et le ministre des Affaires étrangères Avigdor Liberman, forts du soutien quelque peu euphorique de l’opinion, estiment que la politique du gouvernement fait la part trop belle au Hamas et même que Tsahal n’a pas encore frappé assez fort. La presse israélienne a révélé que le Premier ministre avait tenté de dissimuler au reste du cabinet le dernier projet d’accord. C’est Liberman qui l’a mis sur la table, craignant que Netanyahou ne veuille mettre tout le monde devant le fait accompli. Ambiance.

Aucun des deux camps n’ayant complètement atteint ses objectifs et ne cherchant sincèrement aboutir à un accord politique global (qui ne peut être que la création d’un État palestinien et la reconnaissance par toutes les tendances palestiniennes de l’État d’Israël), seules les prochaines heures diront si la raison peut l’emporter sur les passions belliqueuses et les calculs politiciens.

Première publication : 20/08/2014

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