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FRANCE

Ebola : "Moi, je refuse de faire un vol vers Conakry"

© Cellou Binani, AFP | À l'aéroport de Conakry, des agents sanitaires contrôlent la température des passagers.

Texte par Charlotte BOITIAUX

Dernière modification : 22/08/2014

De plus en plus de stewards, d’hôtesses de l'air et d’agents au sol de la compagnie Air France s’inquiètent des risques de transmission du virus Ebola via les vols effectués vers les pays contaminés. Témoignages.

"Moi, si j’ai la possibilité de ne pas faire le vol vers Conakry [la capitale guinéenne], je ne le ferai pas", raconte Sophie*, hôtesse de l’air chez Air France depuis 2007, contactée par France 24. Depuis que l’épidémie de fièvre hémorragique Ebola ne cesse de progresser en Guinée, Sierra Leone et Nigeria, un nombre de plus en plus important de salariés de la compagnie française redoutent d’embarquer vers ces destinations "à risque".

>> À lire sur France 24 : Comment les compagnies aériennes font face à la propagation d'Ebola ?

"Il n’y a pas de psychose chez Air France, juste de la prudence. Nous, les PN [personnel navigant, hôtesses de l’air et stewards], on est en contact direct avec les gens dans un avion. On ramasse leurs verres après qu’ils aient bu. On utilise les mêmes toilettes qu’eux. S’il y a un cas suspect, ça peut devenir dangereux", explique Sophie qui pourrait prochainement faire jouer son droit de retrait . "Ça serait la première fois, je n’ai jamais encore refusé de monter dans un avion en sept ans de métier", précise-t-elle.

"Certains vols vers Conakry n’ont pas décollé faute de personnel navigant"

Air France, joint par France 24, assure pourtant faire son maximum pour éviter toute contagion. Un protocole sanitaire a été mis en place aux aéroports de Conakry, Lagos et Freetown. Des kits de protection, des gants, des masques sont mis à la disposition du personnel dans les avions. La température des passagers est également vérifiée au moment de l'embarquement. "Au moindre doute, le passager suspect ne monte pas dans l’avion. Il n’atteint même pas la zone d’embarquement", précise la compagnie.

Qu’importe, la méfiance est là. Le syndicat national du groupe Air France (SNGAF), minoritaire, a lancé une pétition lundi 18 août, demandant "l'arrêt immédiat de la desserte des pays touchés par le virus Ebola". Elle a, pour l’heure, récolté environ 700 signatures.

"J’effectue des vols long-courriers partout sur la planète. Et je peux vous dire une chose : de plus en plus de PN refusent d’embarquer en ce moment. Certains vols vers Conakry ont même été annulés à cause d’une trop grande défection de personnel navigant. Car, même les ‘réserves’ [les salariés d’astreinte] font jouer leur droit de retrait. Et quand un vol n’a pas assez de personnel à bord, il ne décolle pas ! C’est rare, mais en ce moment, ça arrive", ajoute Sophie. Une affirmation démentie par Air France.

Certaines mères de famille redoutent même de transmettre le virus à leurs enfants. "Beaucoup me disent : ‘Moi, j’ai un enfant à la maison, je ne pars pas dans ces zones’. Air France fait tout pour nous rassurer, la compagnie communique à fond, c’est vrai. Mais quand on lit les médias, on s’inquiète vraiment, on doute de tout, on voit que la maladie se propage très vite", précise-t-elle.

"Quand on voit un nez qui coule, on y pense…"

Au sol, c’est la même prudence. "Quand un vol arrive des zones à risque, on se méfie maintenant. On ne change rien à nos habitudes professionnelles, mais quand on voit un nez qui coule, par exemple, on y pense… Alors qu’avant, non", raconte de son côté, Emma*, agent d’escale chez Air France depuis huit ans. "Moi aussi, à la place des PN, je refuserais d’embarquer".

Emma n’a pas franchement confiance dans les protocoles sanitaires mis en place par sa compagnie. Elle estime qu’Air France, contrairement à British Airways ou Emirates, a beaucoup à perdre dans la suspension de ses vols africains. "L’Afrique, c’est notre business. On se porte déjà mal financièrement, Air France ne peut pas se permettre d’arrêter de desservir ces destinations. C’est notre gagne-pain !", indique-t-elle. La compagnie française dessert quotidiennement l'aéroport de Conakry et de Lagos et trois fois par semaine celui de Freetown.

Pour rappel, une personne infectée par Ebola n'est pas contagieuse tant qu'elle n'a pas de symptômes. Une fois que ceux-ci apparaissent, il faut un contact direct entre les fluides physiologiques du malade - sang, selles, sperme, salive, sueur, vomissures - et les muqueuses ou une peau lésée pour contracter la maladie. Le virus n’est pas transmissible par l’air.

*Les prénoms ont été changés.

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L'Afrique du Sud ferme ses frontières aux voyageurs en provenance des pays les plus touchés par Ebola

L'Afrique du Sud a annoncé, jeudi, qu'elle fermait ses frontières aux voyageurs venant de trois pays "à haut risque" touchés par le virus Ebola - Guinée, Liberia et Sierra Leone -, "sauf si le voyage est considéré comme absolument essentiel".

Les Sud-Africains sont priés de retarder leurs déplacements vers ces trois pays, tandis que les citoyens sud-africains qui voudraient en revenir devront remplir un questionnaire médical et éventuellement être soumis à un examen complet, a-t-il précisé dans un communiqué.

Avec AFP

Première publication : 21/08/2014

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