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Moyen-Orient

Yémen : ultimatum de la rébellion chiite qui exige la démission du gouvernement

© Mohammed Huwais, AFP | Manifestants du mouvement chiite houthi dans les rues de Sanaa

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 21/08/2014

Des milliers de membres armés de la rébellion chiite renforcent leurs positions autour de la capitale, Sanaa. Ils mobilisent leurs partisans pour réclamer la démission du gouvernement d’ici à vendredi. Le pouvoir appelle au dialogue.

La rébellion chiite d’Ansarullah (les partisans d’Allah) accentue la pression sur le gouvernement du Yémen. Mercredi 20 août, des milliers de ses membres armés ont poursuivi la fortification de leurs positions autour de la capitale, Sanaa, où ils mobilisent leurs partisans pour réclamer la démission du gouvernement.

L’ultimatum d’Ansaruallah expire vendredi

Ce mouvement de protestation, également lié à une récente augmentation des prix du carburant, a été lancé dimanche 17 août à l'appel du chef d'Ansarullah, Abdel Malek al-Houthi. Dans un discours télévisé, il a ordonné à ses partisans, les Houthis (du nom de leur leader), de descendre dans les rues de Sanaa et des principales villes du pays, de réoccuper la place du Changement, lieu de rassemblement lors de la révolution de 2011, afin de précipiter "la chute du gouvernement qui a échoué". Le lendemain, lundi 18 août, 10 000 manifestants (selon le ministère de l’Intérieur) – 100 000, selon les organisateurs – avaient défilé dans les rues de la capitale yéménite.

Le chef d'Ansarullah a fixé aux autorités un ultimatum expirant vendredi pour satisfaire ses revendications, faute de quoi d'autres formes d'actions "légitimes" seront menées, a-t-il prévenu, sans préciser lesquelles. "Notre action est pacifique mais si nos militants sont agressés, nous couperons la main de l'agresseur", a déclaré à l'AFP Abou Ali al-Asdi, porte-parole des protestataires rassemblés à l'ouest de Sanaa. "L'éviction du gouvernement est une demande populaire et nous sommes contre les corrompus de tout bord", a-t-il ajouté.

La main tendue du gouvernement yéménite

Pour tenter d'enrayer l'escalade, le président Abd Rabbo Mansour Hadi a tendu la main à la rébellion, qu'il a invitée au dialogue en vue de son entrée au gouvernement, a indiqué à l'AFP son conseiller, Farès al-Saqqaf. Selon lui, cette offre a été décidée au terme d'une réunion mercredi matin à Sanaa, à laquelle le chef de l'État a convié des représentants des partis politiques, des corps élus, des organisations de la société civile et de l'armée, qui ont jugé "inacceptable" la nouvelle action d'Ansarullah, a-t-il dit. Une délégation issue de la réunion doit rencontrer jeudi Abdel Malek al-Houthi dans son fief à Saada (nord) pour "lui remettre une lettre (...) l'invitant au dialogue et l'incitant (...) à participer à un gouvernement d'unité nationale", a ajouté Farès al-Saqqaf.

Le gouvernement yéménite, mis en place après le départ en février 2012, sous la pression de la rue, de l'ex-président Ali Abdallah Saleh, est confronté à de graves difficultés économiques. Celles-ci sont accentuées par une vague de violences attribuée à Al-Qaïda, mais aussi à la rébellion dans le nord et à un mouvement sécessionniste dans le sud.

Une "situation explosive", selon les experts

"La situation à Sanaa est explosive et pourrait donner lieu à de mauvais calculs", estime l'analyste April Longley Alley, spécialiste des affaires du Yémen, qui ajoute que les rebelles d'Ansarullah "exploitent une frustration généralisée (...) pour obtenir des concessions politiques". La démonstration de force des rebelles témoigne cependant d'"un marchandage politique de plus en plus dangereux" de la part de ces insurgés qui veulent "s'imposer comme force politique dominante dans le nord et au sein du gouvernement", dit cette experte de l'International Crisis Group.

Ansarullah, qui contrôle la région de Saada (nord-ouest), est soupçonné de vouloir élargir sa zone d'influence dans le futur État fédéral qui doit compter six provinces. Les rebelles étaient arrivés en juillet aux portes de Sanaa en prenant la ville d'Amrane, dont ils ont ensuite accepté de se retirer. Mais la mobilisation rebelle apparaît peut-être plus forte cette fois, rassemblant au-delà des seuls sympathisants de Houthi.

Aux entrées nord, sud et ouest de la capitale, des rebelles s'employaient mercredi à construire des fortifications en terre autour de leurs campements, formés de dizaines de tentes. Des hommes, armés de Kalachnikov, tenaient des points de contrôle autour de ces campements, survolés en matinée par des avions de l'armée de l'air yéménite, mais en l'absence d'une présence militaire ou policière dans leurs environs immédiats.

Avec AFP et Reuters

Première publication : 21/08/2014

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