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EUROPE

Mistral : "Les technologies de pointe ont déjà été transmises aux Russes"

© Mehdi Chebil, France 24 | Le "Vladivostok" au port de Saint-Nazaire.

Texte par Mehdi CHEBIL

Dernière modification : 03/09/2014

La livraison prochaine de porte-hélicoptères de classe Mistral à la Russie continue de susciter des débats parmi les experts militaires français, notamment sur la question du transfert de technologies.

La France ne livre pas de navires de guerre à la Russie. C’est la position officielle du gouvernement français, qui insiste sur le fait que les deux porte-hélicoptères destinés à Moscou ne seront pas livrés avec des armements. Une position qui fait bondir Edmond Huet, un entrepreneur français dans le secteur militaire depuis 2001, et opposant déclaré à la livraison de bâtiments qu’il décrit comme la fine fleur de la marine française.

Les responsables politiques affirment que la France livrera des navires non armés. Les Mistral vendus à la Russie sont-ils réellement des coquilles vides ?

On vend un concept, une avancée technologique, et un savoir-faire. On est en train de faire gagner des années à un pays agressif en leur vendant de l’électronique de pointe comme le système Senit-9, qui permet au navire d’agir comme un poste de commandement. Le Mistral a une telle puissance de calcul qu’il peut traiter simultanément une centaine de cibles, en envoyant des données de calculs de tirs à d’autres aéronefs ou d’autres navires comme les frégates, des bâtiments légers et puissamment armés. C’est une capacité que les Russes n’avaient pas jusqu’à présent. On voit bien le niveau d’hypocrisie de nos gouvernants quand ils parlent de livrer à la Russie un navire sans armement !

En pratique, quels transferts de technologie sensibles seront effectués ?

Mais les transferts de technologie ont déjà été effectués ! C’est évident sur les questions de construction navale puisque des éléments de la coque du "Sebastopol" [le second Mistral vendu à la Russie, actuellement en construction à Saint-Nazaire, NDLR] construits à Saint-Pétersbourg sont déjà arrivés en France.

Il y a un écran de fumée terrible sur ce contrat mais il est clair qu'au niveau électronique, les Russes savent déjà parfaitement comment fonctionne le système. Les ingénieurs des deux pays ont travaillé ensemble à tous les échelons. Les spécialistes russes ont analysé le mode de fonctionnement du système, ne serait-ce que pour passer tous les programmes en langue russe pour le "Vladivostok".

Si les technologies de pointe ont déjà été transmises aux Russes, quel intérêt de bloquer la livraison des Mistral ?

Vous pouvez être sûrs que tout a déjà été photographié, tracé, millimétré, mis sur des plans, mais [...] avoir le bâtiment et le manœuvrer permet de tester de manière concrète toutes les possibilités du navire. Vous découvrez ses capacités en l’utilisant, même si vous savez ce qu’il peut faire en théorie.

De plus, les Russes donnent une importance énorme au "reverse-engineering", qui leur permettra à terme de maîtriser l’ensemble du processus de construction.

Les Mistral destinés à être livrés à la Russie sont-ils identiques à ceux déjà utilisés par la marine française ?

Les navires ont été modifiés pour prendre en compte les besoins et les desiderata des Russes. Une partie du pont a été renforcée afin qu’ils puissent poser des hélicoptères plus lourds. Les Mistral russes sont chauffés d’une façon différente pour qu’ils interviennent dans des zones très froides comme la Baltique, et l’avant du navire est conçu différemment afin de pouvoir naviguer sur des mers où il y a des blocs de glace.

On s’aperçoit aussi que les Russes ont prévu de monter sur leurs Mistral des armements qui vont bien au-delà des moyens d’auto-défense à courte portée équipant les Mistral français. La version française est équipée de système anti-aérien de courte portée permettant de tirer à vue des missiles d’une portée de 5 000 à 6 000 mètres. Les Mistral russes seront équipés, entre autres, de missiles mer-air, l'équivalent maritime du système Buk qui a descendu l’avion de la Malaysia Airlines. [...] Ce sont des armes capables de détruire un avion à plus de 10 000 mètres d’altitude.

 

Première publication : 24/08/2014

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