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Bloquer l'avancée de l'EI, le casse-tête d'Obama

© Welayat Raqa, AFP | Des membres de l’EI défilent dans la ville de Raqqa dans le nord de la Syrie, en juin 2014.

Vidéo par FRANCE 24

Texte par Sophie PILGRIM

Dernière modification : 27/08/2014

Les États-Unis envisagent désormais des frappes en Syrie contre les combattants jihadistes. Mais quelles sont les options militaires et diplomatiques dont disposent Washington pour neutraliser cette menace terroriste ?

Depuis le début de la guerre civile syrienne en mars 2011, les États-Unis se sont bien gardés d’intervenir militairement dans ce conflit, qui a coûté la vie à au moins 190 000 personnes, selon les derniers chiffres de l'ONU. Mais le récent assassinat du journaliste américain James Foley et la diffusion de la vidéo de sa décapitation par les jihadistes de l’organisation de l’État islamique (EI), semblent avoir changé la donne.

Washington a reconnu, pour la première fois, que l’EI représente une menace qui va "bien au-delà" de tout autre menace terroriste connue jusqu'à présent.  Le Pentagone s’apprête ainsi à envoyer "bientôt" des drones au-dessus de la Syrie, pour repérer les positions des jihadistes de l’EI et préparer le terrain à d'éventuelles frappes.

Contre les combattants islamistes, les États-Unis ont déjà conduit avec succès plus d’une centaine de frappes aériennes en Irak depuis début août. La prochaine étape est désormais de frapper en Syrie, qui sert de base arrière à ces jihadistes. "En Irak, ils ont été capables de trouver de bons objectifs. En Syrie, la question est de savoir ce qu’il faut viser", explique ainsi à France 24 Elliott Abrams, ancien conseiller des administrations Reagan et Bush et membre du Conseil des affaires étrangères.

L’ancien numéro 2 de la CIA John McLaughlin a aussi étudié la structure de l’organisation de l’EI : "Ces combattants sont différents des groupes terroristes traditionnels car ils ne se cachent pas dans le désert. Ils contrôlent et ils cherchent à gouverner un territoire". "Ils doivent ainsi rassembler de l’essence, réparer leurs équipements et s’entraîner. Pour l’instant, ils peuvent le faire en Syrie, qui reste un havre sûr, mais une fois que les États-Unis vont opérer de l’autre côté de la frontière, cette structure pourrait causer leur chute", ajoute-t-il.

Coopérer avec Assad ?

Sentant qu'une opération militaire américaine en Syrie se rapproche, le régime de Bachar al-Assad s’est dit prêt à coopérer dans ce sens avec Washington, tout en soulignant que toute frappe sur son territoire devait se faire en coopération avec lui. Mais difficile toutefois de penser que la Maison Blanche puisse s'allier avec un ennemi qu'elle a, par le passé, qualifié de "meurtrier". Pour Elliott Abrams, cette idée est "moralement répugnante". John McLaughlin estime pour sa part qu’il faut étudier une solution intermédiaire : "Washington n’a pas besoin de faire une alliance avec Assad, mais pourrait lui faire connaître secrètement ses plans, avec le moins de préavis possible. Assad serait obligé d’accepter, car premièrement il veut se débarrasser de l’EI et deuxièmement, il sait qu’il ne peut pas se confronter à l’armée américaine".

Pour Michael Knights, expert au Washington Institute et spécialiste des questions militaires en Irak, il est évident que les États-Unis n'ont pas envie de travailler avec Bachar al-Assad, mais il pourrait toutefois s'agir d'un "pas logique dans le combat contre l'EI". Il estime également qu’une "paix" avec Assad pourrait conduire à une alliance religieuse des gouvernements en Syrie, en Irak et même en Iran. Ces trois pays collaborant ensemble pour aider les sunnites à se détacher de l’État islamique.

Regarder du côté de l'Iran ?

Dans cette lutte contre l’organisation terroriste, une autre option s’offre en effet aux États-Unis : collaborer avec l’Iran, allié du régime syrien. "Ils ont certainement un intérêt commun à affaiblir l’EI", explique Elliott Abrams. "Peut-être cela conduira les Iraniens – qui ont des troupes sur le terrain en Syrie- ou le Hezbollah libanais -soutenu par les chiites iraniens, qui a aussi des hommes sur place - à combattre l’EI. Cet ancien dirigeant néo-conservateur pense cependant que cette coopération entre Washington et Téhéran ne se fera pas dans un futur proche.

Les Américains pourraient plutôt envisager d’armer et d’entraîner des rebelles modérés syriens, même si cela nécessiterait encore une fois beaucoup de temps. Pour John McLaughlin, il n’y a donc pas de solution rapide pour mettre un terme aux exactions sanglantes de l’EI : "C’est un projet à long-terme. On ne pourra éliminer l’EI mais au moins l’affaiblir".

La menace est en effet des plus sérieuses et ne concerne pas seulement le Moyen-Orient. Les États-Unis craignent une attaque terroriste sur leur sol. Des centaines voire des milliers de militants de l’EI possèdent des passeports européens et peuvent voyager jusqu’en Amérique sans visa. Ils disposent également de moyens financiers considérables. "Une attaque aux États-Unis aurait des sérieuses conséquences pour l’administration américaine", conclut Elliott Abrams. "Obama ignore les menaces depuis trop longtemps. Il y a un besoin urgent de faire quelque chose". 

Première publication : 27/08/2014

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