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Syrie: la mère d'un otage américain implore le chef de l'EI

© AFP/Archives / Par Brigitte DUSSEAU | Le 24 août 2014, à Rochester, dans le New Hampshire, Diane Foley, mère du journaliste James Foley assassiné par les jihadistes de l'Etat islamique qui l'avaient kidnappé en SyrieLe 24 août 2014, à Rochester, dans le New Hampshire, Diane Foley, mère du journaliste James Foley assassiné par les jihadistes de l'Etat islamique qui l'avaient kidnappé en Syrie

La mère d'un journaliste américain menacé d'exécution par les jihadistes de l'Etat islamique (EI) les a suppliés mercredi de l'épargner et de le libérer, s'adressant directement à son chef Abou Bakr al-Baghdadi.

Au moment même où un autre ex otage en Syrie, Peter Theo Curtis arrivait "submergé par l'émotion" aux Etats-Unis, la mère de Steven Sotloff a brisé son silence, et dans une vidéo diffusée par de nombreux médias, imploré le calife auto-proclamé de l'EI.

"Je vous adresse un message à vous, Abou Bakr al-Baghdadi al-Quraishi al-Hussaini, le calife de l'État islamique. Je suis Shirley Sotloff. Mon fils Steven est entre vos mains", a déclaré Mme Sotloff.

Elle avait jusqu'à présent demandé le secret total sur l'enlèvement de son fils disparu il y a un an en Syrie.

Mais le 19 août, l'EI a montré le jeune homme de 31 ans vêtu d'une tunique orange, dans la même vidéo montrant la décapitation de James Foley. Les jihadistes ont affirmé que Sotloff serait le prochain à être tué, si les Etats-Unis ne cessaient pas leurs bombardements contre les positions de l'EI en Irak.

"Vous, le calife, pouvez accorder l'amnistie. Je vous demande s'il vous plaît de libérer mon enfant", a imploré Mme Sotloff.

"En tant que mère, je demande à votre justice d'être miséricordieuse et de ne pas punir mon fils pour des choses sur lesquelles il n'a aucun contrôle", a ajouté cette enseignante de Miami. Elle a expliqué qu'elle avait étudié l'islam depuis la disparition de son fils, qui a travaillé notamment pour Time et Foreign Policy, et que l'islam enseigne que "personne ne doit être tenu responsable des péchés d'autrui".

"Steven n'a pas de contrôle sur les actions du gouvernement américain. C'est un journaliste innocent", a-t-elle insisté dans son émouvant plaidoyer à Abou Bakr al-Baghdadi, qui s'est autoproclamé calife des musulmans dans le monde, au moment de la proclamation d'un califat à cheval sur la Syrie et l'Irak fin juin par l'EI. Mais personne ne reconnaît son autorité en dehors de l'EI.

- 'Plusieurs fois torturé' -

Mercredi, un autre ex otage américain, Peter Theo Curtis, 45 ans, s'est lui dit "submergé par l'émotion", après être rentré chez lui à Cambridge près de Boston (nord-est).

Son enlèvement par le Front al-Nosra, la branche syrienne d'Al-Qaïda qui l'a détenu durant 22 mois, avait également été tenu secret, jusqu'à l'annonce de sa libération dimanche, quelques jours après la décapitation de James Foley.

"Je n'avais aucune idée quand j'étais en prison que tant d'efforts étaient déployés pour moi", a-t-il déclaré, souriant mais un peu nerveux, parlant brièvement aux journalistes devant chez lui.

Et il a remercié "du fond du coeur" les "centaines de personnes (...) partout dans le monde" ayant oeuvré à sa libération.

Le Qatar notamment a affirmé avoir mené "des efforts acharnés" pour cette libération.

Peter Theo Curtis avait été remis à des Casques bleus des Nations unies sur le Plateau du Golan dimanche soir, puis remis à des représentants américains qui l'avaient transféré à Tel Aviv d'où il s'est envolé mardi pour les Etats-Unis. Il est arrivé mardi soir à Boston.

Mais l'ancien otage, présenté par sa famille comme un écrivain, chercheur et journaliste pigiste, n'a voulu répondre à aucune question.

Il avait été détenu à Alep en Syrie avec un photographe américain, Matt Schrier, qui a raconté sur CBS avoir réussi à s'enfuir par une petite fenêtre, sept mois après avoir été enlevé. Mais en dépit de leurs efforts, Curtis, légèrement plus large, était resté coincé et n'avait pas pu s'évader. Selon lui, Curtis a été plusieurs fois torturé. Il parlait arabe, connaissait la région, et ses geôliers pensaient qu'il était un agent de la CIA, a expliqué Schrier.

Les autorités américaines n'ont jamais donné de chiffres sur le nombre d'Américains enlevés en Syrie, mais chaque jour semble apporter une nouvelle révélation.

Selon la presse américaine, citant sa famille, une Américaine de 26 ans, non identifiée par souci de sécurité, est également détenue par l'EI, après avoir été enlevée l'an dernier en Syrie où elle effectuait une mission humanitaire. Un homme, également travailleur humanitaire, est aussi prisonnier de l'EI, selon le New York Times, et un autre journaliste pigiste, Austin Tice, serait aussi prisonnier du Front al-Nosra, selon le Washington Post pour lequel il travaillait parfois.

Par Brigitte DUSSEAU