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La double menace qui peut "réveiller" l’Otan

© Alain Jocard, AFP | Les chefs d'États membres de l'Otan réunis à Newport, au Pays de Galles.

Texte par Sylvain ATTAL

Dernière modification : 04/09/2014

Les pays de l’Alliance atlantique réunis au Pays de Galles font face à un défi quasi historique : restaurer la capacité de dissuasion de l’Otan face à la Russie et organiser la réponse à la menace de l’organisation de l’État islamique.

Depuis le début de la crise ukrainienne, l’Otan n’a cessé de donner l’impression de temporiser face à Moscou, différant en permanence sa réponse diplomatique alors que la Russie, elle, manœuvrait à l’aise, reculant parfois pour mieux avancer ses pièces dans cette partie d’échecs.

Il y eu d’abord la main basse sur la Crimée à laquelle les États-Unis et leurs alliés parurent se résigner sans mal – en raison du passé de cette région qui fit jadis partie intégrante de la Russie – espérant qu’elle en resterait là. Puis, lorsqu’il devint évident que Vladimir Poutine ne l’entendait pas ainsi, il fallut bien se résoudre à prendre des sanctions économiques. Là, ce sont les Européens qui semblèrent s’y résoudre à contre cœur, espérant que Moscou veuille bien donner un signe de détente afin de les démanteler. Il faut dire que l’Europe, fragile économiquement, serait la principale victime de leur contrecoup. La décision française de suspendre la livraison des navires Mistral semble elle aussi ne rien vouloir commettre de définitif. François Hollande fait un pas en avant, un pas en arrière... Bref, à chaque étape, les Occidentaux ont montré le souci de laisser une porte ouverte que les Russes leur ont refermé au nez.

Poutine doute de la résolution d’Obama

À Newport, l’Otan va concrétiser sa décision de renforcer sa force de réaction rapide. Peut-être va-t-elle également envoyer des armes aux Ukrainiens. Décisions qui devraient être perçues par le Kremlin comme des menaces directes, mais qui n’empêchent pas les Russes de dormir. Non seulement parce que cette force de réaction n’a encore jamais servi, mais parce que dans le même temps les Occidentaux affirment vouloir éviter "toute escalade militaire". Mourir pour Kiev, ou pour Marioupol ? Ce n’est pas encore dans leurs plans. C’est ainsi que toute adhésion de l’Ukraine et de la Géorgie à l’Alliance devrait être à nouveau écartée. Barack Obama a bien durci le ton à Tallinn, en Estonie, en laissant entendre que le club pouvait s’élargir aux pays "qui remplissaient les conditions". Mais il sait bien que les Français, les Allemands et les Britanniques n’y sont pas favorables. Cette fois encore Obama a prononcé un discours brillant qui était avant tout destiné à rassurer les pays baltes. L’ennui c’est que le monde entier doute de sa capacité à mettre ses actes en accord avec ses principes. Le premier à douter s’appelle Vladimir Poutine, surtout depuis la reculade en Syrie, lorsque le président américain renonça à une intervention militaire annoncée en échange d’un vague engagement de Damas à éliminer son arsenal chimique. Depuis ce jour, le viril Poutine doit se dire que l’Américain n’a décidément pas "les tripes". Quand aux Européens qui rechignent à augmenter leurs budgets de défense, il y a longtemps qu’il ne les craint plus. La Russie, elle, vient d’annoncer une augmentation de 60 % de ses dépenses militaires sur les trois prochaines années. On ne voit pas ce qui le détournerait de son objectif : s’assurer un corridor reliant la Russie à la Crimée et donc la mer Noire.

Au Proche-Orient, la sécurité des Européens est directement menacée

C’est donc au Proche-Orient qu’Obama aura ruiné sa crédibilité et c’est encore en Syrie que se joue le peu qu’il en reste. Les frappes aériennes américaines en Irak ont aidé le gouvernement de Bagdad et les Kurdes d’Erbil à stopper la progression de l’organisation de l’État islamique. Stopper seulement. Car les jihadistes contrôlent une partie significative de la Syrie et ont escamoté la frontière avec l’Irak. Ils ont atteint un objectif symbolique et bénéficient du soutien d’une part importante de la population sunnite d’Irak et de Syrie qui n’en pouvait plus d’être humiliée par Maliki et massacrée par Assad devant des Occidentaux impuissants. Le spectre de l’intervention en Irak revient devant une opinion américaine et européenne plus que réticente à une nouvelle "aventure" militaire en Irak. Le deuxième défi de l’Otan est donc de convaincre leurs opinions publiques que la menace n’a rien à voir avec celle que représentait Saddam Hussein. Les atrocités commises par les barbares de l’EI contre tout ce qui n’est pas sunnite appellent un sursaut. Surtout qu’avec un bastion logistique au Moyen-Orient, l’"État" d’Abou Bakr al-Baghdadi représentera une menace directe pour la sécurité des Occidentaux : une force d’attraction encore plus forte pour des populations musulmanes européennes en rupture, un risque de futures actions terroristes sur le sol des pays "impies", aux États-Unis et en Europe.

Pourra-t-on un jour dire merci à Poutine et aux jihadistes pour avoir "réveillé" l’Otan ?

Il faudra, pour cela, montrer plus de conviction face à Moscou et bâtir cette coalition internationale avec des pays arabes sunnites (Arabie saoudite et Qatar, notamment), sur le modèle de la première guerre du Golfe. Ce qui nécessitera au préalable que ceux-ci sortent de l’ambiguïté et que les peuples européens prennent conscience qu’ils ne resteront pas éternellement à l’abri dans un monde de plus en plus à feu et à sang.
 

Première publication : 04/09/2014

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