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Deux ans après, le tueur de Chevaline reste introuvable

AFP

Un bouquet de roses déposé sur les lieux de la tuerie de Chevaline, le 8 septembre 2012Un bouquet de roses déposé sur les lieux de la tuerie de Chevaline, le 8 septembre 2012

Un bouquet de roses déposé sur les lieux de la tuerie de Chevaline, le 8 septembre 2012Un bouquet de roses déposé sur les lieux de la tuerie de Chevaline, le 8 septembre 2012

Des milliers d'heures d'enquête et d'auditions, des tonnes de documents épluchés, trois interpellations... Et toujours pas de trace du tueur. Deux ans après, le quadruple meurtre de Chevaline (Haute-Savoie) n'a toujours pas livré son mystère.

"Au bout de deux ans, l'essentiel de ce qui a pu être recueilli (véhicules, munitions, documents, témoignages...) a été exploité", pointe le procureur de la République à Annecy, Éric Maillaud. Et au bout du compte, "les enquêteurs n'ont pas de conviction arrêtée. Il n'y a toujours pas de piste prioritaire qui se détache", souligne-t-il.

L'affaire a débuté dans l'après-midi du 5 septembre 2012, au bord du lac d'Annecy. Un cycliste britannique, Brett Martin, aperçoit, au bout de la petite route forestière de la Combe d'Ire, un vélo couché à terre, une BMW, moteur en marche, et une petite fille en sang, qui titube puis s'effondre.

Pensant d'abord à un accident de la route, il réalise vite qu'il s'agit d'un meurtre. Dans la voiture, le conducteur et ses deux passagères sont atteints de plusieurs balles dans la tête. La petite fille, blessée d'une balle à l'épaule, souffre de graves blessures au crâne. Enfin, un cycliste gît à terre, le corps criblé de balles.

Une deuxième fillette, indemne, sera retrouvée recroquevillée sous les jambes de sa mère, plus de huit heures après la tuerie. La scène de crime avait été "gelée" jusqu'à l'arrivée, dans la nuit, des techniciens parisiens de la gendarmerie.

Très vite, c'est la piste familiale qui suscite l'intérêt des enquêteurs et des médias. Le conducteur de la voiture, Saad al-Hilli, 50 ans, tué avec sa femme Iqbal et sa belle-mère, 47 et 74 ans respectivement, était en conflit avec son frère Zaïd au sujet de l'héritage de leur père, portant sur plusieurs millions d'euros. Zaïd avait notamment tenté de spolier son frère en faisant rédiger à leur père un testament déshéritant Saad.

Fin juin 2013, il est placé en garde à vue pendant 36 heures dans le Surrey (sud-est du Royaume-Uni) mais ne dit pas un mot. Relâché faute de charges suffisantes, il sera placé sous contrôle judiciaire jusqu'en janvier 2014. A la levée de son contrôle judiciaire, Éric Maillaud souligne qu'il n'est aucunement "disculpé".

- Un contrat de 100.000 euros? -

Un mois plus tard, la piste d'un tueur local rebondit, avec l'arrestation, au bord du lac d'Annecy, d'un ancien policier municipal, collectionneur d'armes de la Seconde Guerre mondiale. Présentant une forte ressemblance avec le portrait robot d'un motard aperçu par un témoin près de la scène de crime, l'homme est mis hors de cause et relâché, après quatre jours de garde à vue. Mis en examen seulement pour trafic d'armes.

Puis en juin, c'est un Irakien de 35 ans, ancien détenu, qui est discrètement placé en garde à vue et interrogé à Lille. Sur le fondement des déclarations d'un de ses codétenus, les enquêteurs le soupçonnent de s'être fait proposer 100.000 euros dans le cadre d'un contrat visant à abattre des Irakiens.

Niant l'existence de ce contrat, il est lui aussi mis hors de cause, les gendarmes parvenant à établir qu'il n'était pas en France le 5 septembre 2012. Ces derniers n'excluent cependant pas qu'un contrat ait bien existé mais que l'Irakien arrêté n'en ait pas été l'exécutant.

Au vu du mode opératoire, de l'arme utilisée - un pistolet Luger, jamais retrouvé -, les enquêteurs sont tentés de privilégier la piste d'un tueur local et déséquilibré. Mais il est difficile de faire l'impasse sur les mystères qui entourent la famille al-Hilli.

Comme la mort de l'ex-mari d'Iqbal al-Hilli, à Natchez (Mississippi) le 5 septembre 2012, le jour-même de la tuerie, officiellement d'une crise cardiaque. "C'est très surprenant mais pourquoi aller tuer l'ex-mari douze ans plus tard? En quoi était-il gênant?", relève M. Maillaud.

Au sein même de la famille al-Hilli, les avis divergent. Certains penchent pour un meurtre lié à l'espionnage industriel (Saad était ingénieur spécialisé dans les satellites), d'autres accusent Zaïd d'avoir commandité la tuerie...

"Il faudra un facteur chance pour relancer l'affaire", estime M. Maillaud.

Première publication : 05/09/2014