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Economie

"Jihad 2.0" : Google ou Facebook sont-ils impuissants ?

© AFP PHOTO / HO / ISIL | Capture d'écran d'une vidéo de propagande du groupe de l'État islamique publiée en juin 2014 sur YouTube

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 09/10/2014

L’Union européenne demande à Google, Twitter et aux autres géants du Net de prendre des mesures contre la propagande jihadiste en ligne. Un combat perdu d'avance ?

Comment les Google, Facebook, Twitter et autres géants du Net peuvent participer à la lutte contre la propagande des mouvements terroristes et les appels au jihad en ligne ? C’était le thème d’un dîner informel, mercredi 8 octobre, à Luxembourg, entre des représentants de l’UE et ces multinationales américaines, a indiqué un porte-parole de la Commission.

L’initiative en revient à Cecilia Malmström, commissaire européenne chargée des Affaires intérieures. Cette réunion au Grand Duché doit permettre de préparer la rencontre, le lendemain, consacrée à la lutte contre le jihadisme européen entre les ministres de l’Intérieur de l'UE.

Associer Google et les principaux réseaux sociaux à cette réflexion peut sembler logique. Internet est devenu l’un des principaux canaux de la propagande des mouvements terroristes tels que l’organisation de l'État islamique. La diffusion de vidéos de décapitation d’otages occidentaux sur des plateformes comme YouTube ou Dailymotion pose également la question du rôle de ces entreprises pour limiter l’impact de ces images.

Comptes fermés, vidéos soustraites

Twitter et Facebook ferment déjà des comptes affiliés aux mouvements terroristes et extrémistes lorsqu’ils font des appels à la violence, tandis que Google ne traîne pas pour faire disparaître de YouTube les vidéos les plus litigieuses. Qu'attendre alors de plus de ce dîner ? Pas grand-chose selon Gilbert Ramsay, spécialiste des réseaux islamistes et d'Internet au Centre d’études sur le terrorisme et la violence politique de l’université de Saint Andrews (Angleterre). “Je ne pense pas qu’il va en sortir quoi que ce soit de concret, mais ce genre d’initiative est médiatiquement vendeuse”, assure-t-il à France 24.

Pour cet expert, Google & Co. sont déjà très actifs même si ils "peuvent toujours engager davantage de personnes pour mieux repérer les contenus à problème”, explique-t-il. Le dîner ne fera pas avancer le débat car, selon lui, les ministres de l’Intérieur ne savent pas par où commencer.

“Il n’y a pas d’algorithme pour définir ce qu’est un jihadiste”

Il y a toujours la tentation de définir des contenus à traquer systématiquement sur Internet pour les faire disparaître au plus vite. Après tout, Google ou Facebook sont des spécialistes de la gestion de contenus “et ils peuvent techniquement faire évoluer leur algorithme pour identifier et bloquer, par exemple, des vidéos de décapitation ou avec le drapeau noir distinctif du groupe de l’État islamique”, note Gilbert Ramsay. Mais c’est un jeu du chat et de la souris perdu d’avance d’après cet expert. Le drapeau noir n’est déjà plus systématiquement utilisé par le groupe de l’EI et ces mouvements “apporteront simplement des modifications pour déjouer l’algorithme”.

“Ce n’est pas le contenu qu’il faut viser pour lutter contre la propagande en ligne, mais ceux qui la propagent et il n’y a pas d’algorithme pour définir qui va faire des appels au jihad en ligne”, souligne Gilbert Ramsay. Certes, il est facile d’identifier des comptes officiels des mouvements terroristes sur les différents réseaux sociaux. Mais les fermer permet simplement à d’autres de prendre le relais pour devenir les nouvelles voix du discours fondamentaliste. “C’est ce qui se passait avec les quatre ou cinq forums de discussion gérés par des responsables d’Al-Qaïda : lorsque le plus consulté était fermé, ils en choisissaient tout bonnement un autre pour faire leurs annonces officielles”, raconte Gilbert Ramsay.

Il souligne que l’une des solutions souvent avancées est de “pousser les avis divergents sur Internet”. En clair, pour certaines recherches sensibles, Google, au lieu de bloquer des résultats, ferait remonter des liens vers des pages critiques à l’égard du discours des mouvements islamistes radicaux. Mais ce serait, là encore, une fausse bonne solution. Pour Gilles Ramsay, “les jeunes européens qui se montrent sensibles aux arguments de ces mouvements savent qu’il existe des points de vue divergents et ce n’est pas ça qui va les empêcher d’aller faire le jihad”.

Première publication : 08/10/2014

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