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Afrique

Tunisie : laïc, séculier, anti-islamiste... comment qualifier Nidaa Tounès ?

© AFP Archives | Béji Caïd Essebsi, président de Nidaa Tounès.

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 28/10/2014

Son opposition aux islamistes d’Ennahda lui a valu une victoire aux législatives tunisiennes mais aussi d’être assimilé à un parti laïque par les médias français. Un épithète qui a le don d'irriter les Tunisiens. Mais qu'est vraiment Nidaa Tounès ?

"L’alliance laïque remporte les législatives", "Les laïcs en tête", "La Tunisie vote laïque !"… Vue de France, l’arrivée en tête du parti Nidaa Tounès ("L’Appel de la Tunisie") aux législatives tunisiennes du dimanche 26 octobre marquerait donc la victoire des laïcs sur les islamistes d’Ennahda.

En Tunisie, les résultats préliminaires du scrutin recouvrent pourtant une réalité plus complexe. Il suffisait de lire, lundi, les tweets d’internautes tunisiens pour voir à quel point la bataille "laïcs contre islamistes" mise en avant par la presse hexagonale est sujette à caution.

S’il ne fait aucun doute qu’Ennahda est un parti islamiste, peut-on réellement qualifier son adversaire Nidaa Tounès de "laïque" ? Si le terme semble incongru aux yeux de nombreux Tunisiens, c’est d’abord parce qu’il renvoie à une notion davantage liée à l’histoire de France et à son rapport avec le christianisme. Les premières définitions que les dictionnaires donnent du mot font d’ailleurs référence à l’Église. Selon le Larousse, "laïc" désigne d’abord "un chrétien qui ne fait pas partie du clergé", puis, par extension, "ce qui est indépendant des conceptions religieuses ou partisanes". Pour "Le Robert", un laïc réfère à quiconque "ne fait pas partie du clergé" avant d’être "indépendant de toute religion".

Indépendant de la religion ?

N’étant évidemment pas laïque au sens premier du terme, Nidaa Tounès l’est-il pour autant dans une conception plus large ? En clair, est-il "indépendant de la religion" au point de mériter l’épithète ? Certainement pas. En octobre 2013, alors qu’il fait part de son intention de se présenter à la future présidentielle, le patron et fondateur du mouvement, Béji Caïd Essebsi, indique clairement que son parti "prône un islam modéré fondé sur une approche réformatrice éclairée favorisant l’adéquation entre authenticité et ouverture, consacrant les valeurs de tolérance, de coexistence et de sagesse et bannissant la haine et la violence". Et d’ajouter : "L’islam de Nidaa Tounès n’est pas celui du mouvement Ennahda. Notre islam est tunisien".

Une référence explicite à l’article 1er de la Constitution tunisienne de 1959, repris in extenso dans celle de 2014, qui définit la Tunisie comme "un État libre, indépendant et souverain, l'islam est sa religion".

>> À voir l'interview de Béji Caïd Essebsi : "Le président d'Ennahda m'a félicité pour la victoire de Nidaa Tounès"

Au terme "laïque", que la définition exclut du champ politique tunisien, Nidaa Tounès semble préférer celui de "séculier". Adjectif lui aussi repris par plusieurs médias français - y compris France 24 - malgré des contours pour le moins flous. Dans une interview accordée au début d'octobre au site tunisien Webdo, Taïeb Baccouche, secrétaire général du parti, faisait valoir l’usage du mot en opposition à l’islamisme politique d’Ennahda. "Il n'y a pas d’islamisme politique : pour moi, il y a des partis politiques qui se cachent derrière la religion ou qui utilisent la religion à des fins politiques […] La religion, c’est quelque chose de commun à tous les Tunisiens, personne n’a le droit de se considérer comme le représentant de la religion, personne […] Faites de la politique et laissez-la religion de côté : elle est un patrimoine, un bien commun à tous les Tunisiens, conduisez-vous en parti politique."

Mot hérité d’un modèle anglo-saxon empreint des valeurs des Églises protestantes ("secularism"), la sécularisation présente l’avantage, pour qui s’en revendique, de se démarquer clairement de l’islamisme politique tout en prenant ses distances avec la notion controversée de laïcité. "Dans l’opinion commune, ce modèle serait plus accommodant et plus respectueux de la religion que celui de la laïcisation dont le modèle de base est français", commente l’historien Georges Corm interrogé par Webdo. "La sécularisation aurait réalisé un meilleur équilibre entre le respect de la foi et la liberté individuelle que la laïcisation à la française. Cette dernière, en effet, ne parvient pas à se débarrasser de l’accusation d’anticléricalisme et de manque de respect des valeurs et croyances religieuses", ajoute-t-il.

Pour Georges Corm, l’usage du mot "séculier" n’a pourtant rien d’anodin : "La sécularisation n'est autre qu'une caricature intellectuelle d’une problématique fort complexe" dont les principes "favorisent la vie communautaire au détriment de la vie citoyenne dans la cité."

"Parti attrape-tout"

De fait, il est difficile de définir clairement Nidaa Tounès. Créé en 2012 afin de rassembler l’opposition au lendemain de la victoire d’Ennahda à l’élection de la Constituante, le parti de Béji Caïd Essebsi compte dans ses rangs aussi bien des hommes d'affaires que des intellectuels, des syndicalistes, des militants de gauche ou encore des proches de l'ancien régime de Zine el-Abidine Ben Ali.

Une hétérogénéité qui lui vaut d’être qualifié par Vincent Geisser, chercheur à l’Institut français du Proche-Orient, de "parti attrape-tout" qui a su surfer sur la défiance grandissante d’une partie de la population à l’égard des islamistes d’Ennahda. "Nous sommes dans un contexte régional arabe incertain - violences, jihadisme, terrorisme, retour à la dictature en Égypte - qui fait que le vote tunisien a été motivé par un mot d’ordre, celui de la peur", analyse le chercheur sur France Info.

Plus qu’un parti "laïque" ou "séculier", Nidaa Tounès serait donc une alliance "anti-islamiste", comme le désigne désormais l’Agence France presse (AFP). Reste que le parti sorti vainqueur des législatives refuse d’être réduit à une opposition pure et simple aux islamistes, responsables, selon les termes de Béji Caïd Essebsi, d’avoir "ramené la Tunisie en arrière". Accusé par ses détracteurs de n’avoir d’autre programme que de propulser son chef à la présidence, Nidaa Tounès s’emploie à mettre en avant un programme économique lorgnant du côté du libéralisme.

Dans l'hebdomadaire économique "Les Afriques", le président de la commission économique et sociale du parti, Mahmoud Ben Romdhane, résume ainsi le plan d’action : "La priorité la plus urgente serait, sans doute, de réduire le déficit budgétaire, dû à la hausse des dépenses de l’État contre une régression des recettes budgétaires. Ainsi, nous proposerons de réduire les dépenses administratives (réduire les recrutements dans le secteur public) et celles vouées à la subvention des hydrocarbures, ainsi qu’à faire réduire le niveau des importations". Et si Nidaa Tounès, chantre d’un "État moderne et de progrès", était tout simplement un parti libéral ?

Première publication : 28/10/2014

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