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EUROPE

L'opposant russe Navalny arrêté pour avoir enfreint son assignation à résidence

© Anton Belitskiy, @antonb_ru, Twitter | Alexei Navalny arrêté par la police russe à Moscou le 30 décembre 2014.

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 31/12/2014

L’opposant russe Alexeï Navalny a été arrêté par la police mardi avant son arrivée à une manifestation non autorisée contre le pouvoir russe. Plus d'une centaine de personnes ont été arrêtées au total à Moscou.

L'opposant russe Alexeï Navalny a été arrêté mardi 30 décembre au soir par la police, en pleine rue, alors qu'il se rendait à la manifestation de soutien organisée par ses partisans après sa condamnation pour escroquerie, selon des images retransmises par la télévision indépendante Dojd.

Le charismatique blogueur au verbe nationaliste et pourfendeur de la corruption en Russie est assigné depuis février à résidence et n'avait pas le droit de se rendre à ce rassemblement prévu sur la place du Manège, à deux pas du Kremlin.

En doudoune sombre et bonnet gris, Alexeï Navalny descendait une grande avenue, entouré de ses partisans, quand il a été arrêté par plusieurs policiers et jeté manu militari dans un car garé à proximité de la place du Manège, autour de laquelle la présence des forces de l'ordre était impressionnante, selon les images de Dojd.

"Je n'ai pas pu arriver à la place du Manège. Mais cela ne veut pas dire que vous ne pourrez pas le faire. Je vous appelle tous à ne pas partir. Ils ne pourront pas arrêter tout le monde", a écrit l'opposant sur Twitter, peu après son arrestation.

Alors que les accès à la place du Manège ont été barrés par des barrières métalliques, et que les sorties de métro vers le lieu de rassemblement ont été fermées, quelques centaines de ses partisans étaient rassemblés sur place, selon une journaliste de l'AFP.

Au total plus de 130 personnes ont été arrêtées, selon une ONG considérée comme fiable en ce qui concerne les bilans des arrestations en Russie.

Condamnée à trois et demi de prison avec sursis

L'ancien avocat Alexeï Navalny a été condamné dans la matinée à trois ans et demi de prison avec sursis dans une affaire de détournement de 30 millions de roubles. Le jugement, initialement prévu le 15 janvier, avait été avancé à la surprise générale à mardi matin, le tribunal arguant avoir "déjà eu le temps de le rédiger", selon sa porte-parole Ioulia Petrova.

Son frère Oleg Navalny a lui écopé de trois ans et demi de prison ferme. Il a également été reconnu coupable d'avoir détourné de l'argent, selon une journaliste de l'AFP présente lors de l'énoncé du jugement par le tribunal.

Alexeï Navalny a aussitôt dénoncé la condamnation de son frère auprès des journalistes, signe d’une "pression politique" selon lui. Et il a appelé ses partisans à descendre dans la rue pour "détruire" le régime du président Vladimir Poutine. Un appel à manifester circulait déjà sur les réseaux sociaux, notamment sur Facebook où plus de 17 000 personnes annonçaient participer à la manifestation prévue ce mardi 30 décembre sur la place du Manège, au pied de la muraille du Kremlin.

Les autorités de Moscou ont immédiatement répliqué en annonçant que "toute manifestation non autorisée" serait empêchée.

Pourfendeur de la corruption des élites russes

À 38 ans, Alexeï Navalny est considéré comme le plus charismatique et le plus important opposant au président russe, même si sa popularité et son influence sont plus que limitées dans un pays où les médias indépendants et les partis d'opposition ont été réduits comme peau de chagrin durant les quinze ans au pouvoir de Vladimir Poutine.

Accusé par ses détracteurs d'être soutenu par l'Occident, blogueur aux accents nationalistes et pourfendeur de la corruption des élites russes, cet avocat de formation est poursuivi avec son frère Oleg dans une affaire de détournement d'argent au détriment d'une filiale russe de la société française Yves Rocher.

Pour sa part, l'entreprise française Yves Rocher a indiqué, par la voix de Christian Melnik, directeur financier de sa filiale russe, n'avoir subi "aucun dommage" à la suite de sa collaboration avec la société de transport des frères Navalny, Glavpodpiska. Ces derniers sont accusés par la justice d'avoir détourné l'équivalent de 393 000 euros.

"Que changera ma condamnation ?"

Dans un commentaire sur son site, l'opposant estimait, dimanche 28 décembre, que son procès dépassait largement sa personne et qu'au fond, peu importait le jugement.

"Dix ans, cinq ans, deux ans de prison ferme ? Une peine avec sursis ? demande-t-il. Quelle différence cela fait-il ? Même si demain on me condamne à dix jours dans la suite de luxe d'un sanatorium avec cinq repas par jour, cela changera-t-il quelque chose pour vous ?"

"Un pouvoir qui change au terme d'élections honnêtes, une justice indépendante, la lutte contre la corruption, l'absence de censure dans les médias et la répartition juste et claire de la rente provenant du gaz et du pétrole : voilà de quoi il s'agit", conclut-il.

La possibilité d'une peine de prison ferme prononcée contre l'avocat, déjà sous le coup d'une condamnation à cinq ans de camp avec sursis, avait immédiatement suscité des appels à manifester le jour du jugement, prévu alors le 15 janvier.

Pour l'avocate de l'opposant, Olga Mikhaïlova, la justice a peut-être avancé la date de l'énoncé du jugement pour couper l'herbe sous le pied de ses partisans. En rendant leur décision juste avant le nouvel An, les autorités profitent de la longue période de jours fériés du 1er au 11 janvier, quand nombre de Russes quittent la capitale.

Avec AFP

Première publication : 30/12/2014

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