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Afrique

Au Maroc, le Premier ministre Benkirane s'attire les foudres des femmes

© AFP - Des Marocaines protestant mardi devant le Parlement de Rabat, après les propos du Premier ministre

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 25/06/2014

Quelque 200 personnes ont manifesté mardi devant le Parlement de Rabat pour protester contre les récentes déclarations du chef du gouvernement marocain, l’islamiste Abdelilah Benkirane, sur le rôle des femmes dans la société moderne.

"Benkirane, ça suffit !", "Benkirane dégage, le Maroc n'est pas à toi !". Des militantes et responsables politiques marocaines ont exprimé  leur indignation devant le Parlement de Rabat, mardi 24 juin, à la suite de propos du chef du gouvernement islamiste, Abdelilah Benkirane, vantant la place de la femme au foyer. Lancé par la "Coalition civile pour l'application de l'article 19 de la Constitution", l’appel à manifester a réuni environ 200 personnes qui ont marqué leur courroux contre le chef du parti Justice et développement (PJD) en brandissant des casseroles et des cuillères.

>> À voir dans l'émission Actuelles : les 10 ans du Code de la famille au Maroc

Le Premier ministre "n'est pas intéressé par la promotion de l'égalité dans la société, il est intéressé par le fait de faire revenir les femmes à leurs domiciles et ça nous ne l'accepterons jamais, ni le mouvement démocratique, ni la société civile, ni la société dans son ensemble. Elle refuse cette vision réductrice. Elle refuse cette humiliation à l'égard des femmes qui consiste à les considérer comme un lustre qui doit éclairer la maison", a déclaré à l'AFP l'ancienne ministre de la Famille, Nouzha Skalli. "Nous exigeons en priorité une excuse officielle de l'institution législative, là où nos droits, notre dignité et nos acquis ont été touchés", a demandé pour sa part Latifa Jbabi, une manifestante interrogée par l’AFP.

"Je ne suis pas un lustre"

La semaine passée, devant le Parlement, le chef du gouvernement marocain avait ouvertement regretté l'évolution de la société marocaine et dénoncé "le modèle européen". "Il y a un problème par rapport au rôle de la femme dans la famille moderne, avait-il jugé. Lorsque la femme est sortie des foyers, ceux-ci sont devenus sombres". Et d’ajouter : "Vous qui êtes là, vous avez été éduqués dans des maisons où il y avait des lustres. Ces lustres étaient vos mères […] Nous sommes fiers car dieu nous a honorés pour défendre cette dimension".

>> À voir : "Deux générations de militantes se rencontrent au Maroc"

Ces propos ont entraîné une levée de boucliers, y compris sur les réseaux sociaux sous le hashtag #anamachitria ("je ne suis pas un lustre"). Un collectif regroupant des dizaines d'ONG locales ont fustigé un "appel implicite à confiner la femme à la fonction biologique reproductive et au travail domestique".

Dans un autre communiqué, les femmes de l'Union socialiste des forces populaires (USFP, opposition) ont condamné ces propos, exhortant Abdelilah Benkirane "à se concentrer plutôt sur l'application de l'article 19 de la nouvelle Constitution" de 2011. Adopté au plus fort du printemps arabe, cet article exhorte, entre autres, "l'État marocain à œuvrer à la réalisation de la parité homme-femme".

Avec AFP

Première publication : 25/06/2014

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