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FRANCE

Quand la politique intérieure israélienne s’invite en France

© Matthieu ALE, AFP | Benjamin Netanyahou et François Hollande le 11 janvier à la grande synagogue de Paris.

Texte par Sylvain ATTAL

Dernière modification : 13/01/2015

À deux mois des élections israéliennes, Benjamin Natanyahou n’a pas hésité à utiliser le choc des attaques terroristes contre "Charlie Hebdo" et un supermarché casher à des fins électoralistes, entretenant le profond malaise des juifs français.

Netanyahou et Abbas ensemble contre l’antisémitisme et le terrorisme. Belle image. Quelle meilleure réponse aux crétins qui, sur Facebook affirment qu’ils "ne sont pas Charlie", parce qu’ils "sont" Palestine ou qu’ils "sont" Gaza.

On sait maintenant que ce "petit miracle" n’est pas dû à l’état de grâce international qui a suivi le massacre de "Charlie Hebdo", mais bien à une incursion de la campagne électorale israélienne dans une société française frappée au cœur par le terrorisme.

Selon le quotidien israélien "Haaretz", le président Hollande a fait passer le message par la voie diplomatique : il préférait que Netanyahou s’abstienne de venir à Paris. Craignait-il une récupération par celui-ci de l’événement par le premier ministre israélien comme lors de la cérémonie à la mémoire des victimes de l’école Azar Hatorah de Toulouse, où il avait quasiment éclipsé le discours du président français ? Ou craignait-il d’éventuelles complications diplomatiques, compte tenu de la forte polarisation internationale de l’État hébreu, particulièrement depuis les évènements de l’été dernier à Gaza ? Peut-être un peu des deux.

Les juifs de France, enjeu électoral en Israël

Au départ, le premier ministre israélien ne semblait pas chaud pour venir. Son entourage avance des questions de sécurité. Dans le même temps, sollicité par des intermédiaires, Mahmoud Abbas hésite. Est-ce bien sa place ? Le vieux leader se trouvait à Amman et craignait la fatigue du voyage.

Selon "Haaretz", c’est lorsque ses deux principaux rivaux à droite, le ministre des affaires étrangères Avigdor Lieberman et celui de l’industrie et du commerce Naftali Bennet ont annoncé leur intention de venir à Paris, que Natanyahou s'est dit qu’il ne pouvait pas leur laisser le champ libre. Les élections générales anticipées auront lieu le 17 mars.

Depuis quelques années, la communauté française est devenue la plus importante contributrice de l’immigration (l’alyah), avec plus de 7 000 départs pour la seule année 2014. Son poids s’est beaucoup accentué et avec lui l’enjeu politique qu’elle représente. Pour la première fois, un nouvel immigrant, Avraham Azoulay, est courtisé comme le candidat des francophones sur la liste du Foyer juif, le parti de Bennet : . Bennet lui-même affirme apprendre le français.

Netanyahou fait donc le voyage à Paris et il est à deux doigts de créer un incident diplomatique lorsqu’ à peine arrivé, il affirme aux juifs de France encore traumatisés par le carnage du magasin HyperCacher qu’Israël est "le foyer de tous les juifs de France qui désirent émigrer". Une formule sans doute à l’emporte pièce mais immédiatement considérée comme inamicale par l’exécutif français. Manuel Valls, piqué au vif, se rend porte de Vincennes samedi soir et prononce ces paroles très fortes, inédites même, tout comme l’est la situation : "La France n’est plus la France sans les juifs. Nous sommes tous des juifs de France".

La lune de miel est terminée

Les craintes françaises se confirment. Netanyahou complique effectivement la tâche des autorités françaises. La communauté juive se sent légitimement en insécurité. À l’approche du shabbat, quatre juifs viennent d’être tués en faisant leurs courses, pour la simple raison qu’ils l’étaient. Et on commence à entendre que le tueur de l’HyperCacher et de Montrouge visait en réalité une école juive de cette ville, afin d’y rééditer un massacre "à la Merah".

Les responsables français sont furieux. La lune de miel entre Hollande et Netanyahou est bien terminée, notamment depuis le vote de la France en faveur de la résolution pour la reconnaissance de l’État palestinien au conseil de sécurité de l’ONU. Se rendant compte qu’il est allé trop loin, le dirigeant israélien corrige un peu le tir dimanche soir lors de la cérémonie organisée en mémoire des victimes des attentats à la synagogue de la Victoire, en disant que les juifs "ont droit à la sécurité dans tous les endroits où ils choisissent de vivre, notamment la France".

Lundi, Netanyahou a mis à profit son déplacement pour rencontrer l’ancien président Sarkozy, très populaire auprès des franco-israéliens et pour se rendre sur les lieux de la prise d’otage. Il a alors souligné que si Israël était solidaire des Européens face au terrorisme qui les frappe, il était temps que la réciproque soit vraie. Bref, il semble faire la leçon à ces pays européens, France en tête, auxquels il reproche de faire bon marché de la sécurité d’Israël en demandant la reconnaissance d’un État palestinien.

Au même moment, le ministre de la défense français annonce que l’armée va compléter le dispositif de protection des cibles juives pour le porter à 5 000 hommes. Le gouvernement nomme un préfet, Patrick Latron, chargé de la coordination de la lutte contre l’antisémitisme.

Crise de confiance

Mais la tâche de protection des nombreux lieux juifs, sans parler des personnalités, s’avère être une tâche titanesque. Face à un danger totalement nouveau, tous les juifs identifiables parce qu’ils portent une kippa, fréquentent un lieu de culte ou une école confessionnelle ont la peur au ventre. Petit à petit, les juifs français se replient sur eux-mêmes en se disant qu’ils ne pèsent plus grand chose face à des communautés musulmanes qui revendiquent chaque jour un peu plus. Il y a les "monstres" tueurs de juifs, tels que Merah ou Coulibaly, mais l’antagonisme se durcit aussi sur la question palestinienne.

Les victimes de Vincennes sont enterrées en Israël, mardi 13 janvier. Faut-il y voir une volonté de rompre avec la France, ou plus simplement la réalisation dans la mort d’une aspiration, parfois d’un projet caressé de leur vivant, comme le confie leur famille ?

De toute façon, les prévisions de départ vers Israël devraient encore battre des records en 2015. Avant l’attentat, le chiffre de 10 000 alyahs était avancé. Certes, Israël connaît aussi le terrorisme et on ne peut pas dire que les juifs y soient plus en sécurité. Mais au moins, "là-bas", tout le monde est à la même enseigne et les juifs se défendent "eux-mêmes" contre leurs ennemis.

Même en tenant compte des retours, la France fait face à un risque de divorce historique avec l'une des plus vieilles communautés qui la compose. À l’étranger, particulièrement dans les autres pays occidentaux, c’est le prestige de la France qui est atteint. De plus en plus d’observateurs se demandent : "Pourquoi la France est-elle en train de devenir le pays de l’antisémitisme ?"

Une crise de confiance, une de plus, que le gouvernement s’emploie pourtant à endiguer par tous les moyens. Mais en attendant, après le conflit israélo-palestinien, c’est la politique intérieure israélienne qui vient d’être importée en France.

Première publication : 13/01/2015

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