Rendez-vous

Rejouer


LES DERNIÈRES ÉMISSIONS

LE JOURNAL DE L’AFRIQUE

Togo : 1 mort, 25 blessés dans les manifestations

En savoir plus

UN ŒIL SUR LES MÉDIAS

Le PS sans abri

En savoir plus

L'ENTRETIEN

Carles Puigdemont : "La porte est ouverte pour dialoguer avec Madrid"

En savoir plus

LE DÉBAT

Accord sur le nucléaire iranien : la menace du retrait américain ?

En savoir plus

LE DÉBAT

Accord sur le nucléaire iranien : la menace du retrait américain ?

En savoir plus

FOCUS

Pakistan : les universités, nouveaux viviers du terrorisme ?

En savoir plus

L'ENTRETIEN

Touadéra : "Le départ de la force Sangaris de Centrafrique était prématuré"

En savoir plus

À L’AFFICHE !

Le retour de "Ça" sur grand écran

En savoir plus

FACE À FACE

Emmanuel Macron à l'ONU : le président français face au monde

En savoir plus

EUROPE

Le choc psychologique de la crise "n'est pas près de disparaître" en Grèce

© Mehdi Chebil, France 24 | Le parti anti-austérité Syriza devra faire face aux nombreuses séquelles psychologiques de la crise.

Texte par Mehdi CHEBIL

Dernière modification : 28/01/2015

La crise économique n'a pas seulement fait exploser la pauvreté en Grèce. Elle a également occasionné un choc psychologique dont les séquelles se manifesteront encore bien après la victoire de Syriza.

Sueurs froides, tremblements incontrôlables, et coeur qui bat la chamade. Ce sont les symptômes qu'éprouve Aris, jeune Grec au chômage, quand une crise de panique est sur le point de le foudroyer.

"Dans ces moments-là, j'ai l'impression que je suis sur le point de mourir", explique l'homme de 29 ans devant une clinique communautaire située à Helleniko, dans la banlieue d’Athènes. Dans ses mains, des médicaments onéreux qui lui ont été remis gratuitement, mardi 27 janvier, afin d'atténuer ses crises.

Trois jours après la victoire électorale du parti anti-austérité Syriza, la crise grecque n'a évidemment pas disparu comme par magie. Et Aris va continuer à venir, deux fois par mois, dans ce bâtiment spartiate situé dans la banlieue sud d'Athènes. Sans les dons de ce dispensaire communautaire, les précieuses pilules resteraient complètement hors de portée financièrement.

"Je suis ouvrier dans la construction et normalement je devrais travailler sur des chantiers. Mais comme il n'y a plus de boulot depuis la crise, je vivote en jouant de la guitare dans un bar deux fois par semaine", explique Aris.

Il gagne ainsi environ 120 euros par mois. Une situation précaire qui ne lui permet pas de prétendre à une assurance-santé - et encore moins d'espérer quitter le toit familial. Son cas est loin d'être isolé dans la jeunesse grecque. Sa sœur cadette, elle aussi hébergée chez ses parents, gagnait 220 euros par mois en travaillant à temps partiel dans un café Starbucks. C'était avant qu'elle ne tombe en dépression à son tour.

Les Grecs toujours sous le choc

Cette multiplication de troubles mentaux n'étonne pas Vera Pavlou, la psychologue qui suit Aris à la clinique. Comme les nombreux professionnels de santé officiant ici à tour de rôle - dentistes, cardiologues, gynécologues, pharmaciens, dermatologues -, Vera est volontaire. "La moitié des patients qui viennent me voir ici avaient des problèmes psychologiques datant d'avant la crise, qui ont empiré depuis [c'est le cas d'Aris, ndlr]. L'autre moitié ont développé des problèmes allant de la dépression à la tentative de suicide précisément à cause de la perte de leur emploi", précise la psychologue.

Selon elle, le pire de la crise sanitaire est désormais passé. À la clinique, ce sont maintenant les dentistes et les psychologues qui sont en première ligne. Les soins dentaires sont en effet rapidement abandonnés par les patients en difficulté financière, tandis que les séquelles psychologiques de la déchéance sociale sont toujours bien vivaces.

"Le traumatisme de la crise n'est pas près de disparaître. Et le choc psychologique pour les personnes qui ont tout perdu en quelques mois a donné lieu à une recrudescence de maladies somatiques - diabètes, cancers et problèmes cardiaques", affirme Vera Pavlou.

Pas de retour à la situation d'avant-crise

C'est justement pour récupérer des médicaments pour le cœur que Spiros est venu à la clinique Hellenikou. Après la faillite de sa boutique de vêtements en 2010, cet homme de 55 ans n'est pas parvenu à retrouver un emploi. Profondément affecté par la crise, il a longtemps été dévoré par un sentiment de colère à l'égard de la classe politique.

"J'ai voté Syriza dimanche dernier. C'est mon seul espoir et la dernière chance pour le pays", affirme le quinquagénaire. Aris a lui aussi voté pour Syriza, même s'il tient à préciser qu'il ne fait pas partie du mouvement de gauche radicale. Quant à la psychologue, elle a également voté pour le parti d'Alexis Tsipras mais "sans grand enthousiasme".

Vera Pavlou estime même que les attentes démesurées d'une partie de la population au lendemain de la victoire de Syriza pourraient donner lieu à un nouveau choc psychologique.

"Il ne faut pas céder au fantasme du retour à la situation d'avant 2010, avec tous ces rêves de richesse, de grands appartements et de belles voitures", avertit la psychologue. "Même si la situation économique s'améliore d'ici un ou deux ans, les gens doivent comprendre qu'ils ne retrouveront pas une vie similaire à celle d'avant la crise. Dans tous les cas, ils vont devoir s’habituer à cette nouvelle situation économique."

Première publication : 28/01/2015

  • LÉGISLATIVES GRECQUES

    Alexis Tsipras : "Le peuple grec laisse l'austérité derrière lui"

    En savoir plus

  • ÉLECTIONS EUROPÉENNES

    Alexis Tsipras, l'homme qui voulait changer la voie de l'Europe

    En savoir plus

  • LÉGISLATIVES GRECQUES

    Syriza : une victoire historique mais pas de majorité absolue

    En savoir plus

COMMENTAIRE(S)