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Moyen-Orient

Louvre à Abu Dhabi : Human Rights Watch dénonce des abus sur le chantier

© Karim Shahib, AFP | Des ouvriers sur le site de construction de l’île de Saadiyat à Abu Dhabi.

Texte par Bahar MAKOOI

Dernière modification : 17/02/2015

L’ONG Human Rights Watch lance une nouvelle alerte sur la maltraitance des ouvriers du site de construction du Louvre d’Abu Dhabi. Un rapport qui entache l'image de marque du musée français.

Posé entre le sable et la mer, un dôme percé de milliers de formes géométriques laissant passer "une pluie de lumière délicate et protectrice" : l’ambitieux projet architectural du Louvre d’Abu Dhabi sur l’île de Saadiyat, dont le lancement est prévu pour fin 2015, concentre tout de la poésie d’une toile de grand maître. Le futur musée, conçu par Jean Nouvel, veut incarner "l’esprit d’ouverture" et le symbole du dialogue "entre Orient et Occident". De bien jolies formules pour une réalité qui l’est moins, d’après un nouveau rapport de Human Rights Watch sur les conditions de travail abusives d’une partie des ouvriers du chantier, rendu publique le 11 février. Il y a cinq ans déjà, l’ONG avait alerté sur la maltraitance des ouvriers des chantiers émiratis, en vain.

Après plusieurs mois d’enquête sur place, bien qu’interdite d’entrée sur le chantier du musée, l’ONG, expulsée depuis, a pu entrer en contact avec une centaine de travailleurs immigrés, dont certains ont œuvré à la création de ce grand tableau, future vitrine du savoir-faire français.

Deux des employés bangladais du chantier du Louvre témoignent. L’un d’entre eux a passé une semaine en prison avant d’être déporté vers son pays. Le motif de cette arrestation ? Les salariés d’un des sous-traitants ont osé faire grève en mai 2013, pour dénoncer leurs bas salaires. La plupart des grévistes étant des Bangladais, les ouvriers de cette nationalité ont été blacklistés, d’après l’ex-salarié qui s’est confié à l’ONG. "Il est si facile pour les entreprises de déporter 4 000 travailleurs et les remplacer par 4 000 autres, venant du Pakistan ou d’Inde", raconte un autre ex-ouvrier à qui l’émirat ne renouvelle plus son visa de travail.

Des centaines d’expulsions, des retards de salaires

Dans son nouveau rapport, HRW dénonce des centaines d’expulsions, des arrestations parfois très brutales, et liste de nombreux autres abus qui touchent plusieurs chantiers du futur grand complexe touristico-culturel d’Abu Dhabi, où doit être construit la succursale du Louvre, mais aussi du Guggenheim et un campus de la New York University. D’après l’ONG, certains employeurs "continuent de retenir les salaires des migrants, de ne pas rembourser leurs frais de recrutement (entre 2 000 et 2 600 euros), de confisquer leurs passeports et de leur fournir des logements de mauvaise qualité".

Pourtant, les employés du site du Louvre sont censés être protégés par un code de conduite mis en place par la Société d'investissement et de développement touristique (TDIC), l'entreprise gouvernementale en charge des grands projets de construction sur l'île de Saadiyat. L’application de ces règles est même surveillée par le cabinet d’audit américain PricewaterhouseCoopers (PwC).

Promoteurs impunis

Depuis 2009, les Émirats arabes unis ont amendé leur législation relative au droit du travail, et de nouveaux codes de conduite encadrent désormais les promoteurs sur les sites des musées. Encore faut-il qu’ils soient appliqués.

"Le code de conduite qui protège les travailleurs ne semble pas disposer d’une échelle de sanctions qui lui soit associée", note HRW. L'entreprise émiratie qui supervise les grands projets de construction sur l’île de Saadiyat, la TDIC, a été épinglée dans plusieurs rapports du cabinet d’audit PwC. Parmi les reproches, celui de n’avoir pas exigé systématiquement le paiement de sanctions financières par les promoteurs fautifs, qui restent donc impunis. "Les progrès réalisés jusqu’à présent en matière de respect des droits des travailleurs sur l'île de Saadiyat n’auront servi à rien si les travailleurs savent qu'ils ne peuvent pas protester quand les choses vont mal", déplore Sarah Leah Whitson, la directrice exécutive du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord au sein de HRW.

De son côté la TDIC jure avoir été "transparente dans ses efforts" et elle rejette les "conclusions infondées" du rapport de HRW, soutenant que sans un échantillon aléatoire de travailleurs, ces conclusions ne "reflétaient pas véritablement la réalité sur le terrain".

Le Louvre suit l’affaire

Poussé à réagir, le Louvre a expliqué via l'Agence France-Muséums, chargée de piloter son projet à Abu Dhabi, qu’il entretenait un "dialogue constant et exigeant" avec la TDIC, son partenaire émirati. Le musée admet que le rapport de HRW "reprend des éléments connus sur lesquels des échanges ont eu lieu tout au long de l'année", tout en rendant hommage au travail des ouvriers. "Depuis le début du projet, la partie française reconnaît le rôle clé des travailleurs dans la construction du Louvre Abou Dhabi", précise le musée français, qui a cédé l’utilisation de la marque "Louvre" pour 30 ans à Abu Dhabi.

>> À lire sur France 24 : La collection du Louvre Abu Dhabi fait escale à Paris

Pour Sarah Leah Whitson, le Louvre et les autres établissements prestigieux qui vont s’implanter dans l’émirat devraient utiliser davantage leur pouvoir politique. "L’université et les deux musées devraient exercer leur influence avec beaucoup plus de vigueur et exiger bien davantage en échange de leur présence sur l'île de Saadiyat", s’insurge la directrice régionale de l’ONG.

Première publication : 17/02/2015

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