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Economie

Des écoles britanniques en guerre contre les jeux vidéo violents

© Rockstar | Le jeu Gran Theft Auto V a été, à la fois, salué pour sa créativité et décrié pour sa violence.

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 01/04/2015

Une quinzaine d'écoles du nord de l’Angleterre ont envoyé une lettre aux parents d’élèves les informant qu’ils sont susceptibles d’être dénoncés auprès de la police ou des services sociaux s’ils laissent leur enfant jouer à des jeux vidéo violents.

Les aventures dans Gran Theft Auto V, Call of Duty ou encore Gears of Wars sont peut-être virtuelles, mais la visite de la police ou des services sociaux peut être réelle. Ces jeux et tous ceux qui sont déconseillés au moins de 18 ans sont, en effet, dans le collimateur de certaines écoles du comté de Cheshire (sud de Liverpool).

Les responsables d’un collectif d’une quinzaine d’écoles primaires et secondaires de cette région du nord ouest de l’Angleterre ont envoyé une missive de mise en garde aux parents des écoliers, a rapporté la presse britannique lundi 30 mars. Ils s’y disent prêts à dénoncer aux autorités ces irresponsables géniteurs, s’ils prennent leur descendance en train de zigouiller à tout va dans des jeux vidéo déconseillés aux moins de 18 ans à l’école.

Pour “un monde numérique merveilleux plutôt que dangereux”

Les auteurs de la lettre affirment que permettre à ces enfants de s’adonner à ces plaisirs vidéoludiques pour adultes n’est rien d’autre que de la “négligence”. Ils appellent les parents qui souhaiteraient recevoir des conseils quant à l’éducation numérique de leur chérubin à prendre contact avec l’école afin qu’’ensemble" ils fassent "que le monde numérique soit merveilleux plutôt que dangereux”.

Cette mise en garde leur a semblé importante car “beaucoup d’enfants ont reçu des nouveaux produits technologiques pour Noël ou leur anniversaire et découvrent tous les jeux qui sont disponibles dessus”. Les responsables d’écoles associés à cette initiative auraient, aussi, surpris des chenapans épanchant leur soif de sang virtuel sur des tablettes pendant les cours.

Facebook et le comportement sexué des enfants

Mais il n’y a pas que la violence vidéoludique qui inquiète ces pédagogues. Les réseaux sociaux et nouveaux services de messagerie à la mode leur font également froid dans le dos. Les enfants “ne devraient pas avoir de compte Facebook ou pouvoir communiquer avec des outils comme WhatsApp”, écrivent les responsables du collectif d’écoles.

La raison ? Ces services “augmentent les comportements sexués des enfants et peut les transformer en proie pour des prédateurs sexuels”. “Il est tellement facile pour les enfants de se retrouver au mauvais endroit et les parents apprécient que nous leur délivrions des lignes de conduites claires”, veut croire Mary Hennessy Jones, directrice du collectif scolaire, interrogée par le “Sunday Times”.

Ce n’est pas la première fois que l’influence des jeux vidéo et des réseaux sociaux sur la jeunesse est critiquée. La violence narrative et visuelle de la série Gran Theft Auto a valu à ce jeu d’être interdit dans plusieurs pays comme la Thaïlande ou l’Australie. L’aveu du tueur de masse norvégien Anders Breivik qu’il s’était entraîné sur Call of Duty avant de commettre son forfait en 2012 a, également, offert un argument aux détracteurs de ce jeu de guerre.

“C'est comme dire qu'on ne fait pas confiance aux parents”

Mais c’est la première fois que des responsables scolaires menacent de dénoncer aux services sociaux des parents dont les enfants jouent à ces titres controversés. Cette menace n’a pas plu aux associations britanniques de parents. “Nous reconnaissons qu’il peut y avoir d’importantes inquiétudes autour de l’influence de ces jeux sur les enfants, mais ces écoles dépassent probablement les bornes avec cette lettre”, a affirmé au quotidien “The Guardian” Margaret Morrissey, présidente du groupe “Parent Outloud”.

Elaine Halligan, présidente de l’association de soutien parentale Parent Practice, comprend la position des écoles. “Un jeu comme Call of Duty a sorti des versions adaptées à plusieurs tranches d’âge afin d’attirer tous les publics, et il est donc naturel que les enseignants se sentent obligés de conseiller les enfants sur les dangers de la technologie”, affirme-t-elle. Mais, pour autant, elle trouve “catastrophique d’impliquer les services sociaux car c’est comme dire qu’on ne fait pas confiance aux parents pour se comporter de manière responsable”.

Reste, comme le rappelle le site de la BBC, que les écoles font peut être du zèle car elles subissent actuellement une forte pression des autorités. Le Premier ministre David Cameron a annoncé, début février, que les “adultes en position de responsabilité” - tels que les enseignants - pourraient être condamnés à cinq ans de prison s’ils ne rapportaient pas des cas de négligences flagrantes sur des enfants.

Première publication : 01/04/2015

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