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Moyen-Orient

Sous les tirs des rebelles et du régime, Alep se sent abandonnée

© George Ourfalian, AFP | Ruines dans une rue du quartier chrétien de Souleimaniyeh, à Alep, le 11 avril.

Texte par Amara MAKHOUL-YATIM

Dernière modification : 20/04/2015

Après leurs succès à Idleb, les rebelles menés par le Front al-Nosra poursuivent leur avancée sur Alep et ciblent les quartiers ouest tenus par le régime. Les habitants des deux côtés de la ville se sentent abandonnés à leur sort.

"Sommes-nous réellement abandonnés ? Le monde a-t-il complètement oublié Alep ?" Sur Facebook, les Alépins n’ont de cesse de s’interroger sur leur sort tout en criant au secours. Alep, ancien poumon économique de la Syrie, est restée plus d’un an à l’écart du conflit syrien. Depuis juillet 2012, la partie est de la ville est ravagée par les combats et les bombardements. Devenue aujourd’hui l’une des principales lignes de front de la guerre, la ville intra-muros est divisée en deux : les quartiers de l'est sont entre les mains des rebelles et ceux de l’ouest sont tenus par le régime.

Alors que l’est de la ville est quotidiennement bombardé par le régime syrien, notamment de barils d’explosifs, et offre un visage d’intense désolation, l’ouest n’avait été ciblé jusqu’à présent que par des tirs de mortiers sporadiques. Mais depuis le 10 avril, les quartiers ouest et notamment celui de Souleimaniyeh, à majorité chrétienne, affrontent un déluge de roquettes, tirées par les rebelles. Du jamais vu dans cette zone.

La cathédrale maronite d’Alep ainsi que l’évêché de la communauté melkite ont été partiellement détruit par ces tirs. Des photos circulent ces derniers jours sur les réseaux sociaux, montrant des immeubles effondrés dans le quartier de Souleimaniyeh, où il y a une quinzaine de jours encore la vie suivait son cours et où l’on pouvait sortir en famille ou entre amis presque sans crainte.

Mardi 14 avril, des évêques catholiques et orthodoxes d'Alep ont lancé un appel pour que leur ville ne soit plus "le laboratoire d'armes dévastatrices" et ont dénoncé un siège qui réduit ses habitants à des "semblants d'êtres humains", a rapporté le Vatican. "Du profond de notre douleur, nous appelons les gens de conscience, s'il en existe encore, à nous entendre : voulez-vous que nous restions, blessés et humiliés, des semblants d'êtres humains ?, ont demandé ces responsables dans un nouvel appel à la solidarité internationale. Nous n'avions jamais vu ni entendu pareille destruction auparavant !"

À Alep, les rebelles appliquent la même stratégie que le régime

Pourquoi maintenant ? L’intensification des attaques contre l’ouest d’Alep n’intervient pas à un moment anodin mais juste après la prise d’Idleb, à l'ouest d’Alep, par les rebelles. "Galvanisés par leur victoire à Idleb, les rebelles veulent maintenant prendre Alep", explique à France 24 Fabrice Balanche, directeur du groupe de recherches et d’études sur la Méditerranée et le Moyen-Orient. "Ils bénéficient également en ce moment d’un regain de soutien, de la part de la Turquie et de l’Arabie saoudite, et utilisent des armes ultra-perfectionnées", ajoute le chercheur.

En outre, si la ville d’Alep est divisée entre l’est et l’ouest, la situation est plus complexe pour ce qui est de la périphérie. Les rebelles, et notamment le Front al-Nosra, tiennent le nord-ouest situé précisément près de la route d’approvisionnement des rebelles, vers la Turquie. Le régime quant à lui tient l’est des faubourg situés à l’extérieur de la ville. La présence des rebelles dans la zone proche des quartiers ouest intra-muros explique également les attaques contre Souleimaniyeh, mais aussi celles qui ont eu lieu contre le siège des renseignements de l’armée de l’air dans le quartier de Zahra, dans l’ouest de la ville, lundi 13 avril.

Depuis le début du conflit, le régime adopte une même stratégie partout : il bombarde les zones rebelles pour pousser les civils à fuir, et il assiège les zones, n’hésitant pas user de la faim comme d’une arme de guerre. Cela a été le cas dans l’est d’Alep. Dans la ville coupée en deux, on observe que les rebelles ont adopté la même stratégie que le pouvoir syrien. "Les tirs de roquettes poussent les populations des quartiers pro-régime à fuir, et depuis plus d’un an, ils coupent l’eau aux quartiers ouest de la ville, la station de distribution d’eau d’Alep étant située au nord-est, en zone rebelle", observe le chercheur. Les quartiers ouest de la ville ont connu à plusieurs reprises des dizaines de jours consécutifs sans eau. Il en est de même pour l’électricité.

Les religieux ne sont pas les seuls à avoir lancé des appels à l’aide. Depuis plusieurs mois, des habitants de la ville, dans les deux camps, se sont improvisés porte-voix de leurs compatriotes. Dans les quartiers ouest, c’est le cas de Sandra Agobian notamment, suivie sur Facebook par près de 6 000 personnes. Interpellant les autorités syriennes, elle affirme que la population de ces quartiers, qui a longtemps résisté aux tirs de roquettes et de bombonnes de gaz, aux privations d’eau, d’électricité et de pain, se sent aujourd’hui abandonnée. Elle énumère les difficultés surmontées, la tentation de l’exil, la mort des proches, jusqu’à demander : "Mais que fait donc l’armée ? C’est ainsi donc que le régime traite ceux qui n’ont pas quitté le pays et qui le soutiennent ?"

Le régime a-t-il abandonné son ancien poumon économique ?

Depuis des mois à Alep, circule une rumeur : le régime a abandonné la ville. Et les attaques contre la zone tenue par le pouvoir pourraient la confirmer. "Il est évident que les Alépins des zones tenues par le régime syrien se sentent totalement abandonnés", observe Fabrice Balanche. "Beaucoup pensaient que l’armée parviendrait à reprendre l’est de la ville rapidement, un peu comme ce qui s’était passé à Homs [ville surnommée capitale de la révolution, reprise par le régime en mai 2014]", explique-t-il.

Or à Alep, la situation est différente. La proximité de la frontière turque et la forte présence de combattants rebelles dans la campagne environnante, et notamment du Front al-Nosra qui a réussi à fédérer autour de lui de nombreux groupes rebelles, rend la tâche beaucoup plus difficile. "Depuis deux ans, le régime syrien a progressé autour de la ville mais là, il n’y arrive plus", confirme Fabrice Balanche, qui observe également que "le pouvoir a besoin de victoires pour rassurer son camp. Or depuis février, il n’y a que des défaites partout dans le pays." L’armée syrienne, épuisée et en manque de nouvelles recrues, a en effet échoué en février à couper aux rebelles la route d’approvisionnement qui relie Alep à la Turquie.

Pour autant, cela ne signifie pas forcément que Damas a abandonné la grande métropole du nord du pays à son sort. "Alep est symboliquement trop importante pour le régime. Il ne va pas l’abandonner sans se battre. C’est également important pour ses alliés : si tout le nord de la Syrie passait sous contrôle rebelle [Idleb et Raqqa le sont déjà], l’Iran aurait beaucoup de mal à justifier son soutien à un Assad si affaibli aux yeux de la communauté internationale", analyse-t-il.

Les intentions sont donc claires des deux côtés : les rebelles sont en position de force et veulent continuer sur leur lancée et s’emparer d’Alep. Le régime ne lâchera pas. Reste à savoir lequel des deux à les moyens de ses ambitions. Une chose est sûre, l’issue à Alep définira l’avenir de la Syrie, car avec elle, c’est tout le nord du pays qui échapperait au régime, redessinant ainsi la carte de l'État.

Première publication : 16/04/2015

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