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Moyen-Orient

Vente d’armes à Doha, visite à Riyad : le jeu dangereux de Hollande

© Alain Julien, AFP | Au total, la France a récolté en ce début d’année plus de 15 milliards d'euros dans le seul secteur de l'armement.

Texte par Sam BALL

Dernière modification : 04/05/2015

Vente de Rafale au Qatar, visite au royaume saoudien : le président Hollande multiplie les contacts avec ces deux pays du Golfe – peu soucieux des droits de l’Homme. La France semble adopter la posture de "l'argent avant tout"... Mais à quel prix ?

Après l’Égypte et l’Inde, c’est au Qatar que la France a vendu ses Rafale fin avril. Vingt-quatre appareils, exactement, ont été négociés avec Doha pour la jolie somme de 6,3 milliards d’euros. Un succès économique majeur pour Paris, qui s'impose de nouveau sur le marché mondial.

Au total, la France a récolté en ce début d’année plus de 15 milliards d'euros dans le seul secteur de l'armement. Plus que les 8 milliards d’euros engrangés en 2014. Une hausse d’exportations des armes françaises bienvenue dans une économie malmenée par la crise.

Et cette belle éclaircie économique devrait continuer : François Hollande se rend lundi 4 mai en Arabie Saoudite pour assister au sommet du Conseil de coopération du Golfe (CCG), une première pour un chef d'État occidental. Mais derrière cette visite diplomatique se cachent évidemment des projets de coopération bilatérale. À l’issue de ce séjour, une "feuille de route" politique, économique, stratégique et militaire devrait être signée entre les deux pays, indique-t-on à l'Élysée.

Le rapprochement franco-saoudien

L’histoire d’amour économique franco-saoudienne est encore récente, mais elle se consolide mois après mois. Tout a commencé avec la crise syrienne, quand la France s’est positionnée en première ligne contre le régime de Bachar al-Assad, l’allié de Téhéran. Riyad, ennemi juré de l’Iran chiite, a salué cette position. L’opération séduction a continué en novembre 2014, quand les deux ont signé un accord de 2,7 milliards d’euros pour des livraisons d’armes au Liban, pays menacé par l’avancée jihadiste. Ce rapprochement s’est enfin consolidé en début d’année après que Paris a adopté une position intransigeante dans le dossier du nucléaire iranien.

Enfin, pour finaliser cette "amitié stratégique", le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, s’est même rendu dans le royaume pétrolier, le mois dernier. Après l'intervention de l'Arabie saoudite au Yémen, il venait assurer Riyad du soutien de la France.

>> À lire sur France 24 : "Derrière le chaos au Yémen, la rivalité entre l'Iran et l'Arabie saoudite"

Pourquoi tant de courbettes ? Sans doute parce que la monarchie du Golfe a dépassé l'Inde en 2014 pour devenir le premier importateur mondial d'équipements militaires, dans un marché dont le volume a atteint un niveau record. À eux seuls, l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis ont importé 8,6 milliards de dollars d'équipements militaires en 2014, soit davantage que toute l'Europe de l'Ouest. La France, grâce à d’habiles manœuvres diplomatiques, compte bien profiter de cette vache à lait.

Piètre bilan en matière des droits de l'Homme

Mais à quel prix ? Car si Hollande se félicite de sa bonne entente avec le Qatar et avec l’Arabie saoudite, il a dû fermer les yeux sur leur piètre bilan en matière de droits de l’Homme. Le royaume wahhabite est l’un des pays les plus répressifs au monde. Les exécutions publiques y sont monnaie courante, les femmes considérées comme des citoyennes de seconde zone et les blasphémateurs fouettés.

D’un point de vue stratégique, aussi, François Hollande joue un jeu dangereux. En cherchant à vendre toujours plus d’armes, le chef de l’État français participe à une course à l’armement dont l’issue est incertaine, dans une région où les tensions sont déjà très fortes (comme en Syrie, Irak, Libye et Yémen).

Toutes ces ventes dans la région, auxquelles participent les États-Unis et la Russie - qui a décidé, en avril, de livrer des missiles anti-aériens S300 à Téhéran - inquiètent l’analyste Tobias Borck de la Royal United Services Institute, un think tank britannique spécialisé dans la défense. "Les pays du Moyen-Orient semblent vouloir utiliser toujours plus d'armes pour se protéger et protéger leurs intérêts dans les zones en crise. L’intervention saoudienne au Yémen en est l’un des exemples", explique-t-il au "Guardian".

Ces préoccupations, cependant, sont peu susceptibles d’influencer François Hollande. Selon le ministre de la Défense, Jean-Yves le Drian, la vente d’armes a permis la création de 30 000 emplois pour la seule année 2015. Un chiffre qui à lui seul est un argument majeur dans un pays où le chômage atteint des records.
 

Première publication : 04/05/2015

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