Rendez-vous

Rejouer


LES DERNIÈRES ÉMISSIONS

UN ŒIL SUR LES MÉDIAS

La seconde guerre mondiale s'invite dans la campagne

En savoir plus

JOURNAL DE CAMPAGNE

La seconde guerre mondiale s'invite dans la campagne présidentielle

En savoir plus

BILLET RETOUR

Nicaragua : que reste-t-il de la révolution promise ?

En savoir plus

TECH 24

Les "makers" ont du cœur

En savoir plus

VOUS ÊTES ICI

"Pointu" à Sanary, "barquette" à Marseille : deux noms pour un bateau séculaire

En savoir plus

LA SEMAINE DE L'ECO

Whirlpool : le nouveau Florange

En savoir plus

LA SEMAINE DE L'ECO

Macron face à Le Pen : le choc de deux France ?

En savoir plus

FOCUS

Égypte : rencontre avec les coptes, une communauté menacée

En savoir plus

À L’AFFICHE !

Femua 2017 : les musiques urbaines à l'honneur à Abidjan

En savoir plus

Culture

Naufrage du Lusitania : coulé en 18 minutes, un siècle de mystères

© Library of Congress | Un poster créé en 1915 par le service de recrutement irlandais sur le naufrage du Lusitania appelant à la vengeance.

Texte par Stéphanie TROUILLARD

Dernière modification : 05/06/2015

Il y a cent ans, jour pour jour, le paquebot britannique Lusitania parti de New York sombrait, après avoir été torpillé par un sous-marin allemand. En pleine Grande Guerre, ce naufrage indigna les États-Unis et suscita de nombreuses théories.

Le 7 mai 1915, la photo du Lusitania fait la une des principaux journaux outre-Atlantique. En pleine Première Guerre mondiale, les Américains découvrent horrifiés le naufrage de ce navire britannique qui avait quitté six jours plus tôt New York en direction de Liverpool avec 2 165 passagers à son bord. "Le paquebot Lusitania coulé par un sous-marin allemand. Une flottille est partie à son secours", titre le "Washington Post". "Probablement 1 000 morts. Deux fois torpillé au large des côtes irlandaises. Coulé en 15 minutes", décrit le lendemain le "New York Times".

Le quotidien ne le sait pas encore, mais le bateau a sombé en 18 minutes et, au total, ce sont près de 1 200 personnes qui ont perdu la vie, dont 128 Américains. Le millionnaire Alfred Vanderbilt, l’un des hommes les plus riches du monde, le collectionneur d’art Hugh Lane ou encore le directeur de théâtre Charles Frohman font partie des victimes. Dans les semaines qui suivent, la presse américaine se déchaîne et pointe du doigt l’Allemagne pour sa barbarie contre des ressortissants d’un pays neutre. La Grande-Bretagne crie aussi vengeance et appelle les hommes en âge de se battre à se porter volontaire pour rejoindre le front.

"Le commandant du sous-marin Walther Schwieger a été surnommé le tueur de bébés car il y avait beaucoup d’enfants qui sont morts dans le naufrage", raconte à France 24 Gérard Piouffre, un spécialiste de l'histoire de la Marine. "De leur côté, les Allemands ont dit que les Anglais avaient laissé couler le Lusitania pour d’obscures raisons et qu’il transportait une cargaison illégale". Cent ans après ce naufrage, qui est resté l’un des plus célèbres de l’histoire, après celui du Titanic en 1912, cet écrivain a décidé de se pencher sur les nombreuses zones d’ombres qui demeurent. Dans un livre intitulé "Un crime de guerre en 1915 ?", il a étudié notamment les responsabilités de chacun dans cette tragédie.

Une mystérieuse seconde explosion

Mis en service en 1907, le Lusitania est l’un des bateaux les plus luxueux, les plus rapides et les plus modernes jamais construits. Au début de la Grande Guerre, le paquebot est réquisitionné par la Royal Navy comme croiseur auxiliaire (navire marchand armé). Mais il est finalement maintenu en réserve et peut continuer ses traversées transatlantiques pour la compagnie Cunard. Le 1er mai 1915 à New York, les passagers sont au rendez-vous malgré les rumeurs sur les menaces de la marine allemande. "Cette dernière disposait d’une nouvelle arme : le sous-marin. Tous les pays en avaient, mais les U-Boat étaient ce qui se faisait de plus perfectionné", explique Gérard Piouffre. "Leur objectif était de couper le ravitaillement des alliés qui s’approvisionnaient essentiellement en munitions aux États-Unis".

Aux alentours de 14 h, le 7 mai 1915, l’un de ces sous-marins, l'U-20, repère le navire britannique à environ 12 milles marins de la pointe sud de l’Irlande : "Le Lusitania avait l’apparence d’un croiseur auxiliaire. Pour le commandant de l'U-20, il pouvait s'agir d'un transport de troupes venant du Canada et allant en Angleterre". Walther Schwieger n’hésite pas et ordonne un tir. "Il était à 90 degrés du Lusitania, la position la plus favorable qui soit pour une attaque", détaille l’auteur. "La torpille heurte le Lusitania un petit peu en avant de la passerelle. Malgré cet impact, le bateau aurait pu rester à flot, mais il s’est produit une seconde explosion une quinzaine de secondes plus tard".

Cette dernière suscite depuis un siècle un nombre incroyable d’hypothèses. Pour certains, les chaudières ont explosé au contact de l’eau froide. D’autres se sont interrogés sur la présence de trois passagers clandestins allemands découverts à bord au début de la traversée. Pendant des décennies, les Britanniques ont également essayé de dissimuler la présence de munitions, avant de finalement l’admettre dans les années 1970. Les cales renfermaient ainsi 4 200 caisses de munitions pour armes individuelles, 3 250 fusées à percussion pour obus et 1 248 caisses contenant 5 000 obus à shrapnel. Mais pour Gérard Piouffre, c’est surtout la présence de 46 tonnes de poudre d’aluminium qui pourrait expliquer cette seconde explosion : "C'est très dangereux si elle est en présence d’eau car cela dégage de l’hydrogène, qui mélangé à l’oxygène de l’air, forme un mélange détonnant".

Pour autant, le mystère reste entier. Aucun scénario n’a été confirmé en raison de l’état de l’épave qui repose à 90 mètres de profondeur. "On accède au bateau, mais on ne peut pas rentrer dedans. L’épave ressemble un peu à un ballon dégonflé. Elle s’est repliée sur elle-même", décrit Gérard Piouffre. "Le bateau est également couché du mauvais côté. Les brèches sont à tribord, enfouies dans la vase".

"Chacun a cru bien faire"

À la suite du naufrage, de nombreuses théories du complot ont également émergé. La Grande-Bretagne a même été accusée d’avoir délibérément provoqué le naufrage pour faire prendre les armes aux Américains. Les partisans de cette thèse ont avancé le fait que le croiseur Juno censé escorter le Lusitania, avait été rappelé sur ordre de Winston Churchill au moment de la catastrophe. "Je n'y crois pas. Les Anglais n’avaient aucun intérêt à faire couler le Lusitania. Au printemps 1915, ils n’ont pas intérêt à ce que les États-Unis entrent en guerre. Les responsables militaires et politiques se disent qu’ils peuvent gagner la guerre seuls. Ils viennent de remporter des batailles dans la Marne et dans les Flandres", assure Gérard Piouffre. "Par ailleurs, si les Américains décident d'intervenir, leur armée n’est alors pas très bien entraînée et les munitions qu’ils vont fabriquer seront d’abord destinées à leurs soldats, alors que les Anglais en manquent cruellement".

Contrairement à une idée souvent très répandue, le naufrage du Lusitania n’a d’ailleurs pas provoqué directement l’entrée en guerre des États-Unis, même s’il "a montré aux Américains que l’Allemagne n’était pas dans le bon camp", souligne Gérard Piouffre. Il faudra attendre le 6 avril 1917 pour que le Congrès décide de combattre au sein de la Triple-Entente à la suite de l’interception d’un télégramme adressé par le ministre allemand des Affaires étrangères à son ambassadeur à Mexico pour négocier une alliance avec le Mexique contre les États-Unis.

Cent ans après, le spécialiste de l’histoire de la Marine est toutefois sûr d’une chose : les torts sont partagés dans cette tragédie. "Le Kaiser avait déclaré que les eaux entourant la Grande-Bretagne étaient zone de guerre, ce qui était le cas du canal Saint-Georges dans lequel le Lusitania naviguait. L’U-20 était donc dans son droit de couler le navire. Et les Anglais n’avaient pas le droit de transporter de munitions sur un paquebot, mais dans la pratique cela se faisait. Ils ne pensaient pas mettre la vie des passagers en danger", estime Gérard Piouffre. "Chacun a cru bien faire."

Première publication : 07/05/2015

  • CENTENAIRE 14-18

    22 avril 1915 : première attaque massive aux gaz chimiques à Ypres

    En savoir plus

  • CENTENAIRE 14-18

    Comment j'ai rencontré mon grand-oncle, un zouave, mort sur le front d’Orient

    En savoir plus

  • CENTENAIRE 14-18

    Les "jardiniers" du front d'Orient, les "planqués" de la Grande Guerre ?

    En savoir plus

COMMENTAIRE(S)