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L’Équateur veut montrer à l’Europe le chemin du bonheur

© Joseph Bamat, France 24 | Freddy Ehlers, lors de son passage à Paris, le 12 mai 2015.

Texte par Joseph BAMAT , Romain BRUNET

Dernière modification : 19/05/2015

La quête du bonheur n’est pas vraiment une idée neuve, mais l’Équateur a mis en place une approche nouvelle en la matière et souhaite en faire profiter le reste du monde.

L’Équateur s'est fixé pour mission de bousculer quelques idées reçues chez les Occidentaux. Le président Rafael Correa a ainsi envoyé en Europe l’un des plus populaires membres de son gouvernement pour un séjour de deux semaines à Florence, Paris, Madrid et Genève. L’émissaire équatorien, Freddy Ehlers, n’a pas fait tout ce chemin pour demander de l’argent aux gouvernements européens pour sauver une réserve naturelle ou encore pour faire la promotion du tourisme dans ce petit pays d’Amérique du Sud de près de 16 millions d’habitants. Non, cet ancien journaliste souhaite partager ce qu’il a appris dans un domaine où l’Équateur à quelques longueurs d’avance : le bonheur.

Freddy Ehlers a rejoint le gouvernement socialiste de Rafael Correa en 2010, d’abord comme ministre du Tourisme, puis en prenant en 2013 la tête du secrétariat du Bon Vivre ("Secretaria del Buen Vivir").

Les pratiques de ce ministère peu commun prennent leurs sources dans la philosophie ancestrale méso-américaine, selon son ministre, et a pour objectif principal de transformer les institutions équatoriennes et les citoyens afin que ceux-ci atteignent "une vie sereine et le plus haut niveau de bonheur possible".

Pour Freddy Ehlers, la comparaison peut être faite avec le bonheur national brut (BNB) créé par le Bhoutan, un indice qui vise à être une alternative au produit intérieur brut (PIB) pour mesurer les progrès d’un pays. Mais l’émissaire équatorien estime que son pays est allé plus loin. "Le Bhoutan a inventé ce terme il y a plus de trente ans, mais l’Équateur est le premier pays au monde à avoir créé un ministère au sein de son gouvernement en charge de construire une société plus heureuse", a-t-il souligné, lors d’une interview avec France 24 lors de son passage à Paris.

"Nous avons testé de nouveaux projets et nous avons maintenant deux ans d’expérience derrière nous, a-t-il ajouté. Nous souhaitons donc partager cet acquis avec la France et d’autres pays en les encourageant à mettre en place des institutions similaires, mais peut-être d’une taille moins importante dans un premier temps."

La science du bonheur, nouveau créneau à l’université et dans l’édition

La France a justement déjà caressé une telle idée. Alors président, Nicolas Sarkozy avait demandé en 2008 au prix Nobel d’économie, Joseph Stiglitz, d’imaginer une façon de mesurer le bonheur des Français. Et quelques années plus tard, c’est l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) qui mettait sur pied un indice pour comparer les niveaux de bonheur entre ses États membres.

Freddy Ehlers affirme à l’envi que le monde marche sur la tête en persistant à vouloir associer production industrielle, consommation des ménages et bien-être. Il faut, selon lui, sauver la planète pour retrouver le vrai bonheur, et inversement. Dissocier ces deux luttes majeures mènera inévitablement à un échec pour chacune d’elles, affirme-t-il.

Son discours aurait de quoi faire sourire s’il était isolé, mais il est bien le signe d’une tendance de fond. L’Université de Pennsylvanie a ainsi été la première à offrir à ses étudiants un cours sur le bonheur appelé "psychologie positive". Harvard et le Massachusetts Institute of Technology (MIT) lui ont emboîté le pas. Et preuve du succès de cette discipline, l’Université de Californie – Berkeley a lancé l’an dernier un cours en ligne ouvert à tous (MOOC) intitulé "La science du bonheur". Plus de 76 000 personnes y avaient déjà souscrit deux semaines avant le début des enseignements.

Cette soif de bonheur ne concerne pas que les étudiants. L’intervention de Dan Gilbert intitulée "La surprenante science du bonheur" est l’un des discours les plus visionnés des célèbres conférences TED, tandis que l’édition n’est pas en reste avec une explosion du nombre de livres liés à la quête du bonheur.

D’autres initiatives ont une approche plus collective du problème. La quatrième "Conférence sur l’économie du bonheur" s’est ainsi tenue en février à Portland, dans l’Oregon. Le Bhoutan organise quant à lui un sommet international sur le BNB en novembre. La délégation de l’Équateur y sera d’ailleurs l’une des plus attendues.

L'Équateur, numéro 2 du bonheur au monde selon Gallup

Concrètement, le travail des 35 employés à plein temps du ministère équatorien du Bon Vivre est divisé en trois tâches. La première consiste à promouvoir des exemples de "bon vivre" à travers les médias et les écoles publiques. La deuxième vise à conseiller les autres ministères du gouvernement. La troisième, enfin, a pour but de monter des projets internationaux en collaboration avec d’autres pays et de faire la promotion du "Buen Vivir" à l’étranger.

La production de près d’une centaine de vidéos ces deux dernières années est sans doute l’une des plus grandes fiertés du ministre en charge de rendre les gens heureux. Celles-ci sont constituées de clips vantant la beauté du pays, de mini-documentaires sur des personnes ayant trouvé le bonheur de façon inattendue ou de messages à caractère informatif. Pour compléter ce dispositif, une série d’histoires pour enfants "faisant la promotion de valeurs universelles" est également sur le point d’être publiée.

Le ministère du Bien Vivre a également travaillé sur la mise au point d’un indice du bonheur propre à l’Équateur. L’une des pistes envisagées consistait à essayer de mesurer le bonheur en nombre d’années. Mais les résultats ont inquiété Freddy Ehlers : avec une espérance de vie moyenne de 73 ans, les Équatoriens ne passaient que onze ans et trois mois de leur vie à être heureux.

Cette recherche d’un bon instrument de mesure fait l’objet d’un partenariat avec la Bolivie, dont le gouvernement a aussi lancé un ministère similaire à celui du Bien Vivre équatorien. Les deux pays espèrent finaliser les détails de leurs projets d’ici à la conférence organisée en novembre au Bhoutan.

Mais déjà, une récente étude de l’institut de sondage américain Gallup confirme que les Équatoriens sont plutôt doués lorsqu’il s’agit de vivre heureux. Elle place en effet l’Équateur à la deuxième place – ex-æquo avec son voisin colombien et le Guatemala – d’un indice mondial sur les sentiments positifs. Avec un score de 89, les Paraguayens se révèlent être les plus heureux au monde, tandis que les États-Unis obtiennent un score de 79, et la France 76, selon Gallup. Le Soudan, enfin, arrive dernier de ce classement avec un score de 47 à "l’indice d’expérience positive".

Première publication : 19/05/2015

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