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FRANCE

Deux résistantes au Panthéon : "N'oublions pas les autres"

© Stéphanie Trouillard, France24 | Marie-José Chombart de Lauwe, dans le jardin de sa maison, le 22 mai 2015.

Texte par Stéphanie TROUILLARD

Dernière modification : 26/05/2015

Alors que Germaine Tillion et Geneviève de Gaulle entrent au Panthéon, Marie-José Chombart de Lauwe, qui les a rencontrées au camp de Ravensbrück, se réjouit de cette reconnaissance, mais espère que la page ne se tourne pas définitivement.

Lors de la cérémonie d’hommage au Panthéon, Marie-José Chombart de Lauwe sera dans la tribune présidentielle. "J'ai mon carton !", précise avec un petit sourire cette résistante de la première heure. Grand-Croix de la Légion d'honneur, la présidente de la Fondation pour la mémoire de la déportation assistera, mercredi 27 mai, à l'entrée dans le monument parisien de Pierre Brossolette, Jean Zay, Germaine Tillion et Geneviève de Gaulle-Anthonioz.

Elle a bien connu ces deux dernières, avec qui elle a vécu l'une des pages les plus sombres de sa vie. Déportée à 20 ans à Ravensbrück avec sa mère pour avoir participé à un réseau de renseignement en Bretagne, Marie-José, née Wilborts, y a côtoyé ces deux résistantes. Soixante-dix ans plus tard, tranquillement installée dans le salon de son pavillon de la banlieue parisienne, elle les revoit avec précision, entre les baraques du camp de concentration. "J'avais déjà aperçu Germaine Tillion dans la prison de Fresnes. Elle portait une culotte de cheval et un turban. Je me suis dit : 'Mais qu'est-ce que c'est que cette femme ?'", raconte la vieille dame, âgée de 92 ans, au sujet de l'ethnologue, connue pour ses missions dans des tribus berbères en Algérie. Geneviève de Gaulle, la nièce du général, ne les a rejointes qu'en février 1944, avant d’être placée à l'isolement, du fait de son lien de parenté avec le chef de la France Libre : "Je l'ai vue au camp, mais c'est surtout après la guerre que je l'ai connue. On avait des enfants à peu près du même âge, qui se sont liés d'amitié".

Dans la nuit et le brouillard

Jusqu'à leur libération au printemps 1945, ces femmes subissent le quotidien des "NN" (Nacht und Nebel, "nuit et brouillard" en allemand), triste dénomination des déportés politiques condamnés à disparaître dans le secret. Marie-José Chombart de Lauwe travaille d'abord dans l'usine Siemens du camp, où elle produit de petites pièces d'électronique. Elle est ensuite affectée à la "Kinderzimmer", la chambre des enfants, où elle assiste quotidiennement à la mort de nourrissons, faute de lait, de tétines, de couches ou de médicaments. Elle porte chaque matin les petits corps sans vie à la morgue. "Cela a été le pire…", résume-t-elle avec beaucoup de pudeur. Pour tenir et ne pas sombrer face à la violence des gardes SS, elle peut compter sur le soutien et l’amitié de ses codétenues, notamment sur celui de Germaine Tillion : "Elle avait cette caractéristique formidable de nous faire rire, comme avec le 'Verfügbar aux Enfers' (une opérette écrite dans le camp). Pouvoir se détendre en riant de soi-même, c'est formidable".

Plus expérimentée que la plupart de ses camarades, Germaine Tillion leur fait profiter de son savoir. Avec son passé d'ethnologue, elle commence à étudier le camp d'un point de vue purement scientifique : "Quand on arrivait, on était complètement perdues. On a souvent dit que c’était un monde sans commune mesure, mais elle, avec son regard sur les sociétés différentes, elle a commencé à analyser le fonctionnement et à nous l'expliquer. Cela a été très précieux pour nous de comprendre un peu ce qu'on vivait".

Une vie de militantisme

Cette solidarité entre déportées ne disparaît pas après la guerre. Les anciennes de Ravensbrück se regroupent dans une amicale et poursuivent leurs combats pour faire vivre les idéaux de la Résistance. Marie-José et Germaine s'illustrent notamment ensemble dans la lutte contre la torture durant la guerre d'Algérie (1954-1962). "On faisait des sit-in en bas des Champs-Élysées. Les policiers nous prenaient par la peau du cou et ils nous emmenaient", se souvient la résistante, qui était alors chercheuse au CNRS et qui deviendra dans les années 1980 une adhérente très active de la Ligue des droits de l'Homme. "J'ai reçu des lettres de menaces. Les gens de l'OAS (l'Organisation armée secrète, qui défendait l'Algérie française) étaient très durs. On avait toujours un peu peur, mais ce n'est pas ce sentiment qui nous empêchait de bouger." De son côté, Geneviève de Gaulle-Anthonioz se mobilise contre la pauvreté en prenant la tête du Mouvement ATD Quart-Monde.

Des parcours de militantes qui font que ces deux femmes ont été désignées en février 2014 par le président de la République pour faire leur entrée au Panthéon. "Elles avaient toutes les deux cette volonté de dignité et cette amitié. C'est un peu pour cela qu'elles ont été choisies et pour les actions qu'elles ont faites par la suite", estime Marie-José Chombart de Lauwe.

Se souvenir des combattantes de l'ombre

Leur camarade de déportation est heureuse de voir que les combattantes de l’ombre vont enfin avoir une place dans le temple de la Nation. Elle se rappelle en effet qu'après la guerre, les résistantes ont été mises de côté et même parfois critiquées. "Une dame avait déclaré qu'elle ne me recevrait pas chez elle parce qu'elle disait que j'avais dû ramener des maladies et que j'avais dû recevoir une mauvaise éducation dans le camp avec des voleuses et des prostituées !", raconte avec une pointe d'amusement l'ancienne déportée de Ravensbrück, avant d'expliquer plus sérieusement : "Il y a eu très peu de femmes Compagnons de la Libération, six sur 1038 personnes. Ce n'est pas juste car elles ont été très engagées. C'est comme durant la guerre de 14. Elles ont travaillé et après on leur a dit : 'Rentrez-chez vous !'".

Pour elle, Germaine et Geneviève vont désormais représenter toutes ces héroïnes oubliées. "Elles sont l'image de beaucoup, mais n'oublions pas les autres", insiste Marie-José Chombart de Lauwe. "Je connais des femmes remarquables qui auraient pu être mises au Panthéon, mais elles ont été exécutées, comme France Bloch-Sérazin qui a été guillotinée, ou Simone Michel-Lévy qui a été pendue de façon horrible". L'insatiable militante des droits de l'Homme a surtout une crainte : celle qu'après cette cérémonie, une page se tourne définitivement : "Je ne veux pas qu’on soit simplement content d'avoir mis deux femmes résistantes au Panthéon. Il y a le risque de ne plus en parler ensuite et de dire : "Ça y est, on a fait le travail, allez au revoir mesdames et taisez-vous !'".

Semer une petite graine

Pour ne pas que le silence sur ce passé devienne trop assourdissant, Marie-José Chombart de Lauwe continue de prendre la parole. Elle vient de publier ses mémoires sous le titre "Résister toujours". À 92 ans et malgré le poids des années, elle répond aussi à la plupart des sollicitations. Cette femme de caractère, au regard bleu toujours aussi intense, parcourt ainsi la France pour continuer à lutter contre le racisme et le fascisme : "Je vois des milliers de jeunes dans les établissements scolaires. J'ai un avantage, ils voient arriver une grand-mère. Je m'assois sur la table et je commence en leur disant : 'Je vais vous raconter une histoire qui commence quand j'avais votre âge, 17 ans'. Cela crée une empathie", souligne-t-elle avec malice. "Je leur explique ce qu'est la mémoire. En vérité, c'est une fonction de la vie. Par exemple, comme pour les petits animaux qui apprennent que tel ou tel endroit est dangereux ou comment trouver de la nourriture. On sème une petite graine pour qu'ils aient une base", conclut l'ancienne résistante devenue combattante de l’oubli.

Première publication : 26/05/2015

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