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FRANCE

Camp de migrants à la Chapelle : un bidonville au cœur de Paris

© ERIC FEFERBERG, AFP | Près de 400 migrants vivent aujourd'hui dans le camp sauvage de la Chapelle, à Paris.

Texte par Charlotte BOITIAUX

Dernière modification : 03/06/2015

Près de 400 migrants, venus essentiellement de la corne de l’Afrique, vivent aujourd’hui entassés dans un campement sauvage installé à la Chapelle, dans le nord de Paris. Inquiète des risques d’épidémie, la ville veut dissoudre ce "bidonville".

Il est neuf heures et demi du matin, samedi 30 mai, quand Saudia s’extrait de sa tente Quechua verte, le regard encore endormi mais le visage souriant. Cette jeune Éthiopienne de 26 ans est arrivée il y a environ un mois à Paris. Comme des centaines de migrants, elle a élu domicile avec son mari dans ce camp sauvage du XVIIIe arrondissement de la capitale, où près de 400 personnes cohabitent ; un camp insalubre qui a vu le jour à l’été 2014 et dont le nombre d’occupants a doublé depuis le début de l’année.

Ici, les déchets s’accumulent entre les matelas posés à même le sol. Au milieu des détritus, certaines tentes baignent dans l’urine s’échappant des pissotières et toilettes portables installées à proximité. Par endroit, l’odeur est pestilentielle.

Saudia se bouche le nez quand elle mime sa condition de vie. "Mais où puis-je aller dans mon état ?", dit-elle en se caressant le ventre, emmitouflée des pieds à la tête dans une doudoune. Saudia attend un enfant. "Enceinte", répète-t-elle en français, fière de montrer qu’elle maîtrise un mot d’une langue qui lui était encore inconnue il y a quelques mois. Comme ses voisines de tentes, elles aussi Éthiopiennes, Saudia veut rester en France. L’Angleterre ne l’intéresse pas, dit-elle.

"Pour me changer, je dois m’enfermer dans les toilettes"

"Je suis venue par la mer de Libye. Une fois en Italie, je suis arrivée en France en voiture, raconte-t-elle. Maintenant, je suis fatiguée, mais ici, je suis bien. Il y a les médecins à côté [à l’hôpital Lariboisière, situé à quelques mètres du camp]. Il y a les associations qui nous donnent de la nourriture". Et il y a quelques riverains prévenants, qui arrivent les bras chargés de fruits, inquiets surtout du sort des enfants. "Dites-leur de partager les pommes et de donner les clémentines aux plus jeunes, c’est plein de vitamines", lance une vieille dame du quartier après s’être frayée un chemin entre les matelas.

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Samira, une autre Éthiopienne qui loge dans la tente collée à celle de Saudia, s’est jetée sur une pomme avant de se joindre à la conversation. "Tu veux rester là ? rétorque-t-elle à sa voisine. "Tu serais bien la seule ! Ici, c’est devenu un bidonville !" Samira non plus n’a pas trente ans. "Je suis née le 17 juillet 1990", dit-elle en écrivant sa date de naissance dans la paume de sa main. À l’instar de Saudia, elle se plaint de l’insalubrité du campement. "Les gens se lavent les dents à côté de gens qui urinent ! C’est plus possible ! Pour me changer, je dois aller m’enfermer dans les toilettes, mais c’est très sale". Ni Samira, ni Saudia n’ont pu se doucher cette semaine.

Les matelas sont posés à même le sol dans le campement de La Chapelle. © ERIC FEFERBERG / AFP

"Totale précarité"

Partir ou rester, les occupants des lieux n'auront de toute façon pas forcément le choix. La préfecture de police de Paris a en effet prévu de démanteler ce campement sauvage dans un futur proche - pour des raisons d’hygiène surtout. L’association Médecins du Monde, dont les membres effectuent chaque semaine des maraudes aux alentours de la Chapelle, confirme l’existence de risques sanitaires. "Pour l’instant, il n’y a pas de phénomènes épidémiques mais cela ne veut pas dire que le risque n’existe pas. On pourrait voir apparaître des cas de gale prochainement", explique un responsable du service de communication de l’ONG, contacté par France 24.

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L’association Emmaüs Solidarité, mandatée par la mairie pour coordonner toutes les actions humanitaires du campement, partage cette inquiétude. "Il y a ici 300 à 400 personnes à ce jour. La situation est intenable. On tente d’améliorer leur quotidien, on distribue des brosses à dents, des couvertures, de la nourriture. Mais on est dans une totale précarité, explique Bruno Morel, le président d’Emmaüs Solidarité. Et il n’y a pas que des dangers humanitaires et sanitaires, il peut aussi y avoir des risques d’incendie. Quand vous laissez 400 personnes sans conditions minimales de sécurité, il y a toujours des risques".

Mais où reloger tous ces migrants ? À la mairie de Paris, on insiste sur la nécessité d'offrir un hébergement à tous, qu'ils soient demandeurs d'asile ou non. "Nous serons vigilants sur cette question du relogement", ajoute Bruno Morel. Les migrants, eux, semblent déjà avoir trouvé une alternative à l’expulsion prochaine : rejoindre la gare d’Austerlitz où un nouveau campement a vu le jour. Aucun, de toute façon, n’envisage de rentrer au pays. "Moi, j’aurais préféré rester au Soudan, confie Khaled, j’aime mon pays, mais c’est devenu l’enfer. Je n’y retournerai pas tant qu’il y aura la guerre. Au moins, ici, même sous une tente, je ne risque pas de mourir".

"La journée, on ne fait rien, on attend"

En attendant, les habitants du camp, en grande majorité des hommes, traînent entre les tentes. Très peu parlent le français. Toutes les 5 minutes, le métro aérien qui passe au dessus de leur tête fait trembler tout le baraquement dans un bruit assourdissant. Ici, les différentes nationalités se mélangent peu. Les Somaliens d’un côté, les Soudanais, les Érythréens, de l’autre. Tous, en revanche, partagent peu ou prou la même histoire : la fuite par la Libye, la traversée de la Méditerranée, cette route maritime meurtrière qui a vu mourir plus de 1 200 personnes pour le seul mois d'avril, l’arrivée en Italie, la montée vers la France.

Khaled, Majig, Abdulaziz et Ishag sont tous les quatre Soudanais. Ils sont arrivés ensemble à Paris. "On n’avait pas le choix. Vous savez ce qu’il se passe au Soudan. Pourquoi les gens s'étonnent-ils de nous voir arriver ?", interroge Abdulaziz. Pour eux, l’avenir en France est incertain. "La journée, on ne fait rien, on attend", soupire Khaled assis sur un coin de bitume, au soleil. Aucun d’entre eux n’accepte de se faire photographier. La simple vue d’un appareil échauffe d’ailleurs les esprits. "Vous vous croyez au zoo ?", lance un migrant en anglais de l’autre côté du campement, adossé à la rambarde métallique qui délimite le terre-plein central de l’avenue de la Chapelle.

"Ils sont nerveux", explique Guush, un Érythréen, qui "vit" de l’autre côté du camp. Ce ressortissant de la corne de l’Afrique cherche à obtenir le statut de réfugié. Il refuse de tourner en rond. Le commissariat de police du XVIIIe lui a donné une feuille de convocation l’enjoignant à fournir des documents pour régulariser sa situation. "Ils veulent des photos d’identité. Mais je n’ai pas d’argent pour les faire", se désole-t-il, inquiet de ne pouvoir remettre les documents avant la date butoir du 1er juin. "Je ne veux pas rester là. Quand [les policiers] viendront détruire le camp, il faudra que j’aie des papiers".

Première publication : 30/05/2015

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