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FRANCE

Arash Derambarsh, l’élu français qui veut éradiquer la faim dans le monde

© Joël Saget, AFP | Arash Derambarsh, le 26 janvier 2015.

Texte par Charlotte BOITIAUX

Dernière modification : 11/06/2015

Le conseiller municipal de Courbevoie Arash Derambarsh, est devenu en quelques mois "la" figure internationale de l’anti-gaspillage alimentaire. Retour sur le parcours de ce militant populaire et ambitieux, reçu jeudi à l’Élysée.

Arash Derambarsh fait partie de ces hommes politiques que l’on devine tout de suite ambitieux, persévérant - voire impatient - mais indéniablement courageux. Du haut de ses 35 ans, ce conseiller municipal divers droite de Courbevoie, dans les Hauts-de-Seine, peut se vanter d’avoir défié le puissant lobby agroalimentaire français et d’avoir réussi à le faire plier.

Comment ? En partant en croisade contre le gaspillage alimentaire. Le 21 mai dernier, l’Assemblée nationale a voté - à une rare unanimité - l’interdiction pour les grandes surfaces de jeter leurs invendus ou de les rendre impropres à la consommation, notamment en les aspergeant d’eau de Javel. Désormais, les supermarchés devront s'efforcer de nouer des partenariats avec des associations. Une première en France que l’on doit en grande partie au combat de ce pourfendeur du gâchis, dont l’engagement a été relayé par de prestigieux médias comme "Le Monde" ou encore le "Guardian", en Angleterre.

Pour couronner cette victoire législative, l’élu de Courbevoie est invité jeudi 11 juin à l’Élysée. Arash Derambarsh sera reçu par Patrice Biancone, le conseiller du président chargé des relations avec les ONG. Une fierté pour l’élu qui devrait demander l’aide de Paris pour mener son combat à l’échelle européenne. "Nous sommes le premier pays au monde à obliger les supermarchés à redistribuer les invendus. C’est incroyable ! Il faut que ça continue", s’enthousiasme-t-il auprès de France 24.

Un système aberrant

Cet emballement pour la cause, Arash Derambarsh explique l’avoir chevillé au corps depuis longtemps. Né en France de parents iraniens ayant fui leur pays après la révolution islamique, le jeune élu raconte qu’étudiant il n’avait pas beaucoup de ressources. "Je gagnais environ 800 euros par mois. Mon loyer était de 400 euros. Il ne me restait que 400 euros pour le reste, les factures et la nourriture. C’était peu." En grandissant et en s’engageant dans la voie de la "res publica", le jeune homme se fait alors une promesse, celle d’éradiquer la faim. Un projet pharaonique, un peu fou, qu’il n’a pourtant jamais abandonné. "Beaucoup d’hommes politiques sont déconnectés de la réalité. Je ne veux pas être comme eux, explique-t-il, il faut se battre, et pour se battre, il faut aller sur le terrain."

"Contourner la chaîne du froid" (Vidéo AFP)

Il expérimente donc le milieu humanitaire en créant son association "Courbevoie 3.0". Il fait du porte-à-porte dans sa ville auprès de Monoprix, Franprix, pour récupérer la marchandise invendue, mais se heurte à chaque fois à une fin de non-recevoir.

Seul Carrefour Market conclut un marché avec lui. Nous sommes en janvier 2015. Trois fois par semaine, les bénévoles pourront venir récupérer les invendus à 21h30 et les redistribuer le soir même. "Ce que nous faisions était honorable mais illégal. C’est là que j’ai réalisé que le système était complètement aberrant. Chaque jour, chaque supermarché gâche plus de 40 kg de nourriture. Dans le même temps, la classe moyenne a de plus en plus de problèmes économiques !", explique-t-il. "C’était absurde, nous ne pouvions pas rester les bras croisés. Il nous fallait une loi".

Une cause noble, un communicant hors pair

Arash Derambarsh s’engage donc dans la deuxième phase de son combat : l’action médiatique. En janvier de la même année, il lance avec le réalisateur français Matthieu Kassovitz, son ami, une pétition sur le site change.org qui recueille en moins de 16 semaines plus de 200 000 signatures. "Un record qui nous a aidés à porter le projet aux portes de l’Assemblée". Pendant ces quatre mois de pétition, les soutiens affluent. De nombreuses personnalités telles que Johnny Hallyday, Bruno Gaccio, Omar Sy, Youri Djorkaeff ou encore Antoine et Emma de Caunes frappent à sa porte.

Sa notoriété grandit aussi vite que son programme contre le gaspillage alimentaire s’affine. Sa communication se perfectionne. Ses interventions sont travaillées, ses réponses fusent, scolaires, claires, précises. Comment les grandes surfaces vont-elles se plier à la loi ? Rien de plus simple, affirme-t-il. "Tout fonctionnera grâce à deux canaux de distribution". Il y aura les associations agréées (Restos du cœur, Croix-Rouge…) qui pourront récupérer une partie de la marchandise en respectant la chaîne du froid. Et il y aura les autres associations qui répartiront, de leur côté, les invendus le soir même. Pour faciliter cette deuxième option, Arash Derambarsh souhaite instaurer un droit opposable qui permettrait à tout citoyen de créer une association pour ensuite s’adresser au supermarché de son choix et récupérer la nourriture.

Certaines associations alimentaires, pourtant, ne partagent pas ses méthodes. Elles redoutent notamment les complications logistiques de la nouvelle loi : qui s'occuperait du tri ? Qui s'occuperait des déchets liés à ce tri ? Par ailleurs, d'autres observateurs voient avant tout dans son engagement un formidable coup de pub médiatique. Mais l’élu ne veut pas passer pour un Rastignac cachant ses ambitions politiques derrière une cause louable. "Je ne me présenterai à aucune élection avant 2020 pour prouver la sincérité de mon combat", explique-t-il. 2020, l’année des prochaines municipales, répondent ses détracteurs…

Elargir le combat à l’Europe et à l’Afrique

Pour contrer ces médisances, le conseiller municipal a fait de sa cause un sacerdoce. "Je ne veux plus que la faim soit un problème. C’est peut-être naïf pour certains pourtant mon combat ne l’est pas. Les lobbys me traitent de farfelu. Je me fous de ce qu’ils pensent, moi, en quatre mois, j’ai obtenu une loi", lâche-t-il. Les "lobbys" en question l’accusent surtout de s’être trompé de cible. "La loi se trompe […] de sujet en visant la grande distribution, qui ne représente que 5 % du gaspillage alimentaire", a regretté la Fédération française de la grande distribution.

Qu’importe, c’est un premier pas, rétorque l’élu de la République. Dopé par son succès, Arash Derambarsh souhaite maintenant élargir son combat à l’Europe, et même à l’Afrique. "J’aimerais lancer une nouvelle pétition dans toute l’Union européenne, où 100 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté", explique-t-il. "Et après, oui, pourquoi pas l’Afrique ? Avec mon programme, un tiers de la faim dans le monde pourrait être éradiquée". Une utopie ? "Je n’espère pas… Tout ce que j’aimerais dire aux dirigeants européens aujourd’hui, c’est que s’il y a bien un seul projet pour lequel ils devraient se battre, un seul projet à faire passer dans leur vie, c’est celui-ci."

Première publication : 11/06/2015

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