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Les Kurdes : une nation, quatre pays, une myriade de partis

© Adem Altan, AFP | Célébration de Newroz, le nouvel an kurde, le 22 mars 2015 à Ankara. Cette fête est célébrée dans la majorité des lieux de la diaspora kurde à travers le monde.

Texte par Sarah LEDUC

Dernière modification : 30/07/2015

Dans le cadre d'un effort de "lutte contre les groupes terroristes", Ankara a ordonné des frappes contre le PKK. Faut-il pour autant considérer que la Turquie est en guerre contre les Kurdes, peuple qui regroupe différentes tendances ?

Depuis l’offensive de l’organisation de l'État islamique (EI) dans le nord de la Syrie, la question kurde est plus que jamais revenue sur le devant de la scène géopolitique moyen-orientale. Les Kurdes sont entrés en guerre à l’automne 2014 avec la bataille de Kobané, petite ville du nord de la Syrie, à la frontière turque, devenue le symbole d’une résistance acharnée qui a galvanisé les Kurdes de Turquie, mais aussi ceux d’Irak, de Syrie et de la diaspora.

>> À lire sur France 24 : "Siège de Kobané : le volcan kurde se réveille en Turquie"

Après quatre mois de combats, les miliciens du YPG - branche armée des Kurdes de Syrie - aidés par les peshmerga, les combattants kurdes irakiens, par le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et par une campagne de bombardement intensive de la coalition, ont libéré Kobané, remportant une victoire d’une grande importance symbolique : c’était la première fois que les Kurdes des trois pays - Turquie, Syrie, Irak - combattaient ensemble.

Face à cet engagement, la Turquie a choisi la prudence en aidant discrètement la coalition contre l’EI. Mais il aura fallu attendre un attentat suicide de l’EI à Suruç pour qu’Ankara entre de plain-pied dans le conflit syrien et bombarde, le 24 juillet, des positions de l’organisation de l’EI en Syrie. Simultanément, le gouvernement turc a ordonné les frappes contre les rebelles du PKK.

>> Pourquoi la ville de Kobané est stratégique pour les Kurdes et l'EI

Faut-il pour autant considérer que la Turquie est en guerre contre "les Kurdes", ce peuple qui regroupe différentes tendances ? Qui sont ces "Kurdes" que l’on désigne sous une commune nomenclature et qui pourtant n’ont jamais vécu sous un pouvoir centralisé ? "Certainement pas un groupe unifié et homogène. Concevoir les Kurdes comme une seule entité c’est méconnaître l’histoire et la politique régionale, prévient d’emblée Wassim Nasr, journaliste à France 24 et spécialiste des mouvements jihadistes.

Qui sont les Kurdes ?

Les historiens s'accordent généralement pour les considérer comme un peuple appartenant au rameau iranien de la grande famille des peuples indo-européens.

Dispersés sur plus de 500 000 kilomètres carrés et principalement éclatés entre quatre pays, les Kurdes constituent aujourd’hui la plus grande nation sans État. Ils sont répartis entre l'est de la Turquie, le nord-ouest de l'Iran, le nord de l'Irak et l'est de la Syrie. On trouve également une diaspora importante dans les pays de l’ex-URSS, en Europe, aux États-Unis et au Canada.


Combien sont-ils ?

Il n’y a jamais eu de recensement ethnique par État et les estimations varient de 20 à 40 millions de Kurdes, dispersés à travers le monde. Les chiffres les plus plausibles donnent 15 millions de Kurdes en Turquie, sept à huit millions en Iran et un à deux millions en Syrie. En Irak, le Gouvernement régional du Kurdistan (GRK) avance le chiffre de 5,3 millions d'habitants, mais Bagdad n’en compte que 4,3 millions.

Au-delà de ces quatre foyers principaux, il existe une forte diaspora en Europe, formée à 80 % de Kurdes de Turquie. Selon l’Institut Kurde de Paris : il y aurait entre 1,5 et 1,7 million de Kurdes en Europe occidentale (dont environ 800 000 en Allemagne). Ils seraient environ 50 000 aux États-Unis et plus de 25 000 au Canada.

Quelle est leur religion?

"Chez les Kurdes, le ciment de l'identité n'est pas la religion mais la langue et la culture", a souligné dans "Le Monde" Kendal Nezan, directeur de l'Institut kurde de Paris. Selon les sources, entre 70 % et 90 % des Kurdes sont musulmans sunnites. Mais il existe également des Kurdes chiites, notamment dans le sud de l’Iran et en Irak, où quelques milliers d’entre eux (20 000 tout au plus) sont revenus après la chute de Saddam Hussein qui les avait exilés de force ou massacrés. En Turquie, on compte également des Kurdes alevis, branche du chiisme en Turquie.

>> Reportage à (re)voir sur France 24 :"Lalish, capitale spirituelle et dernier refuge des Yazidis d'Irak"

Parmi la minorité de Kurdes non-musulmans, on trouve des Yazidis (religion dérivée du zoroastrisme) principalement au Kurdistan irakien. Mais également des chrétiens, divisés entre catholiques, assyriens, chaldéens et syriaques. Au Kurdistan d'Irak, les chrétiens sont estimés à quelque 150 000. Enfin, il existerait environ 25 000 kurdes juifs, tous émigrés en Israël et aux États-Unis dans les années 1950.

Le Kurdistan existe-t-il ?

Bien que souvent évoqué, le Kurdistan – littéralement "pays des Kurdes" – désignant un État unifié aux frontières internationalement reconnues n'existe pas. Le mot est même interdit en Turquie.

Le seul territoire kurde reconnu est le Kurdistan irakien qui dispose, depuis la chute de Saddam Hussein en 2003, d’un statut fédéral. Le Gouvernement régional du Kurdistan (GRK), présidé par Massoud Barzani, dispose d'une armée composée de peshmerga, forte de 190 000 hommes.

>> À voir sur France 24, l'interview exclusive de Massoud Barzani : "L’EI est la plus brutale des organisations"

Le Kurdistan irakien représente un modèle d’autonomie régionale pour les Kurdes de Syrie, dont le principal parti, le PYD, affilié au PKK turc, espère pouvoir instaurer la région autonome du "Rojava", qui regrouperait les cantons d’Afrin, de Kobané et de Qamishli.

Quels sont les principaux partis ?

Très indépendantistes, les Kurdes, ancien peuple nomade des montagnes, n’ont jamais vécu sous un pouvoir centralisé kurde. "Les Kurdes n'ont pas le culte du grand dictateur, ils seraient plutôt du genre gascon. Chaque Kurde est le roi de sa montagne. Alors ils se chamaillent, les rivalités sont fréquentes et faciles", expliquait à "Slate" Sandrine Alexie de l'Institut kurde de Paris.

Il existe donc une myriade de partis politiques kurdes répartis dans les quatre pays. La Syrie en compte déjà 17 dont le principal est le PYD, allié au PKK, en conflit avec Ankara depuis 1984. Formé en Turquie en 1978 par Abdullah Öcalan, le PKK est une organisation communiste listée comme organisation terroriste par les États-Unis et l'Union européenne. S’il s’était engagé au départ dans la lutte armée pour obtenir la création d’un État kurde indépendant, ses revendications se sont aujourd’hui muées en demandes autonomistes. Il possède une branche dans chaque pays : en Syrie (PYD), en Iran (PJAK) et un petit parti en Irak (PÇKD). Le PKK reste l’ennemi numéro un d’Ankara, malgré un cessez-le-feu contracté depuis mars 2013.

>> À lire sur France 24 : "La Turquie veut-elle la paix avec les Kurdes ?"

En Irak, les deux principales formations kurdes sont le Parti démocratique du Kurdistan (PDK), dirigé par Massoud Barzani et dont le siège se situe à Erbil ; et l'Union patriotique du Kurdistan (UPK), fondée par Jalal Talabani, le président de l'Irak de 2005 à 2014, située à Soulemanieh. Le PDK de Barzani entretient de bonnes relations avec le président de la Turquie, Recep Tayyip Erdogan. L'UPK de Talabani est, quant à lui, proche de l'Iran.

La Turquie est-elle en guerre contre les Kurdes? 

La Turquie n’est pas en guerre contre les Kurdes mais contre les Kurdes du PKK, qui reste l’ennemi numéro un d’Ankara.

>> Turquie : "Les Kurdes risquent de se retourner contre nous"

"Le combat de la Turquie est en avant tout contre le PKK, sachant qu’Erdogan a de très bonnes relations avec les Kurdes du Kurdistan irakien, qui a accepté que la Turquie frappe les positions du PKK en Irak. Erbil [capitale du Kurdistan irakien, NDLR] collabore avec Ankara et l’Iran depuis le début des années 2000 contre cette faction communiste de la rébellion kurde", explique Wassim Nasr.

Le combat contre le terrorisme est-il commun à tous les Kurdes ?

Si le YPG syrien et le PKK turc ont été en première ligne dans la lutte contre l’EI en Irak et en Syrie, Wassim Nasr rappelle que des "jihadistes kurdes sont actifs depuis le début des années 2000 en Irak et qu’ils sont aujourd’hui présents dans les rangs de l’État islamique".

>> À lire sur France 24 : "Les Kurdes sont-ils les bienvenus dans l’EI ?"

Ces jihadistes sont en majorité originaires des régions kurdes de Turquie, d’Irak (Halabja), ou d’Iran. Les Kurdes syriens, qui sont très minoritaires, sont originaires des villes d'Amouda et de Kahtania, à la frontière turque. Selon un Kurde de Syrie proche des instances gouvernantes de l'EI contacté par France 24, les Kurdes syriens restent en revanche peu nombreux dans les rangs de la mouvance jihadiste, mais non moins mis en avant par l’EI.

Au moment du siège de Kobané, l’EI a communiqué sur son commandant militaire qui était un Kurde d’Halabja ; comme il l’a fait avec d’autres jihadistes kurdes lors des combats dans la région de Kirkouk, dans le nord de l’Irak, en janvier 2015. "Le but est dire que son combat n’est pas contre les Kurdes comme ethnie, mais contre les démocrates et laïques parmi eux", poursuit Wassim Nasr.

Première publication : 27/07/2015

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