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Un an après les émeutes de Ferguson, portrait glaçant du "flic" qui a tué Michael Brown

© AFP / St. Louis County Prosecutor's Office | Darren Wilson, le "flic" de Ferguson.

Texte par Valentin GRAFF

Dernière modification : 10/08/2015

Un an après la mort de Michael Brown, qui a embrasé Ferguson, le magazine "The New Yorker" publie un portrait de Darren Wilson, "le flic" qui a tiré sur le jeune Noir, toujours sûr de son bon droit.

Il y a un an, Michael Brown Jr. tombait face contre terre à Ferguson, Missouri. Darren Wilson, un policier blanc, venait de lui loger six balles dans le corps. Ce fut le point de départ d’émeutes sans précédent dans cette petite ville d’une vingtaine de milliers d’habitants majoritairement Noirs, en banlieue de Saint-Louis. Pour le macabre anniversaire, le magazine américain "The New Yorker" publie dans son édition du 10 août le portrait monumental du tireur, sobrement intitulé "Le flic" ("The cop").

Le journaliste, Jake Halpern, a rencontré Darren Wilson en mars 2015 et a passé plusieurs jours chez lui au cours desquels il a pu échanger avec Barb, son épouse et ancienne collègue au commissariat. Il en a tiré un récit-fleuve où sont minutieusement décrites les vies des protagonistes ainsi que les événements qui ont conduit à la tragédie.

Darren Wilson, jeune "flic" mal préparé pour le terrain

Élevé par sa mère, cleptomane, bipolaire et célibataire, Darren Wilson n’a pas eu une enfance facile. Lorsqu’elle décède brutalement en 2002, le jeune homme finit péniblement sa scolarité avant de commencer à travailler sur des chantiers. En 2007, la crise des subprimes vient assécher le marcher immobilier. Darren, 22 ans, postule alors à l’école de police.

Persuadé que travailler dans des quartiers difficiles lui permettrait de gravir rapidement les échelons, l’officier Wilson obtient son premier poste dans la ville de Jennings. Là, 90 % de la population est noire, un quart des habitants vivent sous le seuil de pauvreté. Face à eux, il raconte s’être senti intimidé et mal préparé.

Au "New Yorker", Darren Wilson confie qu’il s’est alors tourné vers un collègue plus expérimenté qui lui a appris, pendant des mois, comment aborder ces gens qu’il croisait au quotidien. Mais au long du récit, le journaliste laisse entendre que le jeune policier n’a peut-être pas si bien intégré ces qualités d’écoute qu’il avait trouvées auprès de son mentor. Un jour, face à un homme qui le filme, il lance avec nonchalance : "Si tu prends une autre photo de moi, je vais te foutre en taule".

Le 9 août 2014, Darren Wilson est en train de déjeuner lorsqu’on signale un vol sur sa radio. Sa présence n’est pas requise mais lorsqu’il reprend sa patrouille, il tombe sur Michael Brown, accompagné d’un ami. La description colle, il gare donc sa voiture devant eux, de façon à leur barrer la route. Selon des témoins que le ministère américain de la Justice a jugé crédibles et donc cités dans le rapport de 86 pages concernant l’incident, Michael Brown frappe alors le policier par la fenêtre ouverte. Ce dernier explique qu’il ouvre alors l'étui de son arme de service et que le jeune homme semble tenter de s’en saisir.

À cet instant, le policier tire dans la main de celui qu’il décrit comme un assaillant. Ensuite, tout va très vite. Après une brève course poursuite, les deux hommes se retrouvent face à face. L’agent demande à ce que le jeune homme s’allonge, les mains en évidence. Celui-ci s’avance. Menaçant, selon Darren Wilson, les mains levées en signe de reddition, selon des témoins que le rapport ministériel n'a cette fois pas jugés assez crédibles. Alors que Michael Brown semble tendre la main vers l’intérieur de sa veste, le policier craint qu’il n’en sorte une arme et commence à tirer. Sur dix coups, six touchent leur cible.

Bourreau pour les uns, héros pour les autres

Le corps sans vie du jeune homme reste quatre heures dans la rue, aux yeux de tous. C’est ce qui transforme la colère en fureur. Les jours qui suivent, Ferguson s’embrase. Darren Wilson, lui, rentre chez lui et lâche à sa femme, hagard : "J’ai tué quelqu’un". Ils décident de quitter leur maison quelques jours plus tard, de peur que leur adresse ne soit révélée et qu’ils soient pris pour cible.

Côté judiciaire, Darren Wilson s’en sort bien. Un jury populaire décide en novembre 2014 de ne pas l’inculper, ce qui déclenche une nouvelle vague de violences à Ferguson. Dans la foulée, le policier décide tout de même de démissionner en raison de problèmes de sécurité, tout en affirmant avoir "la conscience tranquille".

Le ministère de la Justice annonce en mars 2015 qu’il ne retiendra pas de charges pour violation des droits civiques contre l’ex-policier. Selon le rapport rendu public, "n'ayant pas agi avec une intention criminelle, il ne peut être prouvé au-delà du doute raisonnable qu'il [Wilson] a enfreint" la loi sur les droits civiques.

Des mois plus tard, alors qu'il s’entretient avec le journaliste du "New Yorker", Darren Wilson explique qu’il ne s’est jamais vraiment demandé qui était Michael Brown. "Je ne l’ai connu que pendant 45 secondes, pendant lesquelles il a essayé de me tuer, donc je ne sais pas. [...] Est-ce que je pense à qui il était en tant que personne ? Pas vraiment, parce qu'à ce stade, cela n'a pas d'importance. Est-ce que je pense qu'il a eu la meilleure éducation. Non. Pas du tout."

C’est cette apparente indifférence qui l’a rendu coupable aux yeux d’une large frange de l’opinion. Pourtant, Darren Wilson reste persuadé qu’il a pris les bonnes décisions ce 9 août 2014 et ils sont encore nombreux à le penser. Le demi-million de dollars de dons qu’il a reçu - et qui lui a permis de devenir propriétaire - et les milliers de courriers de soutien ne risquent pas de le faire changer d’avis.

Première publication : 10/08/2015

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