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Moyen-Orient

"Par sa politique, Nouri al-Maliki a contribué à favoriser la montée de l’EI en Irak"

© Brendan Smialowski, AFP | L'ancien Premier ministre irakien Nouri al-Maliki.

Texte par Amara MAKHOUL-YATIM

Dernière modification : 17/08/2015

Plus d'un an après la chute de Mossoul aux mains de l'EI, des députés irakiens ont demandé, dimanche, le renvoi devant la justice de l'ex-Premier ministre Nouri al-Maliki, accusé d'avoir contribué à la débâcle. Éclairage.

Nouri al-Maliki pourrait être poursuivi par la justice. Une commission parlementaire irakienne a en effet demandé, dimanche 16 août, le renvoi devant la justice d'une trentaine de responsables politiques et militaires pour leur rôle dans la chute de Mossoul, la grande ville du Nord conquise en juin 2014 par les jihadistes de l'organisation de l’État islamique (EI). Parmi eux, l’ancien Premier ministre Maliki.

Aucune enquête officielle n'a expliqué à ce jour pourquoi Mossoul, la deuxième plus grande ville d'Irak, avait été perdue, ni qui avait donné l'ordre aux soldats irakiens d'abandonner le combat. La prise de Mossoul en juin 2014 a été un tournant dans l'émergence de l'EI, qui contrôle aujourd’hui près d'un tiers du territoire de l'Irak. Le rapport des parlementaires conclut que Nouri al-Maliki avait une vision inexacte de la menace pesant sur Mossoul car il s'était entouré de généraux corrompus qui n'assumaient pas leurs responsabilités. De son côté, l’ancien Premier ministre de confession chiite, accusé d'avoir attisé les tensions sectaires en Irak et poussé hors du gouvernement l'été dernier, affirme que des pays tiers ont comploté avec des commandants et des adversaires politiques pour que la ville tombe.

Ce rapport survient alors que l'actuel chef du gouvernement, Haïdar al-Abadi, qui a succédé à Nouri al-Maliki, vient de lancer une vaste campagne de réformes politiques et administratives, principalement dans le but de lutter contre la corruption. Contactée par France 24, Myriam Benraad, chercheuse associée au Ceri-Sciences Po et à l’Institut de recherches et d’études sur le monde arabo-musulman (Iremam), apporte des éléments d’explication sur la responsabilité de Maliki dans la chute de Mossoul et sur les conséquences du rapport.

France 24 : Le rapport pointe du doigt la responsabilité de Nouri al-Maliki dans la chute de Mossoul. Peut-on dire qu’il a sciemment abandonné la ville aux mains de l’EI ? Et pourquoi ?

Myriam Benraad : Quand Nouri al-Maliki a demandé aux soldats de se retirer de Mossoul, ce n’était pas par crainte pour leurs vies. Il avait déjà agi de la sorte lors de la bataille de Ramadi aux débuts de l’avancée de l’EI en Irak en mai 2014. Il a agi sciemment. De manière très cynique, il a laissé l’EI s’emparer de Mossoul. Il espérait acquérir plus de légitimité par la suite grâce à la lutte contre le terrorisme. Mais il a été dépassé.

Le rapport pointe la corruption des généraux qui entouraient Maliki. Qu’en pensez-vous ?

Maliki était parfaitement conscient que l’armée ne fonctionnait pas puisqu’il en avait fait un instrument à son service. Les Américains avaient dissout l’armée en 2003, mais Maliki n’a pas contribué à la reconstruire. Gangrénée par la corruption, elle est en pleine déliquescence. À Mossoul, l’armée était comme une force d’occupation qui rackettait la population. De telles conditions constituent un terreau favorable pour les jihadistes. Par ces agissements (népotisme, dérive autoritaire, corruption...), Maliki a fait le jeu de ces derniers. Par sa politique, il a contribué à favoriser la montée de l’EI. Car il est apparu que la vraie puissance de l’EI, c’est l’impuissance de l’État irakien face à lui.

On sait que Maliki est notamment accusé par ses détracteurs d’avoir attisé les tensions sectaires, d’avoir mis les sunnites à l’écart. Pour quelles raisons avait-il besoin de recourir à de telles extrémités pour se légitimer aux yeux de la population ?

Au moment de la prise de Mossoul, Maliki était dans une logique de répression des sunnites, dont la contestation qui était pacifique s’est radicalisée à cause de la répression. Par la suite, elle a été infiltrée par les jihadsites de l’EI. Il refusait de répondre à une demande démocratique de réformes. L’offensive des jihadistes – à qui s’étaient alliés des insurgés sunnites - servait ses intérêts car elle lui permettait de discréditer les sunnites et de se présenter comme le sauveur de l’Irak.

En outre, il ne faut pas oublier que Maliki n’était pas contesté uniquement par les sunnites, mais aussi par les chiites : c’est d’ailleurs dans sa propre communauté qu’il avait ses plus féroces adversaires. Ils le tiennent pour responsable de l’absence de réforme et de reconstruction du pays. Lutter contre le terrorisme était une façon pour lui de redorer son blason.

Quel intérêt a l’administration Abadi d’approuver les poursuites judicaires contre Maliki et les autres responsables cités dans le rapport ?

Ce rapport entre dans le cadre de la quête de légitimité d’Abadi, au sein de son camp et plus largement en Irak. On assiste actuellement à un reflexe citoyen en Irak, de personnes qui s’insurgent contre l’instrumentalisation du confessionnalisme, mais aussi contre la corruption. Le pays a de grandes ressources et continue à produire des hydrocarbures, mais dans de nombreuses régions, la population vit dans la précarité. Dans les manifestations de ces dernières semaines, on peut voir le ras-le-bol de la population et Abadi, avec le soutien des dignitaires religieux irakiens, cherche à répondre à ces demandes en lançant des réformes et surtout à lutter contre la corruption. Mais la tâche n’est pas aisée, car il ne s’agit pas uniquement de Maliki et d’une ou deux personnes : il s’attaque à un véritable système en place depuis 13 ans.

Première publication : 17/08/2015

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