Rendez-vous

Rejouer


LES DERNIÈRES ÉMISSIONS

LE JOURNAL DE L’AFRIQUE

kenya : Kenyatta et Odinga appellent au calme a 6 jours du scrutin

En savoir plus

UN ŒIL SUR LES MÉDIAS

"Où est Santiago Maldonado ?"

En savoir plus

UNE SEMAINE DANS LE MONDE

Chine : Xi Jinping, nouveau Mao ?

En savoir plus

UNE SEMAINE DANS LE MONDE

Harcèlement sexuel, la parole se libère sur la toile.

En savoir plus

L'ENTRETIEN

Bafel Talabani : le référendum au Kurdistan était une "erreur colossale"

En savoir plus

TECH 24

Holo-Math : ils vont vous faire aimer les mathématiques

En savoir plus

LA SEMAINE DE L'ECO

"Flat tax" : révolution fiscale ou cadeau au riches ?

En savoir plus

LA SEMAINE DE L'ECO

Macronisme : la théorie des "premiers de cordée"

En savoir plus

FOCUS

Au Japon, l'impact social mitigé des "Abenomics"

En savoir plus

Amériques

"J’ai reçu un texto : 'Ça y est, on part'... puis plus rien" : le récit de la tante d’Aylan Kurdi

© Radio-Canada Vancouver

Texte par Anne-Diandra LOUARN , correspondante à Vancouver

Dernière modification : 04/09/2015

France 24 s'est rendu jeudi au domicile de la tante d'Aylan, dans la banlieue de Vancouver, au Canada. Fatima Kurdi a livré le récit de la mort de son neveu, le petit naufragé syrien dont la photo a fait le tour du monde.

"Ça n’aurait pas dû leur arriver, pas à eux". Fatima, dite "Tima" peine encore à réaliser le séisme familial qu’elle traverse. "Eux", ce sont ces deux petits neveux, Ghaleb, 4 ans et Aylan, 3 ans ainsi que sa belle sœur Rihanna. Trois proches, trois innocents "qui ne méritaient pas de mourir, tout ce qu’ils voulaient c’était une vie meilleure." C’est aussi ce qu’étaient partis chercher les 12 migrants morts lors de ce naufrage.

Originaire de Kobané au nord de la Syrie, la famille Kurdi tentait de fuir la Turquie pour rejoindre l’île de Kos en Grèce. En montant dans leur embarcation de fortune, les deux enfants d’Abdallah et Rihanna étaient - raconte Tima - ravis et excités à l’idée d’aller s’installer en Europe. "Il y a beaucoup de jouets en Europe, non ?", a demandé Ghaleb. Le garçonnet rêvait d’un vélo et l’avait même confié à sa tante par téléphone il y a tout juste deux semaines.

>> À lire sur France 24 : "La photo qui émeut l'Europe"

Tima Kurdi entretient une relation très proche avec Abdallah qui la tenait constamment informée de leur progression vers l’Europe. "Il y a deux ou trois jours, j’ai reçu un texto de mon frère à 3 heures du matin, heure de Turquie. Il me disait 'Ça y est, on part'. J’ai immédiatement passé le message à mes parents en Syrie pour qu’ils lui envoient leurs prières. Puis plus rien."

Un grand silence

Elle ne reçoit aucune nouvelle pendant de longues heures alors que la traversée ne devait durer que 30 minutes. C’est là qu’elle découvre, horrifiée, la photo désormais tristement célèbre d’un petit garçon ressemblant à s’y méprendre à son neveu. Inimaginable. Pourtant, son frère lui annonce la nouvelle peu de temps après, par téléphone.

"La mer était agitée, l’homme qui s’occupait du bateau a lâché les commandes. Les gens à bord ont paniqué, ils ont commencé à se lever et certains ont sauté à l’eau", explique Tima Kurdi, reprenant les propos de son frère. Celui-ci aurait alors tenté de prendre le contrôle du bateau qui a fini par chavirer, en pleine nuit.

Le temps de retrouver ses deux fils dans l’eau, il était déjà trop tard. "Lorsque deux petits étaient dans ses bras, il a essayé de les retenir de toutes ses forces, il a fait ce qu’il a pu. Il a d’abord vu que le plus grand, Ghaled, était mort, il a donc lâché son corps pour s’occuper d’Aylan. Mais il était aussi mort, il avait du sang qui coulait des yeux. Il les lui a fermés et a laissé partir son corps", raconte Tima Kurdi dans un torrent de larmes.

Abdallah Kurdi a alors cherché son épouse Rihanna mais il n’est pas non plus arrivé à temps pour la sauver de la noyade. "Il m’a dit : 'Elle était là, méconnaissable, elle flottait, remplie d’eau… comme un ballon'." C’est la dernière image qu’Abdallah aura de son épouse. Rihanna Kurdi ne savait pas nager.

Demande d'exil en cours

"J’ai dit à mon frère que j’étais désolée, désolée, car je n’aurais jamais dû lui envoyer de l’argent pour l’aider, reprend Tima. Il m’a répondu que ce n’était pas de ma faute."
Tima Kurdi essaie depuis plusieurs mois de faire venir sa famille au Canada où elle réside depuis 1992. Aujourd’hui Canadienne, elle explique avoir dû faire un choix pour parrainer l’un de ses deux frères en premier : "Financièrement, je ne pouvais que sponsoriser l’un après l’autre. J’ai choisi d’abord mon grand frère Mohammed, car il a quatre enfants, dont un nouveau-né. Et ses enfants ne sont pas allés à l’école depuis plusieurs années." Le tour d’Abdallah et sa famille devait ensuite arriver.

Démarches administratives entamées, Tima Kurdi avait même écrit une lettre qu’un député local, Fin Donnelly, a transmise en mars dernier au ministre canadien de l'Immigration, Chris Alexander. Dans cette missive, Fatima Kurdi demande "s'il y a une façon pour qu'il puisse aider sa famille à venir au Canada". Le ministre Chris Alexander a accusé réception de la lettre qu’il a ensuite transmise aux fonctionnaires chargés des réfugiés.

Le grand frère, Mohammed Kurdi, a déposé une demande d'asile qui a été rejetée en juin par le ministère de l’Immigration canadien car lui et sa famille n'avaient pu obtenir le statut de réfugié des Nations unies.

"Ce n’est pas au gouvernement canadien que j’en veux, c’est au monde entier", réagit Tima Kurdi. Elle espère désormais que le drame de sa famille fera prendre conscience  que "la guerre (en Syrie) doit cesser." C’est, pour elle, l’unique solution à la crise des migrants.

Depuis janvier, selon l’Organisation internationale pour les migrations, 2 600 personnes sont mortes en mer en tentant de rallier l’Europe et plus de 300 000 personnes ont déjà traversé la Méditerranée, le flux migratoire le plus important depuis la Seconde Guerre mondiale.

Première publication : 04/09/2015

  • CRISE MIGRATOIRE

    Le père de l'enfant noyé, Aylan Kurdi, raconte le tragique périple de sa famille

    En savoir plus

  • CRISE MIGRATOIRE

    Crise migratoire : “Cette photo de l'enfant mort a tout pour devenir iconique”

    En savoir plus

  • CRISE MIGRATOIRE

    L'image du corps d'un enfant de trois ans, échoué sur une plage turque, émeut l'Europe

    En savoir plus

COMMENTAIRE(S)