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Moyen-Orient

Syrie : pourquoi Moscou se moque du monde mais marque des points

© Yuri Kochetkov, AFP | Le président russe Vladimir Poutine au Kremlin, le 1er octobre 2015.

Texte par Sylvain ATTAL

Dernière modification : 01/10/2015

Les protestations de Moscou ne doivent duper personne. Les Russes n'ont pas les mêmes adversaires que les Occidentaux en Syrie. Au final, c'est bien Bachar al-Assad qui pourrait en sortir renforcé.

Il est difficile d'affirmer avec certitude que les premières frappes aériennes russes en Syrie, mercredi 30 septembre, ne visaient pas l’organisation de l'État Islamique (EI). Dans leurs premières déclarations, les responsables de la diplomatie et de la Défense français et américains, Laurent Fabius, Jean-Yves Le Drian, Ashton Carter ou John Kerry, ont d’ailleurs observé quelques précautions dans l’expression pour dire que l’EI n’était "probablement" pas visée. Ce qui a immédiatement provoqué un démenti agacé de Moscou.

Impossible de tenir une cartographie précise des forces en présence dans le chaos syrien, mais il est clair, néanmoins, que littéralement la Russie se moque du monde.

En effet, si le réel objectif de l’aviation russe était les camps d’entraînement de l’EI, il lui était facile de choisir des cibles dans l’est de la Syrie, presque complètement sous le contrôle des jihadistes. Or, la Russie a choisi, à dessein, de frapper autour des villes de Hama et de Homs, reprises par les forces du président Bachar al-Assad - au prix de massacres de la population civile -, dans une zone où s'affrontent essentiellement l'armée régulière et des groupes rebelles jihadistes différents de l'EI, notamment le Front Al-Nosra, affilié à Al-Qaïda.

Ces groupes ont pour principale différence avec l’EI qu’ils souhaitent toujours abattre le régime de Damas. Ils ont du reste donné du fil à retordre à l’armée syrienne lors des dernières semaines. À tort ou à raison, ils sont considérés par les Occidentaux comme pouvant - contrairement à l'EI - un jour faire partie d’une négociation politique sur l’avenir du pays. Pour toutes ces raisons, ils sont les adversaires militaires et politiques les plus redoutables d’Assad, qui vient donc d’appeler à l’aide les Russes pour l’aider à se maintenir au pouvoir. Et Moscou n’a jamais dissimulé que derrière ses appels à "combattre le terrorisme", son objectif réel était bien de renforcer le régime syrien, qu’il considère être le seul rempart face aux dits terroristes.

>> À voir sur France 24 : "Guerre en Syrie : qui la Russie bombarde-t-elle ?"

C’est d’ailleurs là que réside la faiblesse principale de la position occidentale. Les combattants regroupés sous l’appellation Armée Syrienne Libre, non jihadistes ou un tant soit peu démocrates, ont été quasiment balayés. Face à Assad, le choix n'est plus qu'entre la peste et le choléra. Peut-on affirmer que la Syrie se porterait mieux si elle était aux mains des séides d’Al-Qaïda ? Peut-on assurer qu’ils ne se livreraient pas à des vengeances contre les chiites ou les alliés du régime ? Bien sûr que non.

Mais il est certain qu’à court terme, l’adversaire prioritaire de Damas, et donc de Moscou, n’est pas l'EI. Le régime syrien n’en a jamais fait une cible, semblant même au contraire se satisfaire que prospère ainsi un tel repoussoir planétaire qui, après avoir terrifié l’opinion mondiale avec ses décapitations et autres bûchers, lance désormais des attaques contre des pays occidentaux. De son côté, la tactique de l’EI consiste à éviter pour l’instant l’affrontement à grande échelle avec le régime et l'organisation paraît plus préoccupée d’asseoir son contrôle sur les zones sunnites en Syrie et en Irak.

Désastre stratégique

Ce pari, d’un cynisme diabolique, s’est avéré gagnant pour le régime, au point qu’aujourd’hui les grandes capitales s’interrogent ouvertement sur une reprise de contact avec lui, se contentant (pour sauver la face) de dire que leur "ligne rouge" est Bachar al-Assad lui même. On assiste donc à ces scènes absolument grotesques où, par exemple, des parlementaires français de la majorité sont reçus, non par Assad, mais par le président du Parlement syrien, lequel leur déverse la rhétorique anti-française que lui a sans doute dicté son maître.

C’est un désastre stratégique pour les Occidentaux, qui ont toujours un train de retard depuis quatre ans. Le piège d’Assad a fonctionné à merveille et s’est refermé sur Paris et Washington, qui nagent en pleine confusion dans le dossier syrien. La Russie assiste à ce naufrage en étant plus que jamais confiante dans le fait que sa position triomphera. Une fois écrasées les dernières poches de résistance à Assad, celui-ci se retrouvera seul face à l’EI et il n’y aura définitivement plus de choix. L'engagement militaire russe en Syrie pourrait changer la donne radicalement. Les Américains et les Français, qui sont intervenus les premiers (sans y être invités, contrairement aux Russes), ne peuvent rien faire pour s’y opposer. Chacun continuera de frapper son adversaire prioritaire (sans oublier les Israéliens qui, eux, s’en prennent d'abord au Hezbollah et aux Iraniens). Ça fera beaucoup d’avions dans le ciel syrien. Il n’y a plus qu’à prier pour que cela ne dégénère pas entre ces différents acteurs.

L'expansion de l'EI en Irak et en Syrie

Première publication : 01/10/2015

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