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Culture

De Beyrouth à Berlin, la tournée de l'exil des rockeurs de Damas

© Khebez Dawle | Le groupe de rockeurs syriens, Khebez Dawle (Anas Maghrebi est le troisième en partant de la gauche), lors de l'enregistrement de leur premier album à Beyrouth, en mars 2013.

Texte par Sarah LEDUC

Dernière modification : 19/10/2015

Originaires de Damas, les musiciens syriens du groupe de rock Khebez Dawle sont arrivés clandestinement à Berlin, en Allemagne, début octobre, après un périple à travers l’Europe qu’ils ont transformé en "tournée de l’exil".

À l’autre bout de la ligne, Anas Maghrebi a la voix enrouée. Ce n’est pas tant d’avoir trop chanté, mais plutôt la fatigue, après un mois d’un voyage qui l’a conduit de Beyrouth à Berlin, en passant par la Turquie, la Grèce, la Macédoine, la Serbie, la Croatie et l’Autriche.

Ce musicien de 26 ans, chanteur et parolier du groupe indie-rock Khebez Dawle, fait partie des dizaines de milliers de migrants Syriens arrivés en Allemagne ces dernières semaines. Accompagné de deux musiciens du groupe, Anas est parti fin août de Beyrouth où il était installé depuis 2013, pour se lancer dans un périple improvisé qu’il a transformé en "tournée de l’exil".

>> À lire sur Les Observateurs : "Dans la jungle de Calais, les migrants ont du talent"

Khebez Dawle ne s’imaginait pas retrouver la scène pendant ce périple entrepris illégalement. "On aurait préféré voyager autrement, on est civilisés ! Mais on n’avait pas le choix. Quand tu as un passeport Syrien, c’est comme si tu n’avais rien, personne ne te donne un visa", confie à France 24 Anas Maghrebi, lui qui pensait avoir laissé la clandestinité derrière lui, en Syrie.

Une clandestinité forcée

Anas a formé son premier groupe de rock, nommé Ana, à la fin des années 2000, alors qu’il était encore étudiant en économie à l’université de Damas. Dans la clandestinité des bars underground, Ana fait danser la jeunesse damascène aux sons de riffs de guitares rock mêlés de vocalises orientales. "L’État contrôlait tous les médias et la scène culturelle. Seuls les groupes autorisés avaient droit à la lumière mais la scène underground n’en était pas moins riche", explique à France 24 Anas Maghrebi.

Puis la guerre a peu à peu anéanti les rêves de défiance de la jeunesse syrienne. En 2011, quand les espoirs de renverser Bachar al-Assad ne semblent pas encore illusoires, les membres d’Ana prennent part aux manifestations anti-régime. Mais le 25 mai 2012, Rabia, percussionniste du groupe et activiste engagé, est retrouvé mort, une balle dans la nuque alors que la révolution se mue en guerre civile. "Cette révolution était plus prometteuse que toutes celles qui existaient dans les livres d’histoire ! On manifestait pacifiquement pour faire tomber le régime mais le mouvement a été assassiné", regrette Anas, qui a fait de la musique son arme de résistance.

En novembre 2012, Anas Maghrebi met en ligne sa première chanson sous la fausse identité de Khebez Dawle, qui signifie en arabe "le pain de l’État". "Pour nous, le pain subventionné par l’État syrien était un signe de sécurité, le minimum pour vivre, le socle d’une société. Mais nous nous sommes rendus compte que nous n’avions pas besoin de ça et que le socle de la société, c’est nous, le peuple, pas le pain", explique Anas, qui a quitté peu après son pays pour le Liban voisin.

Loin des drames de la Méditerranée

Face à l’afflux de réfugiés et les difficultés qui s’en suivent au Liban, Anas, qui a reconstitué un groupe et enregistré un premier album à Beyrouth, décide de poursuivre son rêve et d’aller à Berlin. En août 2014, Anas vend ses instruments pour financer le voyage et part avec deux de ses musiciens, laissant le quatrième membre du groupe, privé de ses papiers après avoir déserté l’armée syrienne. Ils rejoignent d’abord Istanbul où ils payent un passeur pour embarquer vers la Grèce. "Nous n’étions que 16 et les passeurs ne voulaient pas nous accompagner pour si peu alors on a payé mais navigué seul. C’était presque marrant !" raconte Anas, bien loin des récits de traversée tragique de la Méditerranée.

La pochette de l'album de Khebez Dawle. © Khebez Dawle

En une heure, les musiciens avaient rejoint une plage de Lesbos. "On est arrivé sur la plage d’un hôtel chic. Les touristes nous faisaient de grands signes et ils se sont précipités pour nous aider. Ils étaient abasourdis et nous tout aussi étonnés ! Alors on s’est présenté, et puis on a distribué nos disques sur la plage. C’était assez surréaliste comme scène", raconte Anas encore enthousiaste. La réalité de la migration massive rattrape néanmoins le jeune homme. Près de 20 000 Syriens se pressent début septembre dans les rues de Mytilène, la ville principale de l’île aux ressources et capacité d’accueil limitées. Plus de place dans les camps, plus de place dans les jardins publics, pas de toilettes, pas de douches… Les musiciens dorment dans les rues pendant quatre jours avant de partir pour la capitale grecque

>> À lire sur Les Observateurs : "Migrants à Lesbos : les bénévoles seuls face à la crise humanitaire"

À Athènes, la bande prend un bus pour la Macédoine, puis un taxi jusqu’à Belgrade, en Serbie, avant de rejoindre la frontière croate où ils se font arrêter par la police après trois jours de marche sous la pluie. "Les policiers croates nous ont gardé un jour et demi au poste. On a sympathisé, on leur a fait écouter notre musique alors que nos chansons ne parlent que de prison et de liberté !" s’esclaffe Anas à l’évocation de ce nouvel épisode.

Porter la voix des réfugiés

Contraint de déposer une demande d’asile en Croatie, le groupe passe 10 jours dans la petite ville de Kutina, où les trois musiciens de Khebez Dawle se font prêter des instruments et jouent devant un public emballé. Même chose à Zagreb, capitale croate, où un bar branché leur ouvre ses portes. Idem à Vienne, capitale de l’Autriche ralliée fin septembre après avoir traversé l’hostile Hongrie.

"Ce voyage m’a redonné confiance en l’humanité. On a rencontré des gens qui sont devenus des frères ; la solidarité a été stupéfiante", insiste le musicien, qui se sert désormais de la scène pour porter haut et fort la voix des réfugiés de son pays. "Je voudrais expliquer aux Européens qui sont les Syriens. Nous sommes une vieille génération civilisée qui ne quitte pas son pays par fantaisie", s’insurge-t-il. "D’abord Bachar nous a tirés dessus, ensuite il a laissé le chaos et le terrorisme gagner le terrain. Aujourd’hui, la Syrie est devenue un champ de bataille internationale. Ce n’est plus chez moi, ce n’est plus chez personne", déclare-t-il, amer.

Anas est pessimiste sur l'avenir de la Syrie et sur la possibilité d’y retourner prochainement : "Je n’ai pas d’espoir pour la prochaine décennie. Mais ici, en Europe, il y a beaucoup d’espoir. La rencontre entre eux et nous est une opportunité énorme pour les Syriens comme pour les Européens. Il faut juste apprendre à communiquer". Un message d’ouverture que Khebez Dawle prévoit d’aller chanter aux oreilles des pays européens, démunis face à l’arrivée de centaines de milliers de Syriens. Une tournée du groupe est prévue d’ici la fin de l’année.

Première publication : 19/10/2015

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