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Calais : "Londres se contente de bâtir des murs et d'acheter des chiens policiers"

© Philippe Huguen, AFP | Des tentes de migrants dans la nouvelle "jungle" de Calais, le 21 octobre 2015.

Texte par Aude MAZOUÉ , Rachel HOLMAN

Dernière modification : 22/10/2015

Bernard Cazeneuve s’est rendu mercredi à Calais pour évoquer le problème des camps de migrants. Que fait de son côté le Royaume-Uni pour régler la crise migratoire ? Pas assez, selon des ONG françaises et anglaises. Entretiens.

Les ONG tirent une nouvelle fois la sonnette d’alarme à Calais. Au lendemain de l'appel de 800 artistes et intellectuels pour "sortir la jungle de Calais de l'indignité", le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, s’est rendu une nouvelle fois à Calais mercredi 21 octobre pour s'exprimer sur la situation critique dans la ville, sans apporter de nouvelles solutions. De l'autre côté de la Manche, quel rôle joue le Royaume-Uni, pays qui attire toujours plus de candidats à l'exil, dans cette crise migratoire ? Éléments de réponse avec deux humanitaires : Geneviève Jacques, présidente de l’association française La Cimade et Nick Harvey, porte-parole de Doctors of the World, au Royaume-Uni.

France 24 : En trois semaines, le nombre de migrants présents dans la "jungle" de Calais est passé de 3 000 à près de 6 000 personnes. Est-ce que le Royaume-Uni a sa part de responsabilité dans ce drame ?

Geneviève Jacques, présidente de La Cimade : Évidemment. Le Royaume-Uni est même à l’origine du problème. Les Anglais ont choisi de ne pas faire partie de l’espace Schengen et en cela, ils sont responsables de la création de ce cul-de-sac. Actuellement, ils laissent les Français faire le sale boulot. Mais la France est aussi responsable à double titre. Les conditions de vie indignes des migrants sont de son seul ressort. Elle pourrait les accueillir plus décemment. Son autre responsabilité est d’ordre politique. En signant les accords du Touquet le 4 février 2003 avec le Royaume-Uni, Nicolas Sarkozy s’est engagé à stopper l’immigration clandestine vers ce pays. Et le gouvernement actuel n’est pas revenu sur ces accords. Régulièrement, les ONG demandent à Bernard Cazeneuve de mettre un terme à cette entente bilatérale. Mais sa réponse reste invariablement la même : Si les Anglais ouvrent leur porte, ils n’auront pas 6 000 migrants à accueillir mais des dizaines de milliers.

Nick Harvey, porte-parole de Doctors of the World, au Royaume-Uni : Ce n’est pas seulement un problème anglais ou français. C’est un problème plus global. Ce qui n’empêche pas le Royaume-Uni et la France d’avoir leur rôle à jouer. Le gouvernement britannique a promis d’accueillir 20 000 réfugiés sur les 5 prochaines années. Ce qui ne fait que 4 000 personnes par an, ce n’est pas assez. L’Allemagne en accueille beaucoup plus. Si le Royaume-Uni en accueillait davantage, nous ne verrions pas toute cette misère s’installer à Calais.

Est-ce que le Royaume-Uni tente tout de même de trouver des solutions ?

Geneviève Jacques : Le gouvernement conservateur au pouvoir ne compte pas changer sa politique en matière d’immigration. Lorsque les Britanniques aident la France sur le problème de la "jungle" à Calais, ce n’est que pour renforcer la frontière et le dispositif de sécurité mis en place. Ils ont notamment financé un mur et fait mettre des barbelés pour stopper les migrants. Il y a tout de même une coordination entre des ONG britanniques et les associations françaises présentes sur place. Régulièrement, certaines d’entre elles se mobilisent sur le terrain pour prêter main forte aux humanitaires français en distribuant des vêtements et des vivres pour les migrants.

Nick Harvey : Tout l’argent que le Royaume-Uni dépense pour les migrants de Calais est uniquement consacré à la sécurité migratoire, notamment pour construire des murs ou acheter des chiens policiers. Les ONG anglaises se battent pour que l’argent soit consacré aux besoins vitaux des migrants. Tous les jours, de longues files d’attente se forment devant nos dispensaires présents à Calais. Notre ONG, Doctors of the World, ne devrait pas avoir à faire ce travail. C'est celui des gouvernements. Et il n’y a pas vraiment de volonté actuelle de faire changer les choses car il y a toujours l’idée que si on règle le problème à Calais, cela favorisera l’arrivée de migrants toujours plus nombreux au Royaume-Uni. C’est ridicule.

Quelles solutions préconisent les ONG pour endiguer la crise?

Geneviève Jacques : Les ONG peuvent prendre en charge les migrants du mieux qu’elles le peuvent mais les solutions à cette crise sont avant tout politiques et diplomatiques. Les associations françaises ne cessent d’interpeller les pouvoirs publics pour faire changer les choses. Les ONG anglaises, elles, mettent la pression sur leur gouvernement pour qu’il accepte au moins d’étudier les demandes d’asile des migrants car ce ne sont pas de simples voyageurs clandestins, ce sont des réfugiés politiques qui viennent pour la plupart de Syrie, du Soudan, ou d’Érythrée. Le Royaume-Uni sera ensuite bien sûr libre d’accepter ou non les demandes. Actuellement, les migrants ne peuvent déposer des demandes d’asile au Royaume-Uni que s’ils ont posé un pied sur son sol. Hors, ils sont bloqués en France. La situation est absurde.
Les décisions doivent surtout se prendre au niveau européen. Les Britanniques ne peuvent pas adhérer aux valeurs et aux idéaux de l’Europe et se soustraire au problème de la crise des migrants.

Nick Harvey : Nous aimerions que le gouvernement change de politique dans ce domaine. Mais la situation n’a pas changé depuis 2003 [date depuis laquelle l'ONG est présente à Calais, NDLR], nous sommes devenus pessimistes. Mais nous continuons à interpeller le gouvernement pour qu’il fasse davantage. Pour ce qui est de l'humanitaire, nous sommes dépendants des dons et limités financièrement. Il faut donc prendre des mesures sur le long terme, car la jungle de Calais n’est pas prête de disparaître.

 

Première publication : 21/10/2015

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