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Les orphelins des attaques du 13 novembre pourront devenir pupilles de la Nation

© Library of Congress | Extrait d'une affiche de 1917 pour une matinée de bienfaisance au Trocadéro au bénéfice des veuves et des orphelins de guerre.

Texte par Stéphanie TROUILLARD

Dernière modification : 27/11/2015

Les enfants des victimes des attentats du 13 novembre pourront demander le statut de pupille de la Nation. Cette disposition qui remonte à la Grande Guerre permet de bénéficier de différentes aides, mais peut aussi être un héritage lourd à porter.

Les attentats du 13 novembre à Paris et à Saint-Denis ont fait au moins 130 morts. Une cinquantaine d’enfants à ce jour, selon un recensement du "Parisien", ont ainsi perdu un ou deux de leurs parents au cours de ces attaques. Le sous-brigadier de police Thierry Hardouin et sa compagne ont été tués au restaurant la Belle Équipe, laissant trois enfants. Halima Saadi est elle aussi tombée sous les balles des terroristes aux côtés du couple. Elle avait deux enfants âgés de 6 et 3 ans. Spontanément sur Internet, de nombreux particuliers ont lancé un appel au don pour venir en aide à ces autres victimes que sont les enfants.

Cette semaine, la secrétaire d’État chargée de la famille, Laurence Rossignol, a encouragé ces familles endeuillées à demander le statut de pupille de la Nation. En effet depuis une loi de 1990, les victimes du terrorisme peuvent également bénéficier de ce statut, datant de la guerre de 14-18, qui permet d’apporter un soutien financier pour accompagner les enfants de moins de 21 ans, notamment au cours de leur éducation. En 2015, 33 enfants ont ainsi été adoptés par la Nation dont 11 dans le cadre des attaques contre la rédaction de "Charlie Hebdo" et à l’Hyper Cacher.

Auteur de l’ouvrage "Les enfants du deuil. Orphelins et pupilles de la Nation de la Première Guerre mondiale (1914-1941)", l’historien Olivier Faron revient pour France 24 sur la genèse de ce statut et sur son impact sur la vie de ces enfants.

France 24 : À quand remonte la mise en place du statut de pupille de la Nation ?
Olivier Faron : Il y a un article assez amusant qui est sorti récemment et qui racontait qu’en 14-18, on pouvait voir les pupilles de la Nation courir dans les rues, un peu comme une grande débâcle. Ce n’est pas du tout cela. Les enfants avaient toujours leur mère parce que c’est leur père qui était tombé au combat. Ils ont d’abord été reconnus comme orphelin de guerre. Après, il y a eu l’idée d’une reconnaissance par la Nation en tant que pupille. Cela voulait dire que l’État remplaçait le père pour devenir une espèce de tuteur de l’enfant. C’était ce qu’on appelait un droit en réparation. Il y a eu un certain nombre de manifestations de soutien aux orphelins de guerre et puis les différents ministres de l’époque se sont mobilisés. Cela a abouti à un texte de loi en 1917. Il s’agit d’un statut absolument unique dans le monde, typiquement français. À la fin de la Première Guerre mondiale, cela a concerné plus d’un million d’enfants. Ce statut a aussi été adopté après la Seconde Guerre mondiale pour les orphelins du conflit. Après un certain nombre de décisions, il a ensuite été élargi à la fois aux enfants de victimes du terrorisme [loi de 1990 pour les attentats commis depuis 1982, ndlr] et aux enfants de fonctionnaires [loi de 1993 qui concerne notamment les enfants de magistrats, de policiers, de l’administration pénitentiaire ou des douanes dans des cas bien précis, ndlr].

Lors de la Première Guerre mondiale, les familles devaient-elles se manifester pour obtenir ce statut ?
Cela se passe comme aujourd’hui. Il faut faire une demande auprès des tribunaux car c’est un acte légal. Les bénéficiaires sont ensuite enregistrés auprès des offices des anciens combattants. Ce qui est intéressant, c’est qu’il ne s’agit pas d’un statut équivalent à une pension. Les pupilles de la Nation reçoivent un accompagnement individualisé. Il y a différents types d’aides : financières ou des dispositifs pour la santé des pupilles. Des centres de vacances avaient ainsi été créés pour eux après la Première Guerre mondiale. Sur le plan de l’éducation, le législateur n'a pas choisi de les dispenser de passer tel ou tel examen, mais on leur a permis d’effectuer leurs études dans de bonnes conditions.

Un groupe de pupilles à l'extérieur du foyer de Blérancourt dans l'Aisne en 1923
© Ministère de la Culture, Médiathèque de l'architecture et du patrimoine

Est-ce un statut à vie ?
Vous êtes pupille de la Nation jusqu’à l’âge de 21 ans. Dans la réalité, les pupilles considèrent que la perte d’un parent ne s’arrête pas à 21 ans. Quand j’ai étudié ce sujet, j'ai vu certains pupilles de la Nation âgés de 80 ans qui demandaient qu’on les aide à acheter une machine à laver. Il s'agit donc d'une gestion au cas par cas. Il existe des dérogations pour que des pupilles en difficultés soient aidés même après 21 ans. Dans l’entre-deux-guerres, des associations se sont formées pour défendre les droits des pupilles. C’est important pour eux d’être considérés comme pupilles tout au long de leur vie.

Quels sont les avantages et les inconvénients de ce statut ?
Le principal avantage est la reconnaissance du drame insoutenable ou de l’acte de terrorisme qui a frappé ces enfants. C’est une légitimation de cette chose profondément injuste. Le second avantage est le soutien apporté après la disparition du parent.

Mais cela inscrit aussi de manière permanente cette singularité du deuil de guerre. J’ai eu la chance d’interviewer de nombreux pupilles lors de mon enquête. Je me souviens d’un village du Bordelais, où des femmes m’ont répondu qu’enfant, en tant que pupille, on les déguisait avec des costumes pour représenter la France, l’Alsace et la Lorraine. Elles auraient préféré jouer à la marelle. Cela les a un peu marquées. Ce qui est aussi très lourd, c’est la difficulté à porter la mort d’un héros. Une des scènes les plus bouleversantes que j’ai pu observer, c’est un pupille de la Première Guerre mondiale en région parisienne qui m’avait dit : "Qu’est ce que j’ai fait moi ? Je dormais juste avec mon père lorsqu’il est mort d’une forme de tuberculose à côté de moi". C’est un traumatisme très important. C’est le cas aussi pour Albert Camus par exemple. Son père est mort lorsqu’il avait deux ans. Il a passé toute sa vie à dire qu’il n’en avait rien à faire car il n’avait pas connu son père. Or, la mère de Camus a porté toute sa vie en pendentif des morceaux de l’obus qui avait tué son mari. Et quand on lit le roman de Camus "Le Premier homme" publié à titre posthume, on se rend compte qu’une grande partie parle de sa quête du père. Vous êtes enfant de mort pour la France, c’est très fortement chargé et lourd de signification.

Par rapport à la loi de 1917, qu’est-ce qui a changé pour les victimes des attentats du 13 novembre ?

Paradoxalement, peu de choses parce que la forme de reconnaissance, la manière d’obtenir le titre ou la gestion des soutiens restent grossièrement les mêmes. Après, la question est comme pour toutes les politiques publiques, quels sont les moyens qui seront mis en place et le montant des aides ? Aujourd’hui, c’est le secrétariat d’État aux anciens combattants et aux victimes de guerre qui s’occupe du financement des aides apportées aux pupilles de la Nation. Celles de la Première Guerre ont eu l’impression d’être plutôt bien accompagnés et que cette considération leur a permis de s’en sortir. A contrario, j’ai interrogé des pupilles de la Seconde Guerre mondiale qui jugeaient insuffisants les soutiens reçus.
 

 

Première publication : 26/11/2015

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