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FRANCE

Perquisitions musclées, assignations abusives... les dérives de l’état d’urgence

© Kenzo Tribouillard, AFP | Un policier à Saint-Denis, le 18 novembre 2015.

Texte par Charlotte BOITIAUX

Dernière modification : 01/12/2015

Depuis la mise en place de l’état d’urgence au lendemain des attentats du 13 novembre, la société civile s’inquiète des dérives policières sur l’ensemble du territoire. La communauté musulmane s’estime prise pour cible.

"Il était 20h30. Ils sont rentrés, ils étaient entre 30 et 40 avec des casques, des gilets pare-balles, des fusils à pompe à la main. Ils ont pris place dans le restaurant, et ils ont demandé à tout le monde de rester assis, les mains sur les tables". Yvan Agac, le gestionnaire du restaurant Pepper Grill, dans le Val d’Oise, se souvient de la perquisition musclée des policiers dans son établissement halal. C’était le 21 novembre dernier. "Ils ont fait une fouille, cassé des portes en bas. Je leur ai proposé de leur donner les clés mais ils ne m’ont pas répondu. Ils ont cassé trois portes, dont deux qui étaient déjà ouvertes […] Et puis, ils m’ont fait signer un papier". La police n’a rien trouvé. Ni armes, ni "objets liés à des activités terroristes".

"Ils m’ont dit que j’avais de la chance et qu’ils ne me mettait pas en garde à vue", a confié estomaqué le gérant de l’établissement sur les réseaux sociaux (voir vidéo ci-dessous).

Une perquisition musclée dans un restaurant halal de Saint-Ouen-l'Aumône (Val d'Oise)

Depuis que l’état d’urgence a été décrété par le président de la République, au lendemain des attentats du 13 novembre, les témoignages abondent sur les dérives des opérations policières. Certains médias (comme "Le Monde") ont fait état d'assignations à résidence "abusives" de militants écologistes censés représenter un "danger pour la sûreté de l’État". Les interpellations musclées de sympathisants zadistes ou encore les dérapages de policiers à l’égard de citoyens sans aucune activité militante ont également été relayés. Autant d’exemples qui ont fait bondir une partie de la classe politique – écologistes et extrême gauche en tête - accusant le gouvernement de "perdre ses nerfs".

>> À lire sur France 24 : "Vingt-quatre militants écologistes assignés à résidence à la veille de la COP21"

Un "guide pratique" pour "rassurer" la communauté musulmane

Mais depuis deux semaines, les voix discordantes viennent surtout de la communauté musulmane qui interpelle les associations, notamment le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF). "Près de 90 % des perquisitions menées depuis le 13 novembre concernent des musulmans", explique ainsi Yasser Louati, son porte-parole, contacté, mardi 1er décembre, par France 24.

Depuis le 26 novembre, le collectif déclare avoir été saisi sur 22 nouveaux dossiers, tous concernant des appartements dévastés, des brutalités policières, des insultes… "Comment voulez-vous qu’ils ne se sentent pas stigmatisés ?", déplore Yasser Louati. Pour "aider" la population musulmane à connaître ses droits, le collectif a décidé de publier la semaine dernière un "guide pratique" de l’état d’urgence. Une initiative qui illustre l’inquiétude grandissante de la communauté musulmane. "Nous avons des gens au téléphone, en sanglots, traumatisés après des perquisitions de leurs appartements", explique Yasser Louati qui regrette que le gouvernement ne choisisse que la manière forte pour lutter contre le terrorisme. "Ce guide est là pour leur rappeler que nous vivons dans un état de droit, qu’ils peuvent se défendre, demander un procès-verbal après une perquisition".

Le CCIF reconnaît qu’au-delà de l’aide juridique que son association peut distiller, l'instance joue surtout le rôle de psychologue. "Des mères de familles refusent de rentrer dormir chez elles, des pères se sentent humiliés après avoir été malmenés devant leurs enfants. D’autres encore encaissent mal de se retrouver au chômage après avoir été assignés à résidence…Nous essayons surtout de les rassurer."

Capture d'écran du site du CCIF (cliquez sur l'image pour accéder au site de l'association)

"On ne peut pas mettre un flingue sur la tempe de gens qui n’ont pas de casier"

Plus de 2 000 perquisitions administratives ont été menées sur le territoire français, selon les chiffres communiqués, mardi,  par le Premier ministre Manuel Valls. Et plus de 210 personnes ont été placées en garde à vue. Des mesures qui ont permis de saisir 320 armes dont une trentaine de guerre. "Cela prouve bien que ces perquisitions ne sont pas dues au hasard et qu’elles permettent d’étayer des soupçons objectifs", s’est justifié Manuel Valls.

Mais l’enthousiasme du gouvernement est proportionnel à la méfiance d’une partie de la société civile. À l’instar du CCIF, Me Daphné Pugliesi, une avocate spécialiste du droit pénal, s’insurge elle aussi contre cet arsenal sécuritaire. "Je m’occupe de quatre dossiers de personnes de confession musulmane qui ne comprennent absolument pas ce qui leur arrive", explique-t-elle à France 24. "On ne peut pas mettre un flingue sur la tempe de gens qui n’ont pas de casier, qui n’ont jamais mis les pieds dans un commissariat, et à qui on ne peut rien reprocher !".

"La police est entrée dans la mosquée avec des chiens"

Daphné Pugliesi remet surtout en cause l’efficacité de ces mesures exceptionnelles - pourtant approuvées par une écrasante majorité de Français. "À part avoir mis la main sur quelques kilos de drogue ou avoir neutralisé des militants écologistes, je ne suis pas convaincue qu’en matière de terrorisme, l’état d’urgence soit particulièrement efficace", explique-t-elle.

Conscient de l’émoi de la population, le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, a recommandé aux forces de police de privilégier la politique de "l’ouverture de porte volontaire". Un recadrage trop timide, estime le CCIF. La semaine dernière, "la police est entrée dans la mosquée des Mureaux [Yvelines] avec des chiens, les gens ont été ulcérés", précise le porte-parole du CCIF. "À Pontoise, Gennevilliers, Aubervilliers, Vénissieux, des mosquées et des salles de prières ont été fermées de manière complètement arbitraire", ajoute-t-il.

Des dizaines de descentes de police ont en effet eu lieu dans 19 départements, en région parisienne, à Lille, à Lyon, à Toulouse, à Marseille, et "dans toutes les grandes agglomérations de France", a précisé le ministre de l’Intérieur, qui a rappelé aux forces de sécurité de bien "respecter les règles définies dans le code de déontologie".

Certains internautes utilisent l'humour face aux perquisitions jugées abusives

Première publication : 01/12/2015

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