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FRANCE

Air France face à une poussée d'intégrisme religieux, selon le chef de la CGT

© Kenzo Tribouillard, AFP | Des employés d'Air France manifestent à Roissy-Charles-De-Gaulle, le 5 octobre 2015.

Texte par Charlotte BOITIAUX

Dernière modification : 18/12/2015

Air France est-elle un repaire d’"intégristes", selon les mots du patron de la CGT Air-France ? Des salariés et des syndicats déplorent la montée du communautarisme religieux au sein de la compagnie, mais dénoncent aussi de nombreux fantasmes.

L’affaire de la viande halal à l’aéroport de Roissy, Sophie* s’en rappelle bien. C’était en 2011. "La CGT a voulu imposer la viande halal dans la cantine du personnel au sol. Il y a eu des pétitions, une levée de boucliers… Ça s’est assez mal passé", se souvient cette employée d’Air France, qui travaille depuis une dizaine d’années dans le plus grand aéroport de France et qui a requis l'anonymat.

L’affaire avait en effet provoqué des remous au sein de la compagnie aérienne. Plusieurs autres syndicats, CFDT et CFTC en tête, étaient montés au créneau. Ils dénonçaient une dérive communautariste orchestrée par la puissante fédération, longtemps majoritaire au sein d’Air France.

Quatre ans plus tard, nouvel incident. Mais cette fois-ci, c'est la CGT qui se pose en pourfendeuse des "intégristes islamistes". Au micro de France Info, le 2 décembre, Philippe Martinez, le secrétaire général de la CGT-Air France, révélait que sa corporation avait fait "le ménage" au sein de ses affiliés. Près de 500 d’entre eux, sur les 2 000 au total, auraient été repérés comme des "intégristes" et exclus de la maison syndicale.

L'interview de Philippe Martinez (CGT-Air-France) au micro de France Info, le 2 décembre

"Une poignée d’individus qui posent problème"

Y aurait-il, au sein de la prestigieuse compagnie française, des personnes au "comportement inquiétant", selon le terme d’Augustin de Romanet, le PDG d’Aéroport de Paris (ADP) ? Un comportement qui, ne respectant pas le principe de neutralité religieuse en entreprise, serait susceptible de perturber l’organisation du travail ou les relations entre les salariés.

Contactée par France 24, la direction d’Air France botte en touche. Refusant de répondre aux questions, elle s’est contentée de rappeler, via un communiqué, l’essentiel de sa charte éthique. La compagnie s’est engagée "dans une démarche d'encadrement […] de ses personnels en matière de conciliation des convictions personnelles avec les missions professionnelles […] qui ne souffrent d'aucun compromis".

Pour Sophie, quotidiennement sur le terrain, sa chefferie pratique la langue de bois. "Évidemment qu’il y a des dérives et tout le monde le sait, lâche-t-elle. En général tout se passe très bien, Air France est une compagnie métissée et multiculturelle. Mais il y a toujours eu une poignée d’individus qui posent problème, une minorité notamment qui met la pression à d’autres collègues, musulmans comme eux".

23 % des managers en France disent devoir gérer des "problèmes" religieux

Cette "poignée d’individus" en question militaient à la CGT, affirme Sophie. "Il faut bien comprendre qu’à une époque pas si lointaine, tout le monde adhérait à la CGT, moi compris. C’était le seul syndicat visible, la référence, la seule fédération avec qui la direction négociait."

Dans la presse, plusieurs témoignages corroborent celui de Sophie. Ici et là, on rapporte des anecdotes d’employés qui refusent de serrer la main à des femmes, voire même de leur adresser la parole, qui harcèlent certains de leur collègues qui ne font pas ramadan... "C’est un petit noyau mais un noyau qui dicte un peu sa loi", ajoute Sophie, qui reconnaît que les choses ont un peu changé. Les attitudes "douteuses" sont de plus en plus signalées – ou "de moins en moins visibles". "Mais le problème, c’est que pendant toutes ces années, ici, on a banalisé ce genre de comportements."

Air France n’est pas la seule société à être confrontée à ces "faits" religieux. Selon une étude du mois d’avril dernier, réalisée par l’observatoire du fait religieux en entreprise, 23 % des managers en France disent devoir gérer des "problèmes" religieux, contre 12 % en 2014.

"Je ne peux pas laisser dire qu'il y a un problème d'intégrisme"

Ronald Noirot, secrétaire général de la CFE CGC, le nouveau syndicat majoritaire chez Air France, reconnaît qu’il existe quelques dérives, même s’il se veut rassurant. "En quatre ans, sur les 60 000 employés que compte la compagnie, nous avons recensé moins de 10 cas problématiques", explique-t-il à France 24. Il y a eu par exemple le cas d’un homme qui aurait refusé de s’occuper d’un container, au fret, parce qu’il contenait de l’alcool, raconte-t-il. "Encore une fois, ce sont des cas extrêmement marginaux, précise-t-il. Je ne peux pas laisser dire qu’il y a un ‘problème’ d’intégrisme au sein de la compagnie. Nous sommes davantage confrontés à un souci de communautarisme. C’est assez différent."

C'est aussi ce que pense la CGT, qui a publiquement désavoué les propos tenus par son leader à la radio. "[…] Sur la base d’informations imprécises et face aux questions pressantes des journalistes, [Philippe Martinez] a prononcé deux mots, “radicaux” et “intégristes islamistes”, qui ne correspondent pas à la réalité de ce que notre syndicat a vécu", pouvait-on lire sur leur communiqué publié au lendemain de l’interview. "Il n’y a pas de radicalisation religieuse [chez] AF [Air France]", explique plus directement Mehdi Kemoune, le secrétaire général adjoint de la maison syndicale, joint par France 24.

Comment justifier alors les 500 exclusions ? Par la corruption, explique la CGT. Des "responsables syndicaux de la section CGT Roissy Escales" se sont rendus coupables de "clientélisme", explique-t-on dans le communiqué. L’écart d’interprétation surprend. Philippe Martinez a-t-il fantasmé l’intégrisme de certains employés ? "Il n’a rien inventé, seulement voilà, on ne dit pas ce genre de choses dans une entreprise comme la nôtre. [La direction et les syndicats] pensent avant tout à l’image de la compagnie. Comme nous travaillons avec des avions, le sujet est sensible", indique Sophie.

Extrait du communiqué de la CGT

70 badges supprimés à ADP, "surtout pour des affaires de vols et d'agressions"

Air France n’est pas la seule à être confrontée à des "dérives" dans le secteur aéroportuaire. Le 13 décembre, le PDG d’ADP, gestionnaire d’Orly et Roissy-Charles-de-Gaulle, a indiqué que les badges de 70 agents – sur les 86 000 qui travaillent dans les zones sécurisées des aéroports - avaient été retirés depuis le début de l’année 2015, notamment pour des faits de radicalisation.

Ces badges en question, appelés "badges rouges", attribués par la préfecture de police après enquête, permettent aux salariés d’ADP d’accéder aux zones dites "réservées" : tarmac, zone de bagage, Duty Free, espaces publics… "Il y a surtout eu des suppressions de badges après des affaires de vols et d’agressions. Assez peu pour des questions de radicalisation religieuse", précise le pôle communication d’ADP, qui tient à dédramatiser les propos de son PDG.

"En tout, nous parlons de 70 badges sur les 86 000 distribués", indique ADP. Une goutte d’eau qui ne doit pas laisser la place à la psychose. Et qui ne doit pas non plus faire le lit de pratiques discriminatoires. Le 16 décembre, deux agents de sécurité travaillant à Orly ont reproché à la société Securitas de les avoir mis à la porte à cause de leur barbe. "Certaines entreprises commencent à avoir un comportement problématique", a déclaré leur avocat, qui dénonce, lui, une "'radicalisation' de l'entreprise".

* Le prénom a été changé

Première publication : 17/12/2015

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