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Avec la bombe H, la Corée du Nord "ne cherche qu'à attirer l’attention d'Obama"

© Toshifumi Kitamura / KCNA / AFP | L’annonce de l'essai nucléaire nord-coréen à la bombe H a provoqué un tollé au sein de la communauté internationale.

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 06/01/2016

À quoi joue la Corée du Nord ? Pyongyang a annoncé, mercredi, avoir mené avec succès un essai d'une bombe à hydrogène miniaturisée, plus puissante qu'une bombe atomique, mais les experts doutent de la véracité de cette affirmation. Analyse.

Les experts des armes nucléaires restent perplexes, mercredi 6 janvier, après l'annonce par Pyongyang d'un premier essai de bombe à hydrogène "miniaturisée". Peu avant cette annonce, l'Institut américain d'études géologiques (USGS) a d'ailleurs fait état d'un tremblement de terre d'une magnitude de 5,1 en Corée du Nord.

Interrogé par France 24, le spécialiste australien de la politique et des armes nucléaires Crispin Rovere reste sceptique. Il estime que l'activité sismique provoquée par le test nord-coréen ne correspond pas à l'explosion d'une bombe H. Selon lui, l’annonce du régime de Kim Jong-un est avant tout une manœuvre politique pour attirer l’attention de Washington.

France 24 : La Corée du Nord affirme mercredi avoir réussi son premier essai de bombe à hydrogène, en précisant que l’ogive était miniaturisée. En quoi est-ce encore plus critique que les trois autres tests déjà effectués par Pyongyang en 2006, 2009 et 2013 ?

Crispin Rovere : Je peux vous dire qu’il existe une différence majeure qui peut être considérée comme un développement inquiétant. En effet, jusqu’ici la Corée du Nord a procédé à des tests de bombes à fission, communément appelées bombes A. Il s’agit du type d’engin qui a été lancé par les Américains sur Hiroshima et Nagasaki lors de la Seconde Guerre mondiale, et qui ont provoqué de grosses explosions nucléaires. La bombe à hydrogène, ou bombe H, qui repose, elle, sur le principe de la fusion nucléaire, est encore beaucoup plus puissante et relâche une énorme quantité d’énergie, bien plus que lors d’une fission. En résumé, elle est au moins 1 000 fois plus puissante que la bombe A. Concernant la miniaturisation, si cette information est confirmée, alors ce développement est critique. Il faut toujours garder à l’esprit que le but ultime de Pyongyang est de se doter d’une arme nucléaire assez dissuasive pour décourager un pays, spécialement les États-Unis, d’intervenir dans la péninsule coréenne. Pour ce faire, il est nécessaire qu’une telle charge soit miniaturisée afin qu’elle puisse être logée dans un missile longue-portée.

Quelle crédibilité accordez-vous à l’annonce du régime de Kim Jong-un ? A-t-il réellement procédé à un test de bombe H ?

Pour l’instant, nous ne pouvons être certains à 100 % qu’il s’agit bien d’un essai de bombe à hydrogène. On peut cependant affirmer qu’il y a bien eu un évènement sismique dans le pays, ce qui est un des éléments qui permettent de détecter une explosion nucléaire. Mais l’envergure de cette secousse sismique semble indiquer que cette explosion nucléaire est bien plus faible de ce que l’on peut attendre d’un essai réussi de bombe à hydrogène, et plus conforme aux précédents essais nord-coréens, donc de bombe A.

Quelles conséquences doit-on attendre à la suite d’une telle annonce, notamment d’un point de vue des négociations sur le programme nucléaire nord-coréen ?

Pour comprendre l’attitude de ce régime, il faut se pencher sur l’histoire des essais nucléaires nord-coréens, qui sont souvent alignés sur le cycle électoral américain. À titre d’exemple, lorsque l’on s’approche de la fin d’un mandat, en général, les présidents américains cherchent à enregistrer des succès diplomatiques sur la scène internationale et sont donc plus enclins à négocier avec des pays avec lesquels ils partagent des relations tendues, y compris avec la Corée du Nord. Par conséquent, il ne serait pas surprenant, vu le timing de l’annonce, qu’à travers cet essai, Pyongyang ne cherche en réalité qu’à attirer l’attention de l’administration américaine. Et ce, dans le but de l’attirer à la table des négociations et d’obtenir des concessions avant la fin du mandat du président Obama.
 

Première publication : 06/01/2016

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