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FRANCE

Un an après Charlie, la France se débat "inutilement" avec la déchéance de nationalité

© François Mori, AFP | Le président François Hollande suivi par le Premier ministre Manuel Valls durant une cérémonie d’hommage, le 13 janvier 2015 à Paris.

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 07/01/2016

Jeudi 7 janvier, un an jour pour jour après l'attentat contre Charlie Hebdo, la presse française tire à boulets rouges sur la mesure concernant la déchéance de nationalité, fustigeant un débat "irréel" qui amène une "confusion inutile".

Un an jour pour jour après l'attentat contre Charlie Hebdo, l’atmosphère est aux commémorations… et aux débats en France. En ce jeudi 7 janvier, la presse française déplore que la classe politique soit embourbée dans un débat "irréel" sur la déchéance de nationalité, suite aux attentats du 13 novembre.

"Déchéance de nationalité, l'inutile confusion", affiche en une le quotidien La Croix, alertant dans son éditorial qu'il est urgent de "sortir d'un débat si mal engagé, devenu incompréhensible pour les Français".

"Imaginée comme une riposte symbolique", cette mesure visant les binationaux et que le Premier ministre Manuel Valls a exclu mercredi soir d'étendre à l'ensemble des Français, cache "pour partie une réelle impuissance à concevoir une prévention vraiment efficace", estime François Ernenwein dans le quotidien catholique.

"Cette polémique [...] est d'autant plus surréaliste que tous les responsables politiques s'accordent à reconnaître que la déchéance de nationalité est inefficace, c'est-à-dire sans effet sur les terroristes", s'étonne Jean-Pierre Bédéï dans La Dépêche du Midi.

>> À lire sur France 24 : "Pourquoi Hollande veut inclure la déchéance de nationalité dans la Constitution"

"Personne ne conteste que les terroristes potentiels se fichent comme d'une guigne d'être privés de leurs droits civiques, déchus de leur nationalité, cloués au pilori ou coiffés d'un bonnet d'âne", abonde Bernard Maillard dans Le Républicain lorrain.

Pourtant, rappelle Guillaume Tabard dans Le Figaro, François Hollande avait réussi un "joli coup politique" : en reprenant après les attentats de novembre cette idée traditionnellement défendue par la droite dure, "il obligeait la droite à l'applaudir, contraignait la gauche à le soutenir et se construisait une image de fermeté".

"Débat irréel", "extravagances" et "déni"

Mais le chef de l'État s'est "vite enlisé dans un débat irréel [...], rendant indéchiffrable le reste du dispositif de protection du pays", regrette Nicolas Beytout dans L'Opinion, relevant qu'"entre les tueries de janvier [...] et les massacres de novembre, des failles dans le renseignement et la lutte contre le terrorisme sont restées béantes".

"La gauche a pris la place de la droite dure, la droite dure est aplatie entre la gauche de droite et la droite très dure", écrit Sébastien Lacroix dans l'Union et l'Ardennais, "un an après, donc, rien n'est réglé, tout est chamboulé".

Pis, estime dans un entretien accordé à Libération l'historien Patrick Boucheron, "on est prêts à des extravagances juridiques inefficaces et dangereuses jusqu'à l'absurde pour organiser politiquement le déni de cette évidence : les assassins de janvier et de novembre 2015 sont français."

"Il ne reste que quelques mois au pouvoir en place pour laisser de côté les mesures symboliques", presse dans la Charente Libre Jean-Louis Hervois, "juste le temps de mettre en place les plans pour l'emploi, l'apprentissage et la sécurité qu'il n'a cessé d'annoncer pour les renvoyer à plus tard".

Cependant, veut croire Patrick Apel-Muller de L'Humanité, "les protestations contre les discriminations portées par la déchéance de nationalité pour les binationaux" témoignent que "court toujours, en mille ruisselets, l'esprit de liberté, d'égalité et de fraternité" qui avait prévalu après la tuerie de Charlie Hebdo, il y a tout juste un an.

Avec AFP

Première publication : 07/01/2016

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