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Mission de paix au Burundi : le Conseil de sécurité veut convaincre Nkurunziza

© Griff Taper, AFP | L'ambassadrice américaine auprès de l'ONU Samantha Power est accueillie à son arrivée à Bujumbura par le représentant permanent du Burundi à l'ONU, Albert Shingiro, le 22 janvier 2016.

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 22/01/2016

Les ambassadeurs du Conseil de sécurité de l'ONU sont au Burundi pour tenter de faire plier le pouvoir afin de résoudre la profonde crise politique qui mine le pays.

C'est la deuxième mission du Conseil de sécurité de l'ONU au Burundi en moins d'un an. La délégation a deux objectifs principaux : éviter une guerre civile via une reprise du dialogue et faire accepter le déploiement d'une force de l'Union africaine d'environ 5 000 soldats. Ce sont là les deux points que doivent négocier les ambassadeurs, qui ont été accueillis jeudi 22 janvier à Bujumbura par une nuit de violences.

Une rencontre avec le président burundais Pierre Nkurunziza a commencé vendredi à 14 h GMT à Gitega, à une centaine de kilomètres à l'est de la capitale burundaise. Le 15 diplomates de la délégation avaient rencontré dans la matinée à Bujumbura le ministre des Affaires étrangères Alain Nyamitwe et le vice-président Gaston Sindimwo, puis des représentants de la société civile, dont les principaux acteurs sont en exil.

Alors que le pouvoir burundais persiste à affirmer que la "paix règne" au Burundi, les Forces républicaines du Burundi (Forebu) ont revendiqué une série d'attaques contre la police dans la nuit de jeudi à vendredi à travers Bujumbura. Selon le porte-parole de la police, Pierre Nkurikiye, ces violences ont fait trois morts - "deux criminels et un civil" - et treize blessés.

La crainte d'un génocide

Le pays est plongé dans une grave crise depuis l'annonce fin avril de la candidature du président Nkurunziza à un troisième mandat controversé. Les violences actuelles ont déjà fait plus de 400 morts et contraint à l'exil plus de 200 000 personnes, selon l'ONU, dont le Haut-Commissaire aux droits de l'Homme, Zeid Ra'ad Al Hussein, a récemment mis en garde contre "une dimension de plus en plus ethnique de la crise" et un "effondrement complet de l'ordre public (...) imminent".

L'opposition voit elle aussi la situation comme critique. "Le Burundi est au bord d'un génocide politico-ethnique", a déclaré à France 24 Léonce Ngendakumana, président d'un parti d'opposition. Selon lui, "la seule solution" est l'application du chapitre 7 de la Charte des Nations unies, à savoir "une intervention rapide sans devoir demander l'avis du Burundi".

>> À lire aussi sur France 24 : "L'ONU dénonce des viols collectifs et des exactions à caractère ethnique au Burundi"

De leur côté, les autorités burundaises se veulent rassurantes. "Le scénario d'un génocide au Burundi est complètement impossible. L'armée burundaise est composée à 50 % de Hutus et 50 % de Tutsis. La police nationale idem", explique au micro de France 24 Willy Nyamitwe, porte-parole de la présidence, qui voit dans ce système la garantie qu'"aucune ethnie au pouvoir au Burundi ne peut aller exterminer l'autre".

Bujumbura opposé à une force de l'UA

Le Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine (UA) a décidé mi-décembre l'envoi d'une Mission africaine de prévention et de protection au Burundi (Maprobu), forte de 5 000 hommes, pour tenter d'enrayer la crise, mais Pierre Nkurunziza a prévenu qu'elle serait considérée comme une "force d'invasion et d'occupation" et combattue comme telle.

Vendredi matin, le ministre des Affaires étrangères Alain Nyamitwe a fait savoir que Bujumbura n'avait "pas changé de position" concernant la Maprobu. Il a cependant assuré avoir "donné des gages de la volonté du gouvernement de faire progresser le dialogue" avec les adversaires du 3e mandat, large front rassemblant l'opposition, la société civile et une frange du propre parti de M. Nkurunziza, le CNDD-FDD.

Ceux-ci estiment que ce 3e mandat viole la Constitution et l'accord d'Arusha ayant permis la fin de la guerre civile entre l'armée - alors dominée par la minorité tutsi - et des rébellions hutu, dont le CNDD-FDD, qui fit 300 000 morts entre 1993 et 2006.

Selon Alain Nyamitwe, il y aura "probablement" une nouvelle rencontre avec les anti-3e mandat, mais le gouvernement a demandé à discuter des participants avec la médiation ougandaise. Bujumbura refuse toujours de discuter avec la principale coalition d'opposition en exil, le Cnared, dont elle accuse des membres d'avoir pris part à la tentative de coup d'État militaire des 13 et 14 mai.

Avec AFP

Première publication : 22/01/2016

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