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Haïti dans l'incertitude après le report de dernière minute de la présidentielle

© Hector Retamal, AFP | Des manifestants ont exprimé leur joie après un nouveau report du second tour de l'élection présidentielle à Port-au-Prince, en Haïti, le 22 janvier 2016.

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 23/01/2016

Des manifestations de joie ont été réprimées vendredi en Haïti, après l'annonce par le président du conseil électoral provisoire (CEP) d'un nouveau report de l'élection présidentielle prévue dimanche pour "des raisons évidentes de sécurité".

Le report de dernière minute vendredi 22 janvier de l'élection présidentielle controversée prévue dimanche en Haïti a plongé une nouvelle fois le pays dans l'incertitude politique. Les milliers de manifestants, qui avaient à nouveau pris les rues vendredi midi pour contester la tenue des scrutins, se sont réjouis à l'annonce de l'annulation, mais la liesse a été de courte durée. Devant le siège du conseil électoral, étape prévue dans son parcours, la foule a été violemment dispersée par les policiers qui ont lancé des grenades lacrymogènes.

Des tirs à balles réelles ont aussi été entendus par les journalistes de l'AFP. La panique a alors gagné la commune de Pétionville, où se situe le siège du CEP. Une personne a été blessée par balle, trois voitures ont été incendiées et plusieurs vitrines de magasins brisées dans cette banlieue aisée de l'aire métropolitaine de Port-au-Prince.

Plus tôt dans l'après-midi, invoquant des questions "évidentes de sécurité", le président du conseil électoral provisoire (CEP) en charge de l'organisation des scrutins en Haïti, avait annoncé le report des élections prévues ce dimanche sans donner de nouvelle date. Pierre-Louis Opont, le président du CEP, a justifié l'annulation du vote, décidée à moins de 48 heures du scrutin, par l'"ensemble d'incidents et d'actes violents sur l'ensemble des infrastructures du conseil". Depuis les résultats du premier tour de l’élection, l'opposition a multiplié les manifestations pour dénoncer "un coup d'État électoral" fomenté par l’actuel président Michel Martelly. Plusieurs bureaux électoraux avaient notamment été incendiés en province dans la nuit de jeudi à vendredi.

Silence de la présidence

Lors du premier tour du scrutin présidentiel le 25 octobre, le candidat du pouvoir, Jovenel Moïse, avait recueilli 32,76 % des voix, contre 25,29 % pour Jude Célestin, qui avait qualifié ces scores de "farce ridicule". Après l'annonce de l'annulation de l'élections, Jude Célestin a expliqué qu'il considérait cela comme "une solution sage". "Tardive certes, car nous avons dépensé des sous que nous n'avions même pas, ce qui montre l'irresponsabilité de nos dirigeants. Mais mieux vaut tard que jamais", a-t-il réagi. Pour le candidat de l'opposition, "c'est une victoire pour la démocratie, pas seulement pour moi, car je n'étais pas le seul à combattre cette 'sélection'".

En revanche, aucune réaction ou commentaire du candidat du pouvoir n'a pu encore être recueillie. Son équipe de campagne a seulement précisé que Jovenel Moïse "est en réunion".

Le président du CEP a expliqué aux journalistes lors d'un point de presse qu’il attendait "la réaction de l'exécutif pour discuter du problème avec lui, car notre interlocuteur immédiat en matière électorale, c'est l'exécutif". Or, depuis l’annonce du report des élections, le gouvernement haïtien s’est terré dans le silence. Le président Michel Martelly devait prononcer, depuis le palais national, un discours à la nation vers 21 h GMT, mais cette allocution a été annulée sans explication.

La possibilité d'un gouvernement intérimaire

Après un premier report des scrutins présidentiel et législatifs en raison des contestations de l'opposition, ce nouveau report plonge à nouveau Haïti dans l'incertitude. Respecter la date constitutionnelle du 7 février pour la passation du pouvoir présidentiel semble impossible. Un gouvernement intérimaire pourrait prendre en charge la gestion des affaires courantes après cette date et organiser la tenue d'élections d'ici avril, d’après des sources diplomatiques.

Depuis la fin de la dictature des Duvalier en 1986, Haïti connaît une crise démocratique émaillée de coups d'État et d'élections contestées qui fragilisent le développement économique du pays, encore marqué par le terrible séisme de janvier 2010 qui a fait plus de 200 000 morts.

Avec AFP

Première publication : 23/01/2016

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