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Afrique

Cinq ans après la chute de Moubarak, le blues des révolutionnaires égyptiens

© Marco Longari, AFP | Wael Ghonim, photographié en 2011 près de la célèbre place Tahrir, berceau de la révolution égyptienne.

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 25/01/2016

À l’occasion du 5e anniversaire de la révolution égyptienne, le cyberdissident Wael Ghonim a pris la parole sur Facebook. S’il se dit conscient que le chemin vers une meilleure Égypte est encore long, il refuse de se résigner.

Cinq ans après la chute de Hosni Moubarak, les révolutionnaires égyptiens ont le blues. À l’instar de Wael Ghonim, l’un des administrateurs de la célèbre page Facebook "Nous sommes tous Khaled Saïd", du nom d'un jeune Égyptien battu à mort par la police en 2010.

C’est sur cette page que l’appel à manifester le 25 janvier 2011 contre les violences policières et l’autoritarisme du régime est posté. Un rassemblement qui est perçu comme un acte fondateur de la mobilisation populaire contre le régime qui allait précipiter, quelques jours plus tard, la chute du raïs.

"Ne renoncez pas, ne vous taisez pas"

À l’occasion du cinquième anniversaire de la révolution égyptienne, lundi 25 janvier, Wael Ghonim, suivi par plus de 1,8 million d’abonnés sur Twitter, a posté sur son compte Facebook un texte et une photo le montrant lors des manifestations de 2011. "Nous avons participé à la révolution de janvier et chacun de nous était prêt à se sacrifier pour établir une patrie pour tous, écrit-il. Mais, naïvement, nous n'avions pas conscience à l’époque que la voie vers la réalisation de ce rêve était longue et pleine d’obstacles."

Pour sauver cet esprit révolutionnaire, il prie ceux qui partagent son credo de ne pas se taire. "Janvier [en référence à la mobilisation de janvier 2011, NDLR] sera vaincu quand tout le monde se sera tu. Ne renoncez pas, ne vous taisez pas, car la parole c’est la révolution", conclut-il.

En 2011, Wael Ghonim, à l’époque directeur marketing de Google Moyen-Orient, devient malgré lui, l’icône de la révolution du Nil. Après avoir lancé l’appel à manifester contre le régime Moubarak, il est rapidement arrêté, précisément deux jours après la manifestation du 25 janvier.

À sa sortie de prison le 7 février, le trentenaire ultra-connecté s’impose comme le "porte-parole" des jeunes révolutionnaires issus de la classe moyenne. Sollicité par les médias internationaux, consulté, voire instrumentalisé par la classe politique locale, il est pris dans le tourbillon médiatico-politique en pleine effervescence post-Moubarak. Chantre de la liberté d’expression et de la démocratie participative, s’exprimant essentiellement sur les réseaux sociaux, Wael Ghonim finit par se brûler les ailes et, à force d’être exposé, s’attire fatalement de nombreuses critiques.

Lucide mais pas résigné

Celui que le magazine Time avait classé parmi les 100 personnalités les plus influentes de l'année 2011, décide de soutenir le Frère musulman Mohamed Morsi au second tour de la présidentielle post-révolution pour faire barrage au candidat de l'ancien régime. Après la chute du premier président élu démocratiquement, renversé en juillet 2013 par l’armée, il rentre dans le rang pour se concentrer sur ses activités professionnelles et évoque rarement la politique égyptienne.

En octobre 2014, l’ex-cyberdissident était sorti de son silence pour charger, toujours via son compte Facebook, le pouvoir égyptien incarné par Abdel Fatah al-Sissi, ancien homme fort de l’armée, tout en renvoyant dos-à-dos la confrérie islamiste et les militaires. "J’ai fini par comprendre que la lutte à laquelle je participais était vaine, car sous couvert de lutte pour la démocratie, elle opposait deux camps qui voulaient simplement accaparer le pouvoir", admet-il. Wael Ghonim affirme avoir fermement cru que “la roue de l’Histoire ne [pouvait] pas revenir en arrière. Mais on est bel et bien arrivé”. Lucide mais pas résigné.

Première publication : 25/01/2016

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